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20 août 2010

Ras le bol des « estroseries » et des « ciotteries », vivement un projet de société !

Alors que l'échec de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité est chaque jour plus évident, des têtes pensantes de l'UMP tentent de faire diversion en annonçant des mesures aussi spectaculaires qu'irréalistes. La dernière en date est, bien entendu, la proposition de Christian Estrosi (Ministre de l'Industrie et maire de Nice) visant à pénaliser financièrement les communes qui ne respectent pas « leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l'absentéisme scolaire et de réformes des règles d'urbanisme ».

http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Christian-Estrosi...

Quelques jours auparavant, son compère des Alpes Maritimes, Eric Ciotti (Député, Président du Conseil Général et « monsieur sécurité » de l'UMP) avait évoqué la possibilité de peines de 2 ans d'emprisonnement pour les parents d'enfants délinquants.

 

Les élucubrations du chef d'escadrille Estrosi et de son copilote Ciotti pourraient prêter à rire si le sujet n'était pas aussi grave. En effet, l'échec de la majorité UMP depuis 2002 en matière de sécurité est révélateur d'un échec plus global de sa politique économique et sociale inefficace et injuste. Oui, on peut parler d'échec en matière d'insécurité, malgré les démonstrations d'auto-satisfaction de Brice Hortefeux. Car, dans les chiffres du Ministre, se côtoient au même niveau les vols d'autoradios, les chèques sans provision, les insultes, les violences aux personnes et les homicides... L'intégralité de la baisse s'explique par la baisse des vols, due principalement à l'amélioration des dispositifs de sécurité des véhicules et des habitations. En revanche, les violences aux personnes sont en nette augmentation : + 40% pour les « coups et blessures volontaires » entre 2004 et 2009 et + 22% pour les « chantages, menaces ou atteintes à la dignité » sur la même période. Certes, une part de ces faits étaient cantonnés à la sphère familiale (les violences conjugales notamment), mais l'augmentation est indéniable. Le gouvernement et l'UMP reconnaissent implicitement cet échec, sinon nos deux intellectuels de la Côte d'Azur ne se seraient pas sentis obligés de dévoiler le fruit de leur remue-méninge.

 

Emportés par leur enthousiasme méridional, ils ont toutefois oublié le principe premier de leur mentor Nicolas Sarkozy : la responsabilité. En effet, leurs propositions visent à exonérer l'Etat de ses responsabilités en matière de sécurité et de lutte contre la délinquance. Eric Ciotti propose de se défausser sur les familles en mettant sous les verrous les parents d'enfants délinquants. On peut alors se poser la question : « qui va garder les enfants ? ». Cette mesure est tout bonnement irréaliste et n'aura d'autre effet, à l'instar de la suppression des allocations familiales (autre trouvaille du décidément très créatif Ciotti), que de fragiliser encore plus des familles déjà en difficulté. Quant à Christian Estrosi, pourtant Ministre de la République, il semble oublier que la sécurité est une responsabilité régalienne de l'Etat, qu'il est illusoire de prétendre faire porter aux communes. En effet, qui définit les effectifs et contrôle l'affectation des effectifs des forces de l'ordre ? Qui fixe les moyens de la justice ? Bien sûr, c'est l'Etat !

 

Certes, la sécurité ne passe pas seulement par la présence des forces de l'ordre et les maires ne sont pas complètement démunis pour lutter contre la délinquance. Ils peuvent agir sur la situation de leur commune de bien des manières en mobilisant les services publics locaux, les ressources associatives, les aides financières du conseil général...pour venir en aide très tôt aux enfants en difficultés, pour lutter contre l'absentéisme scolaire, pour occuper ces jeunes qui « tiennent les murs »...Mais toutes ces actions de prévention ne semblent pas avoir les faveurs du gouvernement, qui préfère la manière forte... ou la vidéosurveillance, dont l'inefficacité est pourtant démontrée.

http://www.rue89.com/2008/05/30/grande-bretagne-cameras-p...

http://www.laurent-mucchielli.org/public/La_videosurveill...

