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07 mai 2010

Dette publique, dette privée

Depuis des années, on nous répète que la dette publique est le pire mal qui puisse affecter l'économie. On nous répète que la dette publique est trop élevée, qu'elle pèse sur les générations futures. Mais, bizarrement, on ne dit rien sur la dette privée (contractée par les ménages et les entreprises). Pourquoi serait-elle plus "supportable" pour l'économie ?

 

Les graphiques suivants (source des données : Banque de France) montrent l'évolution de la dette privée et de la dette publique (en % du PIB) entre mars 1999 et septembre 2009 pour la Zone Euro, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne.

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Partout, la dette privée est plus importante que la dette publique. Partout, elle a augmenté beaucoup plus vite et plus régulièrement que la dette publique.

 

La palme revient sans contestation possible à l'Espagne dont l'endettement privé a littéralement explosé depuis 10 ans pour atteindre 200% du PIB. Mais, selon les règles de la zone Euro, l'Espagne était considéré comme le pays le plus vertueux car sa dette publique était largement inférieure à 60% du PIB. Et pourtant, la crise la plus grave est apparue en Espagne : effondrement de l'activité dans la construction, hausse massive du chômage avec l'effondrement de l'emploi, au total chute de l'activité. La cause de l'effondrement de l'économie espagnole était évidemment non pas l'excès de dette publique, mais l'excès de dette privée.

 

L'excès d'endettement en Espagne était associé à la hausse de l'investissement en logements, à la hausse des prix de l'immobilier qui à la fois imposait un endettement plus élevé mais  aussi le justifiait, avec le bas niveau des taux d'intérêt comparés à la hausse des prix de l'immobilier.

 

Au sein de la dette privée, la dette des ménages occupe une part importante et en constante augmentation. L'endettement des ménages est le lot commun des pays européens. La palme revient au Royaume-Uni, dont l'endettement des ménages est passé de 90% à 152% du revenu disponible brut (RDB) entre 1997 et 2008. Le Portugal et l'Espagne suivent de très près. Quant aux ménages grecs, leur endettement est passé de moins de 20% du RDB en 2000 à 70% en 2008...

 

Comment expliquer une telle évolution ? L'impact des mesures libérales sur la précarisation du marché du travail a été colossal. Or en générant des petits boulots et des working poors, on sape durablement la demande. Il fallait donc lâcher la bride du crédit. D'une main, on enlève du salaire aux travailleurs pour mieux rémunérer les actionnaires, de l'autre on lui prête de l'argent pour qu'il continue à acheter ce que produisent les entreprises.

 

Séparer la dette publique de la dette privée dans l'analyse du risque d'excès d'endettement est ridicule, les crises d'excès d'endettement du secteur privé sont plus graves que les crises l'excès d'endettement du secteur public. Quelle que soit l'évolution de la dette publique, un excès de dette privée peut avoir des effets dramatiques (bulles sur les prix des actifs, défauts des emprunteurs...) ;

 

Tout ceci plaide pour une supervision macroéconomique beaucoup plus équilibrée qui donnerait au moins autant de poids à l'endettement privé qu'à l'endettement public. La concentration sur le risque d'excès d'endettement public seul (indépendamment de l'endettement privé) n'a de sens que s'il y a un a priori idéologique impliquant le rejet de la dépense publique.

 

PP

18:03 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : finance, crise, libéralisation, europe | | |  Facebook | | |

Commentaires

Très intéressant votre blog. Aussi,nous venons de le positionner dans le flux de la colonne de gauche pour lui donner plus de visibilité.
Bonne continuation et félicitations
midilibre.com

Écrit par : midilibre.com | 07 mai 2010

L'Espagne a nettement moins de dette publique que la France (à ne pas confondre avec le déficit : dette à court terme). Le seul souci, c'est qu'avec l'arrivée massive de migrants sudaméricains, il sera difficile d'intégrer tout ce beau monde dans le marché du travail (le boom immobilier est d'ores et déjà passé par là)...

Écrit par : nuisette | 29 mai 2010

A la « nouvelle » génération, pour ne pas sacrifier la génération de nos enfants et de nos petits-enfants (on nous touche là où ça fait le plus mal). Autrement dit, et pour simplifier, nos parents ont vécu au dessus de leurs moyens, et nous devons rembourser leurs dettes pour ne pas en faire subir les conséquences à nos enfants. Est-ce moral ? Bien sûr que non. Nous portons désormais un fardeau dont nos parents n’avaient pas conscience. Les plus jeunes vont donc payer pour les plus âgés, les moins aisés pour les plus aisés (ceux qui détiennent la dette), les plus jeunes étant souvent les moins aisés. Et si la nouvelle génération décidait finalement de ne pas payer, pour quelque chose qu’elle n’a pas consommé ? Que se passerait-il ? Je n’ai malheureusement pas la réponse mais ce dont je suis sûr c’est que cette dette publique devrait nous conduire prochainement à une opposition entre deux générations : les baby boomers qui souhaitent finir leur vie comfortablement (et à qui il est vrai nos hommes politiques ont menti!) et les baby loosers qui ne souhaitent pas payer pour leurs parents.

Écrit par : chaussure | 30 septembre 2010

Sauf que la plupart des gens ne comprennent pas que maintenant la monnaie c'est de la DETTE !
quand on emprunte, la banque vous prête de l'argent qu'elle n'a pas contre une promesse de remboursement ultérieur. Quand vous remboursez (le capital et les intérêts) vous le faites avec de l'argent que quelqu'un d'autre a emprunté !
et ainsi de suite jusqu'à la crise (quand il n'y a plus assez de crédits, il n'y a plus assez de monnaie pour rembourser les crédits, et la quantité de monnaie(=dette) diminue, ce qui détruit l'économie.)

c'est un système extrêmement instable, mais qui donne énormément de pouvoir aux propriétaires des banques. parce qu'à chaque crise ils peuvent racheter des parts entières de l'économie à vil prix.

Maintenant la solution : Leur interdire de prêter de l'argent qu'ils n'ont pas (ce qui s'appelle "réserve fractionnaire" qu'il faut interdire à tout prix) et rendre ce pouvoir aux autorités publiques.
Il faut une institution hyper réglementée qui régule la masse monétaire pour enrayer à la fois l'inflation et la déflation (par l'impôt et les dépenses publiques).

Cette institution publique donnerait enfin à l'État(=le peuple) la puissance créatrice dont on a besoin.

Et comment éviter un effondrement de l'économie après l'interdiction du système de réserve fractionnaire ? tout simplement en remplaçant toute la monnaie-dette virtuelle existante (comptes à vue) par de la monnaie publique (sans dette).

Les banques ne pourraient plus prêter que ce que les gens déposeraient sur leurs comptes épargne (qui deviendraient des placements à terme)
Pour se refinancer elles pourraient emprunter au trésor publique.

Ainsi la masse de monnaie reste la plus constante possible et augmente au rythme de l'augmentation de la masse des transactions, régulée pour atteindre les prix visés et en fonction de la vitesse de circulation de la monnaie dans l'économie.

Pensez-y
informez-vous

Écrit par : Meeus | 16 mai 2012

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