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11 juin 2010

Parti Socialiste : rénovons d'abord les fondations

Le Conseil national du Parti Socialiste a voté, le 8 juin 2010, un texte intitulé sobrement « La rénovation », qui sera soumis au vote des militants le 24 juin. Il traite de cinq thèmes :

  • Les primaires
  • Le non-cumul des mandats
  • L'organisation des congrès et des instances nationales (BN et CN)
  • La création d'une Haute Autorité du PS
  • La parité, le renouvellement, la diversité

 

Je suis militant PS depuis 2 ans au sein de la fédération de l'Hérault. En lisant un article du quotidien régional Midi Libre daté du 8 juin 2010, donc le jour même du vote de « la rénovation », j'ai été pour le moins surpris d'apprendre que le président PS du Conseil général présentait « ses » candidats pour les cantonales de mars 2011.

 

« André Vezinhet, en attendant que les différentes sections socialistes ne désignent leurs candidats à la rentrée, s'avouait dès lors « comblé » de la volonté de ces élus de s'affirmer candidats à leur propre succession. »

 

On ne peut qu'être reconnaissant envers Mr Vézinhet d'évoquer le vote des militants, cette formalité si ennuyeuse... Décidément, la rénovation est en marche, camarades !

 

Je ne suis pas en train de dire que les conseillers généraux sortants ont fait du mauvais travail. Seulement, en 2 ans, je n'ai eu aucun contact avec mon conseiller général socialiste, hormis les vœux de début d'année. Comme beaucoup de camarades, j'aurais aimé qu'il nous réunisse régulièrement pour nous rendre compte de son mandat, nous détailler ses actions au sein de l'assemblée départementale. Cela nous permettrait, à nous militants « de base », d'être plus efficaces pour défendre l'action de notre Parti auprès de nos concitoyens. Ce déficit d'information n'est d'ailleurs pas propre au conseiller général, ce n'est pas mieux du côté du député ou des conseillers régionaux...

 

La rénovation commencera vraiment lorsque l'on cessera de considérer les militants comme de la « chair à canon » lors des campagnes électorales....

 

Je sais que l'on va m'accuser de me livrer au jeu favori des socialistes qui consiste à se tirer régulièrement des balles dans le pied, mais mon propos se veut constructif car si j'ai adhéré à ce parti, c'est parce que je pense qu'il est le mieux à même de défendre concrètement (sans promettre d'hypothétiques « Grands Soirs ») les valeurs de solidarité et de justice sociale auxquelles je suis fondamentalement attaché. Fort d'un réseau de militants solidement implanté sur l'ensemble du territoire, il devrait être une vraie « machine de guerre » pour irriguer la société. Malheureusement, la réalité est souvent tout autre. La Coopol (www.lacoopol.fr site collaboratif des militants et sympathisant du PS) fourmille de témoignages de militants déçus par l'absence de débats dans les sections, par le comportement d'apparatchiks de certains élus (pas tous, heureusement !)...

 

En 2 ans, je n'ai eu aucun contact avec ma fédération, hormis des meetings électoraux. Il s'agit de la fédération de l'Hérault, qui est dans une situation un peu « particulière », je vous l'accorde (la partie émergée de l'iceberg étant les péripéties des « frêchistes » au moment des régionales). Aucun contact non plus avec des militants d'autres sections, sauf une réunion à l'initiative de notre section. Rien, l'encéphalogramme plat. Certes, nous ne devons pas tout attendre « d'en haut », mais je pense tout de même qu'il faut que le « haut » soit le garant de la cohérence de nos messages sur le terrain au risque de nuire à la lisibilité de nos actions.

 

En fait, je crois PS ne vit vraiment qu'au moment des élections et des congrès. Entre temps, j'ai l'impression qu'il ne se passe pas grand-chose sur le terrain... Je ne suis pas en train de dire qu'il n'y a pas d'idées au PS, ce serait injuste et faux (cf. Le Laboratoire des idées http://www.parti-socialiste.fr/laboratoire-des-idees ), mais elles sont diluées et surtout ne sont pas rendues intelligibles et opérationnelles, dans le cadre d'un projet global et cohérent. Comme si cela n'était pas fondamental, en tout cas secondaire par rapport aux querelles d'ego.

