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05 juin 2010

Bernard Maris perdrait-il de vue "l'autre économie" ?

Je réagis à la chronique de Bernard Maris (partisan d'une "autre économie") du 3 juin sur France Inter.


podcast

Le gouvernement allemand vient de saluer le projet de la Commission européenne de mieux encadrer les agences de notation...

Surveiller énergiquement les agences de notations, éviter les compromissions, leur mimétisme leur tendance des agences à sur-réagir, trop bien noter ou trop mal noter. Les agences sont accusées d'avoir sous-évalué les risques lors de la crise bancaire née aux Etats-Unis, et de les avoir surévalués lors de la crise de l'euro. Dès l'année prochaine les filiales européennes des agences (Standard & Poor's, Moody's, et Fitch, qui sont américaines je le précise) seront sous coupe d'une autorité européenne.

Et pourquoi pas une agence européenne ?

Pourquoi pas, en effet, Michel Barnier y est tout à fait favorable et les allemands y viennent aussi. C'est une très bonne chose. Mais modifier le thermomètre ne changera guère la maladie, et la maladie tient à l'endettement public. Vous direz : elle tient autant à l'endettement public que privé. Non. C'est pas pareil. Dans l'endettement privé, il y a des risques, et les mauvais payeurs sont sanctionnés par la puissance publique précisément. L'Etat est là pour faire respecter le droit. Donc au dessus de la dette privée il y a quelque chose, qui s'appelle le droit des contrats. Mais au dessus de la dette publique ? Qu'y a-t-il ? Rien précisément. L'Etat emprunte, il doit rembourser certes, mais comme c'est lui qui est le gardien du droit, il est aussi son propre gardien. Qui gardera le gardien, comme dit le philosophe.

Comment contraindre l'Etat, autrement dit ?

Si vous ne me remboursez pas, je peux faire saisir votre maison. Mais qui saisira la maison publique ? L'économiste Romain Rancière, dit très malignement que si la Grèce fait défaut, on ne peut pas saisir le temple de Delphes. Si la France fait défaut, on ne peut pas saisir le château de Versailles. Vous me direz : les Etats européens ont mis en place un mécanisme de caution solidaire... Oui, c'est bien joli, sauf que c'est de la dette publique pour couvrir de la dette publique ! Retour à la case départ !

Quelle est la porte de sortie ?

La collectivisation des dettes européennes est une première étape, car dans ce cas les européens prêtent aux européens. Pour le dire autrement, il faut avaliser le fait que les banques européennes prêtent à l'Europe. En vertu de quoi, on peut, soit - plumer les banques, les ruiner, en tout ou partie, c'est-à-dire plumer et ruiner en tout ou partie, au passage les créanciers qui sont leurs clients, soit leur donner des garanties au-delà des simples dettes publiques. C'est la deuxième étape : garantir la dette publique européenne. Par quoi ? par l'or, par les devises des banques centrales et de la BCE. Ou encore par des paniers d'actions d'entreprises publiques. C'est là que l'Agence de notation européenne pourrait jouer un rôle importantissime en surveillant la valeur de ces paniers d'actions ou d'or de devises. Mais ne nous y trompons pas : c'est une étape de plus vers le fédéralisme.

 

 

Cette chronique appelle plusieurs commentaires. Tout d'abord, dire que « les mauvais payeurs sont sanctionnés », c'est aller un peu vite en besogne. Tout dépend lesquels ! En effet, les millions d'américains qui ont perdu leur maison ont été sanctionné, les millions d'européens qui ont perdu leur boulot ont été sanctionné. En revanche hormis Lehman Brothers, on ne peut pas dire que les banques et le système financier dans son ensemble aient subi les foudres de la puissance publique !

