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09 décembre 2009

Tout va bien...

Le 3 décembre dernier, Baudoin Prot était l'invité de la matinale de France Inter

Rappelons que Baudoin Prot est PDG de BNP-Paribas et président de la Fédération Bancaire Française.

 

On peut résumer son propos en cinq points :

  1. Les banques françaises ont été plus prudentes que leurs homologues européennes et anglo-saxonnes.
  2. Elles jouent plutôt bien leur rôle de financement de l'économie.
  3. Le remboursement des fonds prêtés par l'Etat aux banques a rapporté à ce dernier 2 milliards d'€.
  4. BNP-Paribas est la banque française la plus vertueuse. Elle n'a jamais été impliqué dans les subprimes et a renoncé aux paradis fiscaux.
  5. Circulez y a rien à voir !

 

On sentait très nettement une pointe d'agacement dans ses réponses aux questions (plutôt maladroites, d'ailleurs) de Nicolas Demorand. Comme s'il trouvait incongru que l'on puisse se poser des questions sur le fonctionnement des banques françaises.

 

On pourrait faire remarquer plusieurs choses à Mr Prot...

 

Tout d'abord, on pourrait lui rafraîchir la mémoire en lui rappelant qu'au tout début de la crise des subprimes, en juin 2007, BNP-Paribas a dû fermer trois de ses fonds impossibles à valoriser du fait de la crise du marché hypothécaire américain. Cet épisode avait entraîné de forts remous sur les marchés...

 

Selon Baudouin Prot, BNP-Paribas aurait donc tourné la page des paradis fiscaux en fermant ses implantations au Panama et aux Bahamas. Selon une étude menée en avril 2009 par Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives Economiques et spécialiste des paradis fiscaux, BNP-Paribas disposaient à l'époque de 189 filiales présentes dans des paradis fiscaux soit 23% du nombre total de sociétés du groupe... Cela lui permettait d'être de loin le champion français en la matière.

 

Quant au fameux plan de soutien des banques qui a rapporté 2 milliards d'€ à l'Etat, il aurait pu (dû ?) lui rapporter plus de 3 fois plus si l'Etat était rentré au capital des banques au moment où le cours de leurs actions était au plus bas. Mais Baudoin Prot oublie de dire qu'à l'époque un certain Prot Baudouin avait conseillé l'Elysée pour la conception de ce plan de sauvetage !

 

Enfin, et c'est peut-être le point le plus important, dire que les banques jouent bien leur rôle de financement de l'économie relève d'une auto-satisfaction quelque peu déplacée... En effet, les dernières statistiques de la Banque de France (http://www.banque-france.fr/fr/stat_conjoncture/telechar/...) font le constat suivant :  

 

« En octobre, le taux de croissance des crédits au secteur privé non financier (y compris les encours titrisés) diminue à nouveau en rythme annuel (1,2 %, après 1,7 %) mais poursuit sa remontée en données trimestrielles annualisées (1,6 %, après 1,4 %). La contraction des crédits aux sociétés non financières s'amplifie (- 1,6 %, après - 0,5 % en rythme annuel), alors que la progression des crédits consentis aux ménages continue à peu près au même rythme (3,4 %, après 3,5 %).

La baisse des encours des crédits de trésorerie aux sociétés non financières s'accentue (- 15,6 %, après - 14,0 %) tandis que le ralentissement des crédits à l'investissement (3,6 %, après 4,7 %) et des autres crédits se poursuit (4,4 %, après 4,9 %).

Le taux de croissance des crédits à l'habitat consentis aux ménages fléchit encore très légèrement (3,9 %, après 4,0 %) et celui des crédits de trésorerie devient négatif (- 0,2 %, après la stabilité du mois précédent). En revanche, la progression des autres crédits s'accentue quelque peu (6,3 %, après 5,8 %).

La contraction des crédits à la clientèle financière se poursuit (- 25,7 %, après - 25,8 %). »

 

L'encours de crédit augmente peut-être globalement (du fait des crédit aux particuliers, notamment les prêts immobiliers), mais cela masque la contraction du crédit aux entreprises et notamment les crédits de trésorerie à très court terme (en baisse de 16%), très utiles pour faire face aux difficultés en période de crise.

 

Il est vrai que pour les banques la crise est finie et notamment pour BNP-Paribas qui a réalisé un résultat net de 4,5 milliards d'€ sur les 9 premiers mois de 2009 (http://www.bnpparibas.com/fr/actualites/communiques-press...).

 

PP

 

 

07:02 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, banques | | |  Facebook | | |

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