 

Les différentes conventions pour l'élaboration du programme me font penser à ces mauvais élèves qui bachotent à fond à quelques jours de l'examen. On demande aux militants de voter sur un « nouveau modèle de développement » en leur laissant une dizaine de jours pour étudier un document de plus de 20 pages ! Et puis, que dire des péripéties relatées par certains camarades sur la Coopol sur la non prise en compte d'amendements pourtant votés par plusieurs fédérations ?!

 

Pierre Leroux (1797-1881, un des pères du socialisme français) définissait le socialisme comme l'antithèse de l'individualisme. C'est sur ce terrain que doit se faire la reconquête. Le premier objectif est, selon moi, de redonner le goût du travail collectif de fond. Pour cela, il faudrait mettre en place les structures et les moyens pour que les motions et amendements rédigés par les sections soient effectivement examinés et discutés au niveau fédéral. Les propositions d'un groupe de militants baptisé « GPS » (Grand Projet Socialiste, http://www.grandprojetsocialiste.fr/ ) me semblent à cet égard très pertinentes. Sans verser dans le « tous experts », il faut donner le temps et les moyens nécessaires aux militants pour s'approprier et amender les propositions du parti.

 

Il est impératif de redonner aux militants le sentiment d'appartenance à une grande famille en mettant en place une vraie politique de formation des militants au niveau fédéral. Le Parti doit (re)devenir un mouvement d'éducation populaire et d'émancipation des citoyens.

 

Il faudrait aussi constituer des équipes dans chaque fédération pour animer régulièrement des réunions publiques. Il faut que les militants se rencontrent régulièrement, échangent, mènent ensemble des actions sur le terrain... en relation étroite avec les syndicats, les associations. C'est en s'appuyant sur ce foisonnement que l'on pourra intégrer la « diversité » au sein du PS, la première des diversités étant la diversité sociale. Le renouvellement des candidats sera la conséquence logique et inévitable de ce renouvellement de la base militante, à mille lieues de ce qui nous est proposé aujourd'hui : le parrainage des nouveaux candidats par les élus en place. Ou comment permettre aux barons locaux d'adouber leurs dauphins...

 

Les élus socialistes devraient rendre compte de l'exercice de leur mandat auprès des militants et des sympathisants de façon systématique et plus «cadrée ». Certains le font, bien sûr, mais il me semble aléatoire et inefficace de faire reposer la bonne marche d'un système sur la bonne volonté de ses acteurs. Il faut des règles de fonctionnement claires, des structures solides.

 

Pourquoi aussi ne pas systématiser l'échange de bonnes pratiques ? Les élus socialistes gèrent 21 régions métropolitaines sur 22 et plus de la moitié des départements, ainsi que de nombreuses grandes villes. En Haute-Normandie, par exemple, les trois collectivités gérant des personnels de l'éducation nationale (région et départements de la Seine-Maritime et de l'Eure, dénommés familièrement le "276") se sont engagées dans une action déterminée de mutualisation des tâches de gestion, donc des charges financières qui s'y attachent. Pourquoi ne pas généraliser cette rationalisation de la décentralisation ? Les régions ont en charge la formation professionnelle, pourquoi ne pas mettre en oeuvre une politique interrégionale de formation professionnelle ?

 

Mais avant de parler de rénovation dans le détail, il conviendrait sans doute de nous entendre sur le rôle d'un parti. Au sein du PS, il semble que nous n'ayons pas tous la même idée de ce rôle. Dans un rapport de la fondation Terra Nova signé par son président Olivier Ferrand (membre du Conseil National du PS) et intitulé « Pour une primaire à la française », on peut lire : « La dernière réforme est liée à la réflexion programmatique. Cette réflexion ne doit plus être collective mais liée à chaque candidat : lors de la primaire, on choisit un candidat et son programme. La logique consistant à établir d'abord le programme du PS et choisir ensuite un candidat pour le porter à la présidentielle ne fait pas sens. Cela signifierait que la primaire porte exclusivement sur la personnalité, et pas sur les idées (déjà arrêtées). Cela aboutit inéluctablement à un conflit entre le programme du PS et celui du candidat. Il faut donc permettre à chaque candidat potentiel de mener sa réflexion programmatique de manière professionnelle, afin de la présenter in fine lors de la primaire. Cela passe par le renforcement des think tanks politiques liés au PS, avec lesquels les candidats pourraient librement travailler. »

 

Ces « amateurs » que sont les militants apprécieront à sa juste valeur la « manière professionnelle » de dire que le PS ne doit être qu'un « think tank » parmi d'autres, au services de candidats...

 

PP

07:37 Publié dans Actualités, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ps | | |  Facebook | | |

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