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01 septembre 2010

La gauche et les compromis pourris

Par BRUNO AMABLE professeur de sciences économiques à l'université Paris-I Panthéon- Sorbonne.

 

 

La presse s'est récemment fait l'écho de sondages portant sur les intentions de vote pour l'élection présidentielle de 2012 qui prédisent la victoire d'éventuels candidats socialistes, en particulier Dominique Strauss-Kahn (DSK). Il faut prendre ces résultats au sérieux, en se souvenant des prédictions de triomphe de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy pour 2007.


Il n'est cependant pas trop tôt pour s'interroger sur l'identité des candidats, la politique qu'ils entendent mener et la base sociale sur laquelle ils comptent s'appuyer. Il n'y a pas d'ambiguïté si le candidat du Parti socialiste est bien DSK. Prolongeant l'œuvre des précédents gouvernements PS, il a été l'inspirateur et, au moins jusqu'à sa démission en 1999, le maître d'œuvre de la réforme néolibérale du système financier français. Entre 1997 et 2002, le gouvernement Jospin a plus privatisé que les gouvernements de droite qui l'ont précédé, allégé la taxation sur les stock-options (que ce gauchiste d'Alain Juppé avait alourdie) et promulgué la loi sur les nouvelles régulations économiques, établissant un cadre juridique «à l'anglo-saxonne» pour les entreprises en matière d'OPA, de concurrence et de droit des actionnaires minoritaires. Cette loi, c'est encore Alain Madelin qui en parle le mieux : «On nous parlait de réponse au libéralisme, et nous voici avec des propositions qui [...] relèvent de la saine défense d'une économie de marché.» Il n'est alors pas étonnant que 60% des électeurs de 2002 aient pensé que le gouvernement Jospin n'avait pas vraiment mené une politique de gauche.

 

On est d'ailleurs frappé par la remarquable division du travail entre le PS et la droite dans la transformation néolibérale de l'économie française depuis 1984. Le PS n'a pas attaqué les domaines sensibles pour la base sociale de la gauche, le marché du travail et la protection sociale, mais a radicalement transformé le système financier et largement privatisé. La droite, elle, a privatisé, flexibilisé avec plus ou moins de difficultés le marché du travail et touché à la protection sociale, avec les réformes des retraites notamment. Un vrai numéro de good cop, bad cop.

 

Néolibérale sur le plan économique et vaguement à gauche sur les questions «de société», la candidature de DSK ouvrirait-elle un boulevard à la gauche de gauche ? Pas si cette dernière limite ses ambitions à une résistance «par les luttes» aux nombreuses «réformes» qu'on peut anticiper (protection sociale, droit du travail, services publics...). Passer ses journées en manifestations devient vite fatigant. De plus, lutter contre la néolibéralisation déjà accomplie demanderait une action qui ne peut être menée qu'en étant au pouvoir.

 

La gauche antilibérale devrait-elle soutenir le candidat de gauche le mieux placé en espérant pouvoir influencer la politique menée ? La base sociale que vise DSK n'est pas celle traditionnelle de la gauche, mais les «couches moyennes», ces «salariés avisés, informés et éduqués, qui forment l'armature de notre société» dont l'objectif de transmission d'un patrimoine est le signe de leur «attachement à l'économie de marché» (1)

 

Et les classes populaires ? Au premier tour de la présidentielle de 2007, les ouvriers ont autant voté pour Sarkozy et Le Pen que pour l'ensemble des candidats de gauche. Cela conduit la soi-disant «social-démocratie réaliste» à négliger leurs attentes. Mais la causalité est sans doute inverse. Faire ce qu'Oskar Lafontaine, traduisant littéralement une expression allemande, appelle des «compromis pourris» (2) est contre-productif. C'est le Parti communiste qui a payé le prix des dérives droitières du PS. Sa quasi-désintégration électorale s'est faite au rythme de son soutien, ou de son absence d'opposition, aux gouvernements dirigés par le PS et pas à celui de la disparition de l'URSS, comme on le croit souvent.

 

Comme les représentants de la gauche sociale-libérale n'ont à l'évidence pas la moindre intention de passer des compromis sérieux avec la gauche de gauche, la résistance à la transformation néolibérale de notre société a l'air mal partie. Sauf si c'est un candidat de la gauche de gauche qui est au second tour. Compte tenu de la concurrence qui s'annonce pour capturer les faveurs électorales du «groupe intermédiaire» cher à DSK (Modem, Verts, Nouveau Centre... et Sarkozy), ce n'est pas totalement impossible.

 

Bruno Amable est professeur de sciences économiques, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne.

(1) Voir le livre de DSK : «la Flamme et la Cendre».

(2) L'ancien ministre des Finances de Gerhard Schröder et fondateur de Die Linke parle en connaissance de cause.

 

09:19 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ps, gauche | | |  Facebook | | |

Commentaires

Balle de DSK

J’ai fait pour vous une petite analyse combinatoire
Pour que la grisaille politique ne vire pas au noir
Quatre catégories pour identifier notre cavalier expatrié :
Le cavalier qui joue…
Le cavalier qui ne joue pas…
Le cavalier qui est sérieux
Le cavalier qui n’est pas sérieux
Je ne vous déclinerai pas son profil psychologique, c’est pas très chic !
Néanmoins, je vais vous révéler ses tics, ses tocs ou ses tells !
Ne me dites surtout pas : What else ?
Ici , ( en mettant son doigt sur son front) n’est pas écrit CAFTEUSE !
One : Le cavalier qui joue : ne dit jamais ce qu’il veut… et ne fait jamais ce qu’il dit.
Two : Le cavalier qui ne joue pas : ne fait jamais ce qu’il veut, mais toujours ce qu’il peut.
Three : Le cavalier sérieux : fait toujours ce qu’il faut, et dit toujours ce qu’il fait.
Four : Le cavalier non sérieux : ne fait jamais ce qu’il faut et ne dit jamais ce qu’il fait.
Sachant que nous n’en savons rien
DSK ne nous dira jamais
Qui est qui ?

http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20DSK

Écrit par : tueursnet | 02 septembre 2010

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