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22 janvier 2010

Comment Jean-François Copé réduit les inégalités...

Certes, la polémique sur la double rémunération d'Henri Proglio a perdu de son intensité depuis que ce dernier, à la demande de Nicolas Sarkozy, a renoncé à l'indemnité de Véolia. Mais elle nous aura permis de connaître plus en détail la vision du monde selon Jean-François Copé. Ce n'est pas inintéressant dans la mesure où, ce n'est un secret pour personne, le député-maire de Meaux se verrait bien succéder à Nicolas Sarkozy en 2012, au plus tard en 2017.

 

 

 

 

Jean-François Copé était Interrogé sur France-Inter pour savoir s'il ne trouvait pas choquant que le Pdg d'EDF touche une rémunération de l'ordre de 140 fois le SMIC. Il a répondu qu'il ne fallait pas comparer les émoluments de Mr Proglio avec un salaire « normal ». Il faut plutôt le comparer avec celui des autres « grands entrepreneurs » d'Europe et du monde. On l'a bien compris, on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Il y a d'un côté les besogneux, les pue-la-sueur et de l'autre, les leaders, les visionnaires...Voilà comment réduire les inégalités : il suffit de comparer entre eux ceux qui ont des revenus comparables. C'est dingue, il n'y a pas d'inégalités entre les salariés payés au SMIC !

 

Selon Jean-François Copé, la mondialisation justifie que les patrons français ne soient pas payés moins que les patrons américains...alors qu'il fait partie de ceux qui s'insurgent contre le niveau trop élevé du coût du travail français. Dans ce cas, la mondialisation (décidément bien pratique) justifierait plutôt que les salariés français ne soient pas payés plus que les chinois.

 

Les grands patrons français seraient-ils les laissés pour compte de la mondialisation ? Selon un rapport Hay Group élaboré en 2007 à partir d'un échantillon d'une centaine d'entreprises, les patrons français sont les mieux payés d'Europe, à des niveaux comparables à ceux de leurs homologues britanniques.

 

Autre argument de Jean-François Copé pour justifier les fortes rémunérations de grands patrons : s'ils ne sont pas assez payés en France, ils partiront à l'étranger. A l'entendre, on pourrait croire que des délégations d'entreprises étrangères se battent, carnet de chèque à la main, pour s'arracher la fine fleur de notre élite patronale. Naïveté ou duplicité ?

 

Les observateurs sérieux savent bien que ce grand « marché mondial » des dirigeants d'entreprise n'existe pas. De fait, très peu de dirigeants français ont été appelés pour diriger des grandes entreprises internationales. Les exemples les plus marquants comme Jean-Pierre Garnier, à la tête de GlaxoSmithKline jusqu'en mai 2008, Patrick Cescau (Unilever) ou Antoine Bernheim (Generali) ne sont pas d'anciens grands patrons français débauchés par des firmes étrangères. A l'inverse, les dirigeants étrangers demeurent rares à la tête des groupes du CAC 40. Les cas très récents de Chris Viehbacher, chez Sanofi-Aventis et Ben Verwaayen, chez Alcatel-Lucent ne permettent pas encore de prendre acte d'un changement de tendance.

Au 15 décembre 2009, les sociétés du CAC40 comptaient près de 500 administrateurs et 95 dirigeants (PDG, présidents du directoire, directeurs généraux, présidents de conseils de surveillance ou d'administration). Parmi ces 95 hommes figuraient seulement 15 étrangers. Sur les 80 dirigeants de nationalité française, 23 sont polytechniciens, 16 énarques et 6 polytechniciens et énarques ; 18 sont diplômés de l'Essec ou de HEC, dont 6 ont ajouté l'ENA à leur parcours.

 

Il est évident que la fixation du salaire des grands patrons relève plutôt de la bulle spéculative ou des « petits arrangements entre amis » que du fonctionnement d'un marché concurrentiel. Mais Jean-François Copé, lui-même énarque, a le sens de la solidarité envers ses pairs. Il préfère croire ou nous faire croire qu'il s'agit là de la juste rémunération du travail. Dans ce cas, il faudrait justifier que Mr Proglio, dont il ne s'agit pas ici de remettre les compétences, apporte plus à la collectivité en un mois qu'un salarié payé au Smic en 10 ans...

 

Autre motif invoqué : la parole donnée. Ainsi, Christine Lagarde aurait donné sa parole à Mr Proglio qu'il n'aurait pas de baisse de rémunération en devenant Pdg d'EDF. Mme Lagarde avait assuré devant l'Assemblée Nationale qu'il n'y aurait pas de double rémunération... Mais que pèse un engagement devant les élus du peuple, face à la « parole donnée » à un patron ? Il me semblait pourtant que Jean-François Copé militait pour une revalorisation du Parlement...

 

Enfin, interrogé par un journaliste pour savoir s'il ne trouvait pas injuste une échelle de rémunération de 1 à 200 ou 300, il nous a livré ses convictions profondes. Gravement, il nous a rappelé que, par le passé, des régimes avaient essayé d'imposer la même rémunération à tous, c'était le communisme et « on a vu comment ça s'est terminé ». Donc, il n'y a pas d'alternative : si on change quelque chose, c'est  le goulag. Pas de juste milieu entre la Corée du Nord et la perpétuation des dérèglements manifestes d'un système qui conduit à l'enrichissement inconsidéré d'une minorité déconnectée des réalités.

 

Tous ces arguments laisse présager de ses intentions en matière de justice sociale, de fiscalité. C'est bon à savoir avant de voter... Toutefois, il a quand même reconnu qu'il était « minoritaire » en disant tout cela, gageons qu'il le restera pour longtemps ! Le risque, c'est que tout comme Sarkozy a rendu Chirac populaire, Copé ne rende Sarkozy sympathique...

 

 PP

12:08 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : travail, inégalités, salaires, copé, sarkozy | | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci Pierre de nous avoir fait le compte rendu de cette fort instructive interview de Copé... car franchement ce genre de bonhomme je n'arrive pas à l'écouter plus de 30 secondes... un peu comme Sarko. Comment la France peut-elle s'amouracher de types aussi insupportables ?
Quant au contenu de sa prose, il est très en vogue chez nos umpistes : toujours regarder vers le haut quand on est un grand patron, toujours regarder vers le bas quand on est smicard.... Ah ces petits salariés, toujours en train de demander la lune alors qu'en Asie ou en Afrique on se contente de beaucoup moins...

Écrit par : Patrick | 22 janvier 2010

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