Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

28 février 2010

Conversation avec un libéral...

Je vous livre la suite de mes échanges avec LOmiG, le blogueur libéral qui avait réagi à mon billet sur Jean-François Copé publié sur Rue89.

http://www.expressionlibre.net/2010/01/26/pierre-polard-c...

 

Son dernier message:

re-salut,

1) sur les exemples de pays où le capitalisme et le libéralisme ont créé de la richesse, tu peux prendre l'ensemble des pays occidentaux depuis plus d'un siècle, ainsi qu'une bonne partie des pays en voie de développement, ça fait du monde quand même. Des centaines de millions de personnes sortent peu à peu de la pauvreté grâce au respect des droits individuels et de la propriété privée

2) sur le chiffre : peu importe le chiffre. Il restera arbitraire. Je pense pour ma part qu'il n'y a pas lieu de limiter les salaires. C'est à ceux qui font un échange (travail contre argent) de décider librement le montant du salaire. Laissons les individus décider ce qui les concerne. Si deux personnes se mettent d'accord sur un salaire, en quoi Pierre Polard - ou qui que ce soit d'autre - aurait-il son mot à dire ?

3) Tu n'as pas répondu sur le « pour quoi faire » ? Je note avec amusement que tu cites les classements PISA, que je connais un peu, ainsi que le système scolaire finlandais. Les écoles finlandaises pour rappel appliquent les principes suivants :

- Chaque élève est important

- Des professeurs experts

- L'évaluation comme levier de changement

L'intervention de Paul Robert à la radio rappelait les points suivants :

- Pas de statut de fonctionnaire pour les professeurs (le chef de l'établissement peut les virer)

- Décentralisation réelle, et autonomie très forte des établissements y compris dans le recrutement des professeurs

- Education orientée vers l'enfant et sa réussite (moins de notes, plus grande liberté de choix dans les orientations, fort taux d'encadrement)

- Evaluation permanente des établissements

- Mise en concurrence des établissements

 

J'attends avec impatience de voir un tel système égalitaire arriver en France. Au passage les libéraux aiment l'égalité, mais l'égalité de droit. Une petite phrase d'Hayek, grand penseur : « Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d'une société libre, le second n'est qu'une forme de servitude. - Hayek » Cela résume très bien ma position.

 

4) Pas anarchiste, libéral. La différence étant de taille : les libéraux repectent la propriété privée (qui inclut la propriété de soi, du fruit de son travail, de ce qu'on possède par le libre échange). C'est un simple respect des droits naturels des êtres humains. Au nom de quoi voudrais-tu contraindre ceux qui ne font de mal à personne ?

 

 Ma réponse:

« sur les exemples de pays où le capitalisme et le libéralisme ont créé de la richesse, tu peux prendre l'ensemble des pays occidentaux depuis plus d'un siècle »

 

Pour un idéaliste libéral, je te trouve peu regardant sur les conditions de réalisation de ton idéal...et c'est peut-être plus prudent. Dans les pays occidentaux que tu évoques, la dépense publique représente en moyenne plus de 40% du PIB. On est donc loin de l'idéal libéral...et c'est tant mieux. On peut noter que si la France s'en tire moins mal que ses voisins en cette période de crise, c'est surtout en raison de l'importance de sa dépense publique.

Aux Etats-Unis, la crise ne provient pas uniquement de la prolifération de produits dérivés toxiques. Elle relève de l'épuisement d'un modèle économique et social qui creuse les inégalités de revenu. La stagnation du revenu médian et la hausse du revenu moyen de 3% signifie que seules les classes à hauts revenus ont bénéficié de la croissance des années 2002-2006.

 

« Des centaines de millions de personnes sortent peu à peu de la pauvreté grâce au respect des droits individuels et de la propriété privée »

 

En Corée du Sud, le revenu par habitant ne s'élevait en 1960 qu'à 13% de celui des pays riches. Il dépasse désormais les 50%. Et en Chine, qui pèse à elle seule le quart de l'humanité, le revenu par tête n'était que de 1% de celui des pays riches en 1960. Il est monté à 6% aujourd'hui. La progression est spectaculaire, même si l'écart reste énorme...

Mais ce n'est pas en appliquant la vulgate libérale à la mode depuis trente ans que les pays asiatiques ont réussi leur décollage. Ils lui ont résisté au contraire tout en sachant tirer profit de la libéralisation des échanges. Ils ont su, et pu, protéger leurs marchés et leurs entreprises en appliquant des politiques industrielles volontaristes, selon les préceptes mercantilistes les plus traditionnels.