 

Il n'y a rien au-dessus de l'Etat ? En démocratie, il y a normalement la souveraineté populaire. Et la manifestation de cette souveraineté, dans notre République, c'est le Parlement qui est censé contrôler et voter le budget, donc (en théorie) jouer le rôle de « gardien du gardien ». Plutôt que de chercher à mettre en place une nouvelle entité technocratique, il serait préférable de réfléchir à des institutions qui donnent un vrai rôle aux représentants du peuple. En effet, comment seraient choisis les membres de cette « Agence de notation européenne » au rôle si important ? Seraient-ils cooptés hors de tout contrôle des citoyens comme les membres de la Commission européenne ? On le voit, ce genre d'entités pose avec de plus en plus d'acuité la question de la place du suffrage universel dans une entité aussi vaste que l'Europe... (Pour un éclairage sur ce sujet voir l'extrait de l'interview de Guy Hermet  ci-dessous).

 

 

Sur le plan économique, pourquoi toujours se placer dans l'optique que l'Etat doit emprunter ? Ce n'est pas une fatalité à la condition de lui donner les ressources nécessaires : augmentation de la progressivité de l'impôt, lutte réelle contre la fraude fiscale, coopération fiscale au lieu du dumping fiscal entre Etats. Cela passe aussi par une évaluation transparente et précise des dépenses publiques, ainsi que leur rationalisation, afin de garantir aux citoyens que leur argent est bien utilisé. Evaluation et rationalisation ne voulant pas dire « tailler à la hache » comme le pratique l'actuel gouvernement français!

 

 

PP

 

 

Extrait d'une interview de Guy Hermet (Professeur émérite de science politique à Sciences Po, ancien directeur du Centre d'études et de recherches internationales, il a aussi été vice-président de Médecins sans frontières. Spécialiste des populismes et des origines et développements des régimes démocratiques) dans le  Hors-série n°6 d'Alternatives Internationales (Décembre 2008)

 

« Ce à quoi il est concevable de se préparer, c'est au mélange d'une intervention directe du peuple souverain au niveau local et d'une sorte de gouvernance pour les affaires globales. Pour celles-ci, complexes et négociées, au niveau national, régional, européen et international, le mécanisme des élections me paraît de moins en moins adapté, d'autant qu'on a tendance à remercier les gens qui font (pensons en France à Pierre Mendès France et à Michel Rocard) et à reconduire des gens qui ne font rien. Nous nous dirigeons vers des formules de gouvernance, c'est-à-dire des formules de post-démocratie: un système de conduite des sociétés complexes qui tend à aménager des procédures à géométrie variable avec les gens les plus pertinents au cas par cas. Des experts bien sûr, mais aussi des politiques, des moralistes, des leaders autoproclamés ou des élus d'associations diverses, en partie désignés par les instances politiques à l'origine, mais de plus en plus cooptés ou s'imposant d'eux-mêmes de par leur notoriété ou leur réputation de compétence. Cette gouvernance vise à obtenir des décisions qui soient acceptables, suffisamment efficaces, rationnelles, pas forcément au sens abstrait de la rationalité mais dans un sens nouveau: moins dans le sens de l'intérêt général que dans celui d'une sorte de compatibilité mutuelle. Tout ça, soyons lucides, n'a rien de démocratique au sens où ces gens ne sont mandatés par personne et se rassemblent en vertu d'une affinité fonctionnelle ou d'une proximité dite idéologique. Le bien commun, l'intérêt général, la décision majoritaire sont de toute façon perçues de plus en plus comme des mythes de moins en moins vraisemblables. L'idée qui s'impose est qu'il n'y a jamais eu d'intérêt général mais des additions et soustractions d'intérêts particuliers. Est-ce faux, d'ailleurs? En un sens, la gouvernance est probablement plus lucide sur le fonctionnement réel des sociétés qualifiées aventureusement d'égalitaires. »

 

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : europe, finance, dette, crise | | |  Facebook | | |

Commentaires

Face au chantage de l'empire financier :

Crise des « subprimes », crise bancaire, accélération de la destruction de l'agriculture, de l’industrie et des emplois. Puis aujourd’hui crise de l’euro, crise de la dette publique des États, destruction du service public, chantage sur les retraites. Sans oublier les divers plans injustes pour sauver les banques !

Nous devons nous organiser et nous mobiliser massivement pour demander à faire la lumière sur la crise financière en convoquant immédiatement une commission d'enquête parlementaire !

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David CABAS
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Écrit par : David CABAS | 05 juin 2010

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