 

Quoiqu'il en soit, reporter sur les communes la responsabilité de la sécurité, c'est prendre le risque que les habitants des villes pauvres soient désavantagés (une fois de plus) par rapport à ceux des villes riches (comme Nice, par exemple). Seul l'Etat peut assurer un égal accès à la sécurité pour l'ensemble des citoyens. Encore faudrait-il qu'il en ait les moyens ! Encore faudrait-il que la politique fiscale conduite depuis 2002 ne prive pas les finances publiques des ressources nécessaires pour financer les missions de sécurité, la justice, mais aussi la politique du logement, de la ville, de l'insertion... Dans tous ces domaines, l'insuffisance des moyens et des effectifs conduit à un délitement progressif de la cohésion sociale.

 

Cohésion sociale et solidarité, ces deux valeurs sont sans cesse remises en cause par la stigmatisation continue et la désignation de coupables de la part de responsables du gouvernement ou de l'UMP. Stigmatisation des « mauvais maires », stigmatisation des « mauvais parents », stigmatisation des « malades qui consomment trop de soins », stigmatisation des « fraudeurs aux allocations »... Ainsi, récemment, le député UMP Edouard Courtial a proposé que l'allocation de rentrée scolaire (ARS) soit versée en bons d'achat pour éviter les abus (achat « d'écrans plats » à la place des fournitures scolaires). Peu importe que 90% des allocataires utilisent correctement l'ARS, les bénéficiaires de la solidarité nationale sont coupables ! Bizarrement, il n'est pas venu à l'idée de Mr Courtial de demander que le remboursement du bouclier fiscal (il s'agit pourtant d'une forme de « solidarité nationale ») soit versé en bons d'achat. Il est vrai que les bénéficiaires de l'ARS sont moins nombreux à financer l'UMP que ceux du bouclier fiscal ...

 

Cette recherche permanente de bouc-émissaires, ces annonces à l'emporte-pièce traduisent l'incapacité de nos dirigeants à formuler un projet de société juste, solidaire et efficace. Il s'agit plutôt de diviser les français, afin de maintenir un pouvoir dont les décisions pénalisent pourtant le plus grand nombre. De plus, en montrant du doigt les pauvres, les exclus, on cherche à nous faire croire qu'ils sont seuls responsables de leur situation et que c'est « à cause d'eux que ça va mal ». Alors qu'en réalité, c'est parce que « ça va mal » qu'ils sont dans cette situation. Mais, à moins d'opter pour une dictature, la paix sociale ne peut reposer que sur une réduction des inégalités, dans tous les domaines : revenus, emploi, fiscalité, logement, éducation, santé... Pour cela, des mesurettes sans cohérence entre elles ne peuvent suffire, il faut une vision d'ensemble, un projet et une volonté politique.

 

La volonté politique a, par exemple, permis de créer 1,5 millions de logements HLM entre 1970 et 1985, deux fois plus en 15 ans qu'il n'en a été construit depuis ! Or, cet urbanisme des « grands ensembles » est en grande partie responsable de la relégation sociale d'une partie de la population, sur fond de montée du chômage, de déclin des services publics. Cet urbanisme résulte de la volonté de l'Etat, c'est donc à lui de changer la donne en la matière en investissant massivement. Mais investir dans la pierre ne sera pas suffisant : il faut investir dans les hommes. Changer cette situation qui voit la France être un des pays développé où l'origine sociale conditionne le plus la réussite scolaire. En matière économique, la recherche du plein emploi doit redevenir un objectif majeur, avant la lutte contre l'inflation ou la réduction des déficits.

 

Quoiqu'il en soit, la solution passe par un projet collectif et non par une juxtaposition de « responsabilités individuelles ».

 

PP

09:45 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, sarkozy, ump, sécurité | | |  Facebook | | |

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