En dehors de l'Asie de l'Est, les réussites économiques sont en revanche bien rares. L'Inde a elle aussi connu une croissance soutenue au cours de la dernière décennie. Mais pour l'instant, le revenu moyen d'un Indien, qui représentait 2,1% de celui d'un habitant des pays riches en 1960, n'en pèse toujours que 2,4% aujourd'hui. Pas de quoi pavoiser. Quant au Brésil, autre candidat récurrent au statut de locomotive économique, il a vu son niveau de vie relatif régresser: chaque Brésilien gagnait en moyenne 17% de ce que gagnait un habitant des pays riches en 1960, ce ratio est tombé à 15% en 2007. Le Mexique, voisin direct des Etats-Unis et lié à eux depuis 1994 par un accord de libre-échange, a vu la situation relative de ses habitants se dégrader encore plus nettement: en 1980, un Mexicain touchait en moyenne 30% du revenu d'un habitant des pays riches; en 2007, ce n'était plus que 23%. Le constat est encore plus net en Afrique. Au Nigeria, par exemple, le géant du continent avec ses 147 millions d'habitants: chaque Nigérian disposait en moyenne en 1960 de 3,5% du revenu d'un habitant des pays riches; en 2007, ce pourcentage n'était plus que de 1,5%, malgré l'envolée déjà engagée des cours du pétrole. Même tendance en Afrique du Sud.

 

« sur le chiffre : peu importe le chiffre. Il restera arbitraire. »

Il ne s'agit pour moi d'imposer quoi que ce soit...ce dont je serais bien incapable, d'ailleurs. Il s'agit de soumettre au débat démocratique des propositions. Même si le fonctionnement de la démocratie en France et dans les pays développés n'est pas exempt de tout reproche, comme toute institution humaine, je pense que ça reste le meilleur moyen de décider de nos lois communes. En effet, sans loi commune, il n'y a pas d'exercice serein de la liberté...sauf celle du renard libre dans le poulailler libre ! Une société sans loi, et sans Etat pour l'appliquer, est livrée à la sauvagerie des rapports de forces, qui ne risque pas d'instaurer l'égale et pleine liberté.

 

« Si deux personnes se mettent d'accord sur un salaire, en quoi Pierre Polard - ou qui que ce soit d'autre - aurait-il son mot à dire »

Je ne veux pas fixer de façon autoritaire les salaires pour tout le monde. Mais comme il existe un salaire minimum, il ne me paraît pas illogique de fixer un salaire maximum. En effet, si l'on prend l'exemple des revenus des PDG, ils sont soi-disant fixés par des comités de rémunération indépendants, mais dont la consanguinité est telle que Machin se retrouve à fixer le salaire de Truc alors que Truc siège au comité de rémunération qui doit statuer sur le salaire de Machin... Plutôt propice aux petits arrangements entre amis qu'à l'exercice d'une concurrence libre et non faussée, non ? Enfin, si on considère la rémunération comme étant la contrepartie de la productivité, il faudrait pouvoir justifier que quelqu'un qui gagne 150 000 € par mois apporte plus à la collectivité en un mois qu'un salarié payé au SMIC en 10 ans.

 

Le système finlandais n'est possible que parce que les inégalités sont plus faibles. La mise en concurrence n'est efficace qu'en égaux. En France, si on met les établissements scolaires en concurrence en l'état, cela ne peut se traduire que par un renforcement de la position des meilleurs et par une dégradation des moins bien lotis. C'est ce qu'atteste d'ailleurs une récente étude de la Cour des Compte sur l'assouplissement de la carte scolaire : cela profite aux établissements les plus réputés.

 

« Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d'une société libre, le second n'est qu'une forme de servitude. - Hayek »

Ca veut dire quoi « traiter les gens de façon égale » ? Dans un pays riche comme la France où 8 millions (dont 2 millions de salariés) vivent en dessous du seuil de pauvreté, cette pauvreté n'est-elle pas une vraie forme de servitude ? N'est-ce pas renverser les choses que de dire que c'est une forme de servitude de tenter d'améliorer leur sort, via notamment la redistribution ? Si on ne les aide pas (je ne parle pas forcément que d'aide financière, mais aussi d'accompagnement, de formation), combien d'entre eux pourront s'en sortir ?

 

« Tu n'as pas répondu sur le « pour quoi faire » »

Je pense que la seule finalité légitime est la qualité de vie (dignité, paix, sécurité, liberté, santé, éducation, logement, loisir,...) des hommes et des femmes, et notamment les plus démunis. La force d'une société se mesure à celle de ses maillons les plus faibles. Toute l'histoire du progrès humain a consisté à améliorer la situation des plus faibles, via ce que l'on appelle la « protection sociale », qui passe par la redistribution des richesses.

 

A suivre ?

PP

17:28 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : finance, crise, libéralisation, inégalités | | |  Facebook | | |

Commentaires

salut,
évidemment à suivre !
j'ai manqué de temps pour te faire une réponse. Ton commentaire était long et bien construit, je ne veux pas te répondre rapidement par dessus la jambe.
à bientôt

Écrit par : LOmiG | 01 mars 2010

Les commentaires sont fermés.