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18 janvier 2010

Business as usual...

Convocation à l'Elysée, discours avec froncement de sourcils... Nicolas Sarkozy a vraiment utilisé tous les moyens en son pouvoir pour intimider le PDG de Renault et le convaincre de renoncer à délocaliser la fabrication de la Clio IV en Turquie. Mais au final, Carlos Ghosn fera bien ce qu'il voudra ! Pourtant, c'est bien vers le gouvernement français qu'il s'est tourné pour obtenir un prêt à taux préférentiel de 3 milliards d'€ . Pourtant, c'est grâce à la prime à la casse financé par le budget de l'Etat que les ventes de Renault ont redécollé en 2009. Pourtant, c'est bien l'Etat qui finance les conditions préférentielles du chômage partiel dans le secteur automobile...Mais peu importe, Renault n'a aucune obligation sérieuse envers l'Etat. En effet, le « pacte automobile » conclu lors de l'octroi du prêt prévoyait seulement : « pas de plans sociaux en 2009 » et « pas de fermeture de site d'assemblage pendant la durée du prêt ».

On le voit, ce « pacte » est à peu près aussi contraignant que le « contrat d'avenir » passé avec les restaurateurs lors de la baisse de la TVA...Et tous aussi efficace !

 

Il est bien loin le temps de la Régie Nationale des Usines Renault ! Aujourd'hui, l'Etat français ne détient plus que 15% du capital, donc pas assez pour imposer ses vues à l'entreprise. De plus, la Commission Européenne s'empresse de faire les gros yeux aux Etats européens dès qu'ils parlent de conditionnalité pour les aides publiques ...ou même seulement d'aides publiques. Dans ces conditions, Renault comme toute autre entreprise, suit sa logique qui est de maximiser son profit, notamment en produisant là où c'est le moins cher.

 

Désormais, le périmètre d'action des grandes entreprises dépasse les frontières des Etats. Dès lors qu'une entreprise produit pour un marché mondial, elle se met à concevoir les salaires qu'elle distribue purement et simplement comme un coût  et non comme de la demande dans une économie nationale et donc finalement pour elle-même. Ce raisonnement est tout à fait logique, raisonnable et légitime du point de vue de l'entreprise.

 

La question à se poser, toutefois, est la suivante : quelle doit être l'institution dominante ? L'entreprise privée ou l'Etat ? Depuis la deuxième moitié du XXème siècle, il semblerait bien que ce soit l'entreprise privée ou plutôt la grande entreprise privée. Elle a la possibilité de mettre en concurrence les hommes, les territoires, les systèmes de protection sociale avec une arme imparable : le chantage à l'emploi.

 

Il y a même des voix raisonnables pour nous dire que c'est tout à fait logique. On les entendait un peu moins ces derniers temps, mais elles commencent à refaire surface. Ainsi, Elie Cohen interrogé dans le Parisien nous dit ceci, à propos des gesticulations du gouvernement français dans le dossier Renault: «  Cela nous met en porte-à-faux vis-à-vis de la Commission européenne, car le gouvernement s'était engagé à ne pas conditionner les aides financières accordées aux constructeurs automobiles. »

 

Il poursuit sur l'attractivité du territoire français :

« Dans l'automobile, il y a un différentiel de compétitivité important entre la France et les pays d'Europe de l'Est ou orientale. Soit le gouvernement donne les moyens à Renault, ou à tout autre grand groupe français, de relocaliser une partie de sa production sur le territoire nationale en diminuant les charges fiscales ou  sociales. Soit on admet que notre territoire est moins attractif pour l'industrie ».

 

Baisser les charges fiscales ou sociales... On avait un peu oublié cette litanie. Ces derniers temps, on était plutôt content que les charges fiscales et sociales financent les fameux « stabilisateurs automatiques » dont Nicolas Sarkozy se montre désormais si fier !

 

On pourrait renvoyer ce cher Elie Cohen au dernier rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, selon lequel les entreprises françaises sont très loin d'acquitter le taux officiel d'imposition de leurs bénéfices fixé à 33,3%. Le taux moyen se situe en effet en moyenne à 18% ! On pourrait penser que la moyenne est tirée vers le bas par les PME qui bénéficient d'une imposition allégée. Il n'en est rien. Ce sont en effet les plus grosses entreprises, celles du CAC 40, qui bénéficient du taux d'imposition le plus faible: 8% seulement. Les grandes entreprises réduisent leur fiscalité... en appliquant la loi, grâce aux nombreuses dérogations disponibles. Elles le font également, souligne le rapport, par une utilisation abusive des prix de transferts - les prix auxquels les filiales d'une même entreprise s'échangent des biens et des services.

 

Plus rien ne devait être comme avant, un monde nouveau devait débuter... Cette affaire et les réactions qu'elle suscite montrent bien que rien n'a vraiment changé malgré la crise. La concurrence fiscale et sociale entre les Etats a encore de beaux jours devant elle, avec toujours autant « d'experts » pour la justifier...

 

Il est temps de savoir quel est l'objectif prépondérant « Permettre aux entreprises de maximiser leur profit à tout prix » ou bien « Assurer aux hommes les moyens de se nourri, de se loger, de s'éduquer, de se soigner convenablement et dignement. »

 

PP

07:28 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, impôts, sarkozy | | |  Facebook | | |

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