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26 mai 2010

Je peux pas, j'ai piscine

Luc Chatel, Ministre de l'Education Nationale, a proposé l'expérimentation d'une nouvelle organisation de l'emploi du temps dans une centaine de collèges et de lycées : cours le matin, sport l'après-midi. Est-ce vraiment la solution aux problèmes de l'école ? Selon le ministre cette organisation est susceptible de réduire l'absentéisme et la violence scolaire. Rappelons que ces phénomènes sont surtout concentrés dans une minorité d'établissements situés dans des quartiers où le taux de chômage est proche de 30 %. Les causes sont donc plutôt à rechercher vers l'absence de perspectives plutôt que l'insuffisance de la pratique sportive.

 

L'application du principe « un esprit sain dans un corps sain » n'est pas critiquable en soi. Il est quand même bon de rappeler que la vocation première de l'école est d'élever le niveau éducatif de l'ensemble de la population afin de permettre à notre pays de faire face aux défis de demain.

 

Selon un récent rapport de la Cour des Comptes, plus de 21 % des élèves éprouvent aux abords de la fin de la scolarité obligatoire de sérieuses difficultés de lecture et de maîtrise des compétences de base en français. En mathématiques, 73% des élèves de 3ème ne maîtrisent pas le programme. Et ces pourcentages sont en augmentation depuis une dizaine d'années.

 

Si, sur la longue durée, le niveau de formation de la population française a globalement progressé, l'écart n'a cessé de se creuser dans la dernière période entre les élèves les plus performants et les plus en difficulté. Parmi les pays de l'OCDE, la France occupe une position moyenne (17ème sur 30 pour la compréhension de l'écrit et les maths, 19ème en sciences) mais se caractérise par un fossé grandissant entre ceux qui réussissent (dont les résultats dépassent ceux des pays classés en tête comme la Finlande, la Corée du Sud, le Canada, le Japon...) et ceux qui, dès le CM2, sont en situation d'échec et ne dépassent pas le niveau des pays les plus mal classés (comme le Mexique).

 

Aujourd'hui, notre système produit 50 à 60% d'élèves dont les résultats sont satisfaisants ou très bons mais 20 à 30% dont les résultats sont insuffisants et 20% en grande difficulté scolaire. La France est l'un des pays développés où l'origine sociale conditionne le plus la réussite scolaire. La baisse continue des dépenses d'éducation (de 7,3% du PIB en 2000 à 6,6% en 2008), la faiblesse des dépenses par élèves dans le primaire et au collège, la suppression de dizaines de milliers de postes depuis 3 ans ne sont pas étrangers à ces dysfonctionnements. Mais il faut aussi orienter les moyens en priorité vers ceux qui en ont le plus besoin, et envisager des réformes de fond en matière de programmes et de pédagogie. C'est un tout petit peu plus urgent que la pratique sportive...mais beaucoup plus difficile !

 

PP

07:10 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éducation, inégalités | | |  Facebook | | |

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