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16 avril 2010

Mme Parisot, à long terme nous serons tous morts !

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Interrogée dans Le Parisien (12/04/2010) sur les propositions du Medef concernant les retraites, Laurence Parisoit a déclaré : « Nous travaillons parallèlement à d'autres solutions : par exemple la capitalisation. Sur le long terme, cette solution - qui permet aux salariés de se constituer un capital à côté de la retraite par répartition - apparaît toujours comme la plus avantageuse et la moins coûteuse. »

 

La plus avantageuse et la moins coûteuse...Oui, mais pour qui ? Et puis, on aurait aimé quelques preuves concrètes pour étayer cette affirmation. « Sur le long terme », qu'est-ce que cela veut dire exactement ? On pourrait citer Keynes qui, concédant que les mécanismes autorégulateurs vantés par les économistes néoclassiques pouvaient fonctionner à long terme, s'empressait d'objecter : « à long terme, nous serons tous morts ».

 

Or, le financement des retraites est une question qui se pose à chaque génération. C'est une question de partage de la richesse entre actifs et retraités. C'est en effet en prélevant une fraction de la richesse que produisent les personnes actives occupées qu'on finance les retraites. Le recours à la capitalisation consiste à accumuler, de manière individuelle ou collective - via des fonds de pension -, des actifs financiers (actions, obligations, immobilier) dont les revenus ou la vente sont censés assurer demain le paiement des pensions. Le recours à la capitalisation ne peut en aucun cas résoudre le problème de partage des richesses posé par l'accroissement du nombre de retraités rapporté au nombre d'actifs : un régime par capitalisation qui voudrait se substituer totalement à la répartition devrait, lui aussi, s'il entend maintenir le niveau relatif des retraites, verser une part croissante du produit intérieur brut (PIB) à des retraités devenus plus nombreux. Il lui faudrait donc tout autant prélever cette somme sur les richesses produites par les actifs du moment, via les revenus du capital. La principale différence entre les deux systèmes tient plutôt à leur fondement : la répartition est par nature collective et fondée sur la solidarité entre générations, alors que la capitalisation induit l'idée que chacun cotise pour sa propre retraite.

 

La capitalisation a pour inconvénient supplémentaire de soumettre les pensions à la volatilité des marchés financiers. Ainsi, les actifs détenus par les fonds de pensions des pays de l'OCDE ont vu leur valeur diminuer en moyenne de 20% depuis le début de la crise financière. En Irlande, cette diminution a même atteint plus de 30% pour la seule année 2008... Cela ne peut qu'enfermer les futurs retraités dans un sentiment d'insécurité vis-à-vis de leur futur, les incitant à épargner plus, cassant de ce fait le dynamisme de l'économie. D'autant plus que, de plus en plus, les fonds de pension proposent des systèmes à « cotisations définies » dans lesquels seul le montant des cotisations est fixé, le montant des pensions étant fonction de l'état des marchés financiers (contrairement aux systèmes dits à « prestations définies » qui garantissent un revenu prédéterminé). Il s'agit une fois de plus de reporter le risque sur le seul salarié. Il est paradoxal que ce genre de systèmes soit promu par ceux-là même qui sont si friands de « golden parachutes » et autres « retraites chapeaux » !

 

La seule vraie façon de mutualiser les risques et de redonner confiance en l'avenir est le renforcement du système par répartition. Contrairement à ce qu'affirment les oracles de la « seule solution possible » (par exemple Alain Minc, pas plus tard que mercredi matin sur France Inter), cela ne passe pas par l'allongement de la durée de cotisation. Comment pourrait-il en être ainsi alors que l'âge moyen de sortie du marché du travail est toujours de 59 ans et que 6 salariés sur 10 ne sont déjà plus en emploi au moment de prendre leur retraite (cf. les 400 000 chômeurs de plus de 57,5 ans dispensés de recherche d'emploi) ? Dans ces conditions, l'allongement de la durée de cotisation permettra (peut-être) de régler la question du déficit du système de retraite, mais elle ne règlera en rien le vrai problème : « Comment assurer à chacun des conditions d'existence décentes à l'issue de sa vie professionnelle ?». Les vrais enjeux sont ailleurs : réduction du chômage, partage des richesses, amélioration des conditions de travail... Le financement des retraites est possible à condition d'en finir avec l'actuel partage de la richesse au seul bénéfice des revenus financiers.

 

Plutôt que remettre sur le devant de la scène des vieilles lunes qui ont fait la preuve de leur inefficacité, le Medef serait mieux inspiré de chercher comment créer des emplois de qualité, limiter les écarts de salaire, améliorer la gouvernance des entreprises, développer l'innovation... On peut rêver, non ?!

 

PP

07:28 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : retraites, finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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