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12 avril 2010

Retraite : les fausses évidences du gouvernement

Le gouvernement a une solution logique et comptable pour sauver le régime de retraite : retarder l'âge légal de départ à la retraite et allonger progressivement le nombre d'années de cotisation. C'est logique et mathématique, nous dit-on, à partir du moment où l'espérance de vie augmente...

 

Certes, l'espérance de vie des français a augmenté, grâce notamment à un système de santé publique parmi les plus performants au monde. En 1960, l'espérance de vie d'un français était en moyenne de 70 ans. En 2007, elle atteignait 81 ans. En revanche, l'espérance de vie en « bonne santé », c'est à dire sans incapacité majeure liée à des maladies chroniques, aux séquelles d'affections aiguës ou de traumatismes, était de seulement 64,2 ans en 2007. Les accidents du travail, l'augmentation du nombre des cas de troubles musculo-squelettiques (les fameux « TMS »), l'intensification du stress au travail ne sont sans doute pas pour rien dans cet écart entre l'espérance de vie « physiologique » et l'espérance de vie « en bonne santé ». Quoiqu'il en soit, l'argument de l'augmentation de la durée de la vie n'est pas aussi implacable qu'il y paraît.

 

On nous répète aussi, que, dans les faits, la retraite à 60 ans « ne veut plus vraiment dire grand-chose. » Au contraire, on peut dire que dans les faits, la retraite à 60 ans veut toujours dire quelque chose puisque l'âge moyen de sortie du marché du travail est de... 59 ans. Près de deux salariés sur trois n'étaient plus en emploi à l'âge de prendre leur retraite. Où étaient-ils ? Il y a par exemple environ 400 000 chômeurs de plus de 57,5 ans dispensés de recherche d'emploi... Dans ces conditions, augmenter la durée de cotisation aura pour effet mécanique de faire encore baisser le niveau des pensions. De plus, dans un contexte de chômage de masse, il n'est pas logique de chercher à allonger la carrière des « vieux », alors que tant de « jeunes » restent sur le carreau.

 

Contrairement à ce que l'on cherche à nous imposer, le dossier des retraites n'est pas une affaire purement logique et comptable. En effet, si la solution du gouvernement permet (peut-être) de régler la question du déficit du système de retraite, elle ne règle en rien le vrai problème : « Comment assurer à chacun des conditions d'existence décentes à l'issue de sa vie professionnelle ?». C'est une question de partage de richesses, donc éminemment politique et qui doit justifier des confrontations de points de vue divergents, dans la mesure où il s'agit de répartir un effort de solidarité entre plusieurs groupes (salariés, employeurs, retraités, ...).

 

Plutôt que d'essayer de résoudre cette question fondamentale, le gouvernement préfère faire peur aux français, en dramatisant les déficits du régime de retraite, pour présenter un nouveau bricolage du système comme la seule solution possible. Les vrais enjeux sont ailleurs : réduction du chômage, partage des richesses, amélioration des conditions de travail...

 

La question des retraites pose en fait celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité-es, l'idéologie absurde du « travailler toujours plus » et la destruction des solidarités sociales. Le financement des retraites est possible à condition d'en finir avec l'actuel partage de la richesse au seul bénéfice des revenus financiers. C'est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l'âge de départ. Il s'agit là d'un choix politique de justice et de solidarité.

 

PP

14:25 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : retraites | | |  Facebook | | |

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