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13 avril 2010

Bouclier fiscal ou boulet fiscal ?

Après la débâcle des élections régionales, Nicolas Sarkozy a réaffirmé son attachement au bouclier fiscal. Rappelons que ce dispositif prévoit que les impôts directs (impôt sur le revenu, impôts locaux, CSG, ISF...) ne peuvent représenter plus de 50% des revenus d'un individu. En cas de dépassement de ce seuil, le Trésor Public rembourse le « trop payé ». Ses partisans soutiennent que cela permet d'éviter les départs à l'étranger de riches contribuables (la fameuse « évasion fiscale »). Toutefois, aucune étude sérieuse n'a permis de prouver cette affirmation...

 

Les moulins à parole du gouvernement et de l'UMP répètent également que les trois quarts des bénéficiaires du bouclier fiscal sont des personnes « modestes » (moins de 1500 € de revenus mensuels). Ce qu'ils oublient de dire, c'est qu'en 2008 (dernière année disponible), sur les 19000 bénéficiaires, 1000 se sont partagés plus de la moitié du montant total des remboursements (600 millions d'€), soit un montant moyen de 337 000 € par personne. Parmi eux, 100 ont reçu chacun en moyenne 1,15 million d'€ (soit 57 ans de SMIC !). Comme d'habitude, les « petits » ramassent les miettes et les « gros » se partagent la part du lion. En effet, il y a fort à parier que les 100 grands gagnants sont plutôt à rechercher du côté des amis du Fouquet's que du côté de la veuve de l'île de Ré, de l'ouvrier du Nord...ou du viticulteur héraultais !

 

Dans le même temps, compte tenu des effets de la crise, le gouvernement recherche de nouvelles recettes : ainsi, les indemnités journalières seront imposées à hauteur de 50 % (pour un rendement compris entre 100 et 200 millions d'€) et les conditions pour bénéficier de la demi-part supplémentaire réservée aux parents isolés (célibataires, divorcés, veufs) sont durcies, ce qui procurera des rentrées supplémentaires (estimées à 900 millions d'€ à l'horizon 2013). En clair, il y aura des augmentations d'impôt pour certaines catégories de contribuables, ce qui permettra de financer le maintien du bouclier fiscal.

 

Il ne s'agit pas de faire la « chasse aux riches ». Il faut seulement rappeler que la richesse d'un individu n'est pas due à son seul mérite, mais aussi au niveau de développement de la société, à la qualité des infrastructures publiques (éducation, sécurité, routes, énergie, ...). Plongé au cœur d'un pays sous-développé, un individu, quelles que soient ses qualités, aura bien du mal à obtenir le même niveau de vie qu'en France ! Tout ça pour dire qu'en cette période de crise, il est impératif de faire en sorte que « ceux qui ont beaucoup » assument une part importante des efforts. Supprimer le bouclier fiscal est bien sûr nécessaire, mais ce n'est pas suffisant. Il faut restaurer la progressivité de l'impôt, mise à mal par dix ans de « réformes » fiscales menées par la droite. La fiscalité n'est pas qu'une question technique, elle est aussi la traduction de choix de société en matière de solidarité, de redistribution, de réduction des inégalités, de financement des politiques publiques... C'est à nous, citoyen(ne)s, de nous réapproprier ce débat !

 

PP

07:26 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : impôts, inégalités, sarkozy | | |  Facebook | | |

Commentaires

question : pourquoi n'abroge-t'on pas conjointement l'I.S.F. et le Bouclier fiscal rapidement étant donné qu'il a été rétorqué maintes et maintes fois que rien ne pouvait être fait parceque (sous entendu) la gauche aurait mis le feu à la maison ... il semblerait maintenant que ce soit la droite qui freine... POURQUOI ? si l'on continue à se prendre les pieds dans les tapis en disant tout et son contraire cela ne risque pas d'avancer très vite et surtout de coûter très cher ?

Écrit par : perruque | 27 avril 2010

Les commentaires sont fermés.