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14 mars 2010

Nous sommes tous des Islandais et des Grecs !

Par Marie-Noëlle Lienemann

Dimanche 7 mars, les Islandais ont voté à 93% contre la loi Icesave. Icesave, c'est le nom d'une banque en ligne créée par l'une des trois principales banques islandaises, la Landsbanski. En octobre 2008, suite à la faillite de Lehman Bro-thers, cette banque est mise en faillite. Afin de récupérer les dépôts des épargnants, principalement britanniques et néerlandais, La Grande-Bretagne et l'Angleterre apportent leur garantie financière. Mais ils réclament aujourd'hui le montant de ce qu'ils ont versé à l'État islandais. La dette créée par ce remboursement représente 12 000 euros par habitant. Des habitants qui n'entendent pas, via l'impôt, payer pour les banquiers ! Il faut dire que fi n 2008, quand la crise fi nancière a éclaté, la dette des trois établissements bancaires islandais représentait plus de 5 fois le PIB annuel du pays...

Les Islandais ont raison d'avoir voté contre le plan de sauvetage des banques. Ils ont raison de refuser de payer et de jouer le jeu d'un système qui se retourne en permanence contre les peuples ! Il est bien dommage qu'il ait fallu attendre cette catastrophe pour qu'ils admettent enfin que c'est la logique même du capitalisme financier qui est en cause. Ils n'ont pas été les seuls à se laisser berner par cette idéologie. Mais désormais leur lucidité devrait être contagieuse. En tout cas, si la gauche européenne et mondiale n'offre pas de perspectives et d'alternatives, chacun se repliera sur son pays, son territoire...

Bon sang ! Mais que fait l'Internationale Socialiste ? Rien sur l'Islande, rien sur la Grèce. Silence les basses sur la Hongrie et autres pays de l'Est européen, qui retardent les départs en retraite, réduisent les salaires, le nombre de fonctionnaires et les services publics sous les injonctions du FMI ou de la commission européenne. Quand les nationalismes viendront occuper l'espace vacant de l'espérance, il sera trop tard pour verser des larmes de crocodile. Comment accepter, les bras ballants, cette généralisation de la misère, de la pauvreté, du chômage ?

Avant la crise, au nom de je ne sais quelle modernité et des bienfaits supposés du libre échange, les peuples devaient payer, en termes de réduction des droits sociaux, de remise en cause de l'intervention publique pour défendre le long terme et l'intérêt général. Après le coup de tempête fi nancier, c'est la même chose, en plus brutal encore. Les Français avaient vu venir le danger de ce libéralisme et de la financiarisation : ce fut tout le sens du vote NON , contre le projet de constitution européenne qui consacrait cette logique.

Nous revendiquions ainsi de demeurer maître de notre destin, ce qui n'enlevait rien à notre volonté de construire l'Europe... Les grands donneurs de leçons qui soutenaient le OUI, évoquant la main sur le cœur « la grande œuvre européenne », « la réconciliation, la paix, la solidarité entre les peuples » font preuve aujourd'hui, d'un égoïsme national nauséabond, en refusant d'aider sérieusement la Grèce, de construire un cadre protecteur commun, de partager droits et progrès sociaux, de tracer un chemin vers plus d'égalité entre et dans nos pays.

Les Grecs qui manifestent et refusent de payer les pots cassés ont raison. Il faut refuser les diktats, les lois antisociales, créer une crise politique européenne afin d'imposer de nouveaux choix. Nous devons être à leur coté, et proposer une alternative pour une réorientation rapide de la construction européenne..

14:41 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : finance, crise, libéralisation, europe | | |  Facebook | | |

Commentaires

Les islandais ont dit non au sauvetage public de la banque en ligne.

Écrit par : Comparabanques | 14 mars 2010

L'Islande réticent à la banque en ligne.

Écrit par : banque en ligne | 09 avril 2010

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