Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

04 février 2010

Symboles...

C'a y est, c'est dit ! Eric Woerth, ministre de la fonction publique, a évoqué la possibilité de licencier des fonctionnaires. Il fallait bien s'attaquer au plus symbolique des avantages de ces « privilégiés » : la sécurité de l'emploi! En cas de suppression de son poste, tout fonctionnaire d'Etat se verra proposer trois postes conformes à ses attentes en matière de qualification, salaire, zone géographique. En cas de refus, il sera mis en disponibilité sans solde puis éventuellement licencié. Il s'agirait de favoriser la mobilité des fonctionnaires. Certes, il est nécessaire de veiller à l'amélioration de l'organisation de la fonction publique, mais cela doit passer par une réflexion globale. Et puis, nul besoin pour cela de brandir la menace du licenciement !

 

La sécurité de l'emploi des fonctionnaires n'est pas illégitime car elle permet d'assurer la continuité et l'impartialité de l'Etat et d'éviter que chaque changement de majorité politique se traduise par un vaste plan de licenciement... Elle avait aussi pour but de compenser des salaires plus faibles et des perspectives de carrière moins intéressantes. Certes, aujourd'hui, les salaires moyens dans la fonction publique sont supérieurs à ceux du privé (2200 € contre 2000 €), mais cela est surtout dû au grand nombre d'enseignants (dont le salaire moyen est d'environ  2500 €). On ne peut donc pas dire que les salaires des fonctionnaires ont explosé. Donc, si la fonction publique fait aujourd'hui figure de paradis pour les salariés du privé, c'est aussi et surtout parce que les conditions d'emploi et de travail se sont dégradées depuis 20 ans. Dans les années 1970-1980, être « fonctionnaire », c'était ringard ! Mais depuis, la précarité a explosé, les rémunérations ont stagné. Plutôt que d'essayer de tirer vers le haut les conditions d'emploi du privé, le gouvernement préfère chercher à abaisser celles de la fonction publique.

 

Autre symbole inquiétant : l'Université Paris-Dauphine a décidé d'augmenter les frais d'inscription de la moitié de ses masters en économie. Ces frais passeront de 230 € à un maximum de 4000€. Un barème a été mis en place, de 1500 € à 4000 €, pour tenir compte des revenus de la famille de l'étudiant, et les boursiers ne seraient pas concernés.

Pour cela, l'université a du transformé ces diplômes, autrefois diplômes d'Etat, en diplômes d'établissement. Comptant sur sa notoriété, elle estime donc pouvoir s'affranchir de l'agrément national.

 

Il semblerait que cette possibilité de moduler les droits d'inscriptions, normalement fixés par décret ministériel, soit due au statut particulier de l'université (dit « grand établissement »). Ce cas ne pourra donc pas faire tache d'huile.

 

En revanche, il pose plusieurs questions. S'il ne paraît pas aberrant que les plus riches contribuent le plus au financement, est-ce bien au conseil d'administration d'une université de décider de cette progressivité ? L'éducation est l'affaire de l'ensemble de la société française, car elle conditionne notre avenir commun. A ce titre, elle doit être financée par l'impôt. On voit ici les conséquences des attaques répétées de la droite visant à baisser les impôts, et surtout le plus juste d'entre eux, l'impôt sur le revenu (seul impôt encore un peu progressif).

L'Etat n'a plus les moyens de financer correctement le système éducatif et cela se traduit par une baisse de la part de la richesse nationale qui y est consacrée.

 

Dans la mesure où les étudiants s'acquittent d'un tarif différent selon leur statut ou leurs ressources, l'université ne sera-t-elle pas tentée de privilégier ceux qui paient le prix fort ? On peut donc craindre une sélection fondée sur les ressources et non sur les seuls mérites...

 

Enfin, Paris-Dauphine a été créée et développée à l'aide de financements publics. Aujourd'hui que sa réputation est acquise, elle voudrait jouer « perso » en se transformant en une espèce d'école de commerce façon HEC ou ESSEC (même si les droits sont encore largement inférieurs).

 

Imperceptiblement, nous glissons vers un modèle de société à « l'américaine » dont on a bien vu pourtant qu'il était loin d'être aussi enviable qu'on le disait avant la crise.

07:20 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éducation, inégalités, fonctionnaires, emploi | | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.