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30 janvier 2010

Le chômage va baisser en 2010...mon oeil !

 

Entretien avec Eric Heyer : directeur adjoint au département Analyse et prévision de l'OFCE

paru dans Alternatives Economique de Janvier 2010



 

Comment voyez-vous les prochains mois sur le plan de l'emploi en France?

 

Nous ne sommes pas tirés d'affaire parce que l'ajustement de l'emploi au sein des entreprises est loin d'être terminé. Compte tenu de l'ampleur du recul de l'activité économique subi cette année, nous estimons que les entreprises devraient encore réduire l'emploi de 1,1 %, afin de rétablir simplement le niveau de productivité du travail qui était celui d'avant la crise. Avec un niveau de gains de productivité qui se situe habituellement aux alentours de 1,5 % par an en France, cela signifie que, même si nous connaissions une croissance de 2,6 % l'an prochain, nous ne créerions aucun emploi. Or, personne n'anticipe un tel niveau de croissance économique pour 2010. Nous prévoyons, pour notre part, une poursuite des suppressions massives d'emplois, avec une perte de 300 000 postes de travail et une hausse correspondante du chômage.

 

Dans la crise, les marchés du travail des différents pays ont réagi de manière très contrastée, entre l'Allemagne, où le recul de l'emploi est très limité, et l'Espagne ou les Etats-Unis, où il a été, au contraire, brutal et massif. Comment se situe la France et qui est le mieux placé pour profiter de la reprise?

 

En effet, ces différences restent très significatives, alors que l'on pensait souvent que la mondialisation avait rapproché les modes de gestion de l'emploi. En Allemagne, grâce à un usage massif du chômage partiel, l'emploi n'a quasiment pas reculé malgré une chute de l'activité beaucoup plus marquée qu'en France. Le fait de ne pas avoir désorganisé les collectifs de travail et de disposer toujours d'une main-d'oeuvre expérimentée est un atout pour l'économie allemande si la reprise est rapide et forte. Cela risque, en revanche, d'être un handicap si la reprise est lente et limitée, parce que ces sureffectifs vont peser durablement sur la rentabilité des entreprises. Or, ce cas de figure paraît aujourd'hui le plus probable.

 

Quant à la situation espagnole, l'ampleur du recul de l'emploi ne peut guère être considérée comme un facteur favorable à la reprise. Même si cela devrait en théorie conforter la rentabilité des entreprises, ce mouvement entraîne une forte baisse de pouvoir d'achat chez ceux qui ont perdu leur emploi, tout en insécurisant les autres, qui se mettent à épargner au lieu de consommer. Et au final, en termes de croissance, le bilan est nettement négatif.

 

La France se trouve dans une situation intermédiaire: l'emploi y a davantage reculé qu'en Allemagne et beaucoup moins qu'en Espagne. Ce n'est a priori pas la situation la plus défavorable dans un contexte où la reprise s'annonce lente: les profits des entreprises françaises évolueront plus favorablement qu'en Allemagne, tandis que le moral des ménages est moins mauvais qu'en Espagne.

 

Que faudrait-il faire face à la montée du chômage?

 

Il faut réussir à enrichir la croissance en emplois. Cela implique de remettre au goût du jour la réduction du temps de travail, et en particulier de cesser de subventionner les heures supplémentaires. Il ne faut pas hésiter à avoir recours à l'emploi public, comme l'ont fait d'ailleurs massivement nos voisins anglais dans la crise. Il faudrait également développer plus activement les emplois aidés: au rythme actuel, on aura simplement retrouvé mi-2010 le niveau d'emplois aidés de 2008. Chacun mesure qu'il ne s'agit que d'un palliatif, mais tout ce qui concourt à faire baisser le chômage permet d'accélérer la reprise de l'activité, qui créera des emplois pérennes.

 

08:06 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : travail, emploi | | |  Facebook | | |

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