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17 juin 2010

100 milliards en trois ans : les économies irréalistes de Fillon

Une équation compliquée sur un tapis de souris (Dullhunk/Flickr)

Article de Sylvain Gouz, paru sur Rue89.

François Fillon aime décidément beaucoup revêtir le costume de « Père Fouettard » ou, c'est selon, de « Père La Rigueur ». Dès septembre 2007, il ne craignait pas de se proclamer « à la tête d'un pays en faillite ». Ce week-end, sans crier gare, il a sorti de sa boîte à malice le chiffre magique de 100 milliards d'euros, qu'il s'agirait de rogner sur les déficits publics d'ici 2013 pour les ramener sous ce mythique pourcentage de 3% du produit intérieur brut.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un objectif ambitieux, sinon d'un challenge hasardeux (ce qui, somme toute, peut se comprendre à l'heure où les paris en ligne viennent d'être autorisés).

L'équation irréaliste de François Fillon

Lorsqu'on regarde de plus près comment le Premier ministre compte arriver à ces économies, on est pris d'un doute plus que sérieux. Ces 100 milliards se décomposeraient de cette manière :

  • 45 milliards de coupes dans les dépenses publiques (moins de fonctionnaires, moins d'argent pour le social et pour les régions, etc),
  • 5 milliards de suppressions de « niches fiscales »,
  • 15 milliards venus de l'extinction des mesures de soutien (notamment en faveur des ménages les plus pauvres, de l'achat d'automobiles et de certaines industries) prises en 2009,
  • enfin, 35 milliards de recettes fiscales supplémentaires (TVA, impôt sur les sociétés) issues d'un regain de croissance de l'économie française.

Résumons : 45 milliards de coupes budgétaires + 5 milliards de niches fiscales rabotées + 15 milliards de soutien supprimé à l'activité + 35 milliards de recettes fiscales en plus = 100 milliards, le compte est bon (encore que virtuel).

D'un simple point de vue logique, si d'un côté on appuie sur le frein en diminuant les dépenses publiques et en arrêtant le soutien à l'activité donc en pénalisant la consommation, principal moteur de l'économie, il est incongru de penser que celle-ci va prendre de la vitesse pour regonfler les recettes fiscales. Il y a, comme qui dirait, une faille dans le raisonnement.

Disons que l'équation de François Fillon est carrément optimisée, voire irréaliste. Mais pour quelle raison ? Bien sûr pour complaire aux marchés financiers. La France ne vient-elle pas d'être rétrogradée en termes de meilleur emprunteur ?

80 milliards pour l'Allemagne, 100 milliards pour la France

On assiste en effet ces derniers jours à un véritable concours de beauté sur le front de l'austérité. C'est à qui mettra en avant le plus de milliards d'euros économisés, c'est à qui affichera la rigueur budgétaire la plus rigoureuse.

Est-ce un hasard si l'annonce de ces 100 milliards providentiels intervient fort opportunément au lendemain de la publication par Berlin d'un plan d'économie de 80 milliards, et à précisément trois jours d'une rencontre Merkel-Sarkozy ? 80 milliards, 100 milliards, qui dit mieux ?

Voici un peu plus d'un an, au plus fort de la crise financière, les gouvernants avaient tous les yeux de Chimène pour les politiques keynésiennes de relance par la dépense publique et la consommation. Mais « business as usual » : depuis, les bonnes vieilles recettes du néo-libéralisme, malgré leur échec avéré, ont repris le dessus.

Keynes, réveille-toi (encore une fois) : ils sont redevenus fous !

08:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | |

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