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07 septembre 2010

La dette publique, une affaire rentable

J'ai lu récemment un livre intitulé « La dette publique, une affaire rentable » de André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder (éditions Yves Michel). Les auteurs expliquent l'explosion de la dette publique par la décision prise en 1973 de modification des statuts de la Banque de France. Depuis cette date en effet, la Banque de France ne peut plus financer le Trésor public, d'où l'obligation d'emprunter aux marché financiers et le paiement d'intérêts qui pénalisent les finances publiques. Le Traité de Maastricht (article 104) interdira à la Banque Centrale Européenne et aux banques centrales des Etats membres d'acheter des titres de la dette publique. En d'autres termes, les banques centrales ont perdu le pouvoir de créer la monnaie nécessaire au financement des politiques publiques. Certes, ce que l'on appelle couramment la « planche à billets » a pu engendrer par la passé des dérives, mais cela justifie-t-il de transférer ce pouvoir aux banques privées ? Désormais, ce sont les banques privées qui ont le pouvoir exclusif de la création monétaire via le crédit. En effet, une banque ne possède pas l'argent qu'elle prête, elle le crée au moment où elle octroie un crédit. Ce sont les crédits qui font les dépôts et non l'inverse ! Ainsi, lorsqu'une banque achète un titre de dette publique, elle « crée » à partir de rien la monnaie qu'elle prête (en inscrivant dans ses comptes le crédit correspondant)...en revanche, les intérêts payés par les Etats sont eux bien réels !

Selon les auteurs, la reprise de la maîtrise par la puissance publique de la création monétaire et son utilisation judicieuse pour le financement d'investissements, permettrait de faire disparaître la dette publique en 20 ans !

 

Mais, au fait, qu'est-ce, au juste, que la monnaie ?

Extrait de l'ouvrage :

 

Il est courant de définir la monnaie par ses fonctions : instrument de mesure, instrument de réserve de valeur (capacité de pouvoir transférer du pouvoir d'achat dans le temps : un billet de 10 euros vaut toujours 10 euros)  et instrument de paiement. Cela nous renseigne sans doute sur son utilité, mais pas sur sa nature. Pour mieux comprendre ce qu'elle est, nous allons vous raconter une petite histoire que nous affectionnons particulièrement.

 

Nous nous trouvons dans la ravissante bourgade de Condé-sur-Gartampes. Face à la gare de chemin de fer, trône fièrement l'hôtel de France, lieu favori des villageois qui se retrouvent autour d'un café ou d'une bière pour échanger les potins du coin, ou refaire le monde ...

 

Ce matin-là, une dame fort jolie et élégante traverse la rue et entre dans l'hôtel. Les regards se tournent vers la réception, les discussions se sont plus discrètes. Elle explique à l'hôtelier qu'elle est là pour la journée, mais qu'elle craint que ses affaires ne lui permettent pas d'attraper le dernier train. Aussi souhaite-t-elle réserver une chambre. N'ayant pas de bagage, elle tend un billet de 50 euros tout en s'excusant, confuse, pour la petite déchirure, là dans l'angle, qu'elle a raccommodée avec un bout de ruban adhésif L'aubergiste sourit et s'apprête à mettre le billet dans sa caisse quand l'un des clients du bar, qui avait assisté à la scène, l'arrête dans son geste.

- Raymond ! rappelle-toi que tu me dois le gâteau de communion de ta fille, 50 euros justement, alors ce billet sera tout aussi bien dans ma poche que dam la tienne.

Raymond s'exécute de bonne grâce. Son café terminé, le boulanger repart vers son magasin, quand, passant devant la porte de son dentiste, il se rappelle qu'il lui doit sa dernière visite dentaire qui s'élève à 50 euros. Plus tard dans la journée, le dentiste, en chemin pour une course, passe devant le garagiste auquel il confie l'entretien de sa voiture et à qui il doit sa dernière vidange: 50 euros. Un représentant en savons liquides se trouvait alors dans l'atelier et le garagiste, qui lui devait 50 euros, s'acquitte de sa dette. Une fois son travail terminé, le représentant consulte sa montre. Il est trop tard pour aller plus loin, il passera la nuit à l'hôtel de France ...

- Désolé ! s'excuse l'aubergiste quand le représentant lui demande une chambre. Mon établissement est complet 1 ...

- Non 1 ... Non ... entend-on alors d'une voix féminine. C'est la dame du matin qui revient et annonce que ses affaires l'ont tenue moins 1ongtemps qu'elle ne pensait. Elle a tout le temps d'attraper son dernier train. Tout le monde est content. Le représentant tend le billet de 50 euros à l'hôtelier, qui le rend à la dame. Elle reconnaît le billet qu'elle avait donné le matin même à la petite déchirure rafistolée, sourit, le déchire et, tournant les talons, lance en riant: « de toute façon il était faux ! »).

 

Pourtant, cette fausse monnaie a bien éteint les dettes en suspens. Tout le monde a été payé. Comment est-ce possible?

Parce que les acteurs de cette petite scène ne savaient pas que le billet était faux! L'auraient-ils su, croyez-vous qu'ils auraient accepté le billet? Ceci pour souligner la nature de la monnaie. La monnaie est une convention sociale reposant sur la confiance, elle n'a d'autre valeur que celle que nous lui accordons. Et cette valeur s'ancre exclusivement dans le fait que nous croyons qu'elle sera acceptée en paiement sans difficulté par les autres.

 

08:35 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : finance, monnaie | | |  Facebook | | |

Commentaires

La dette est une affaire rentable puisque les banques louent l’argent aux populations contre un loyer, l’intérêt ! Au terme du contrat de prêt, nous rendons son argent à la banque, et la banque retire alors cette monnaie de la circulation comme la "Dame" qui déchire son billet mais ... avec les intérêts. Pratiquement toute la monnaie que nous utilisons est soumise à l’intérêt et transite de comptes en comptes, dans les banques.

Dans la fable que vous nous présenté, la « Dame » fait circuler une monnaie «non-bancaire» ; une monnaie à taux 0% d’intérêt !
Le rendement économique des échanges est pour cette population de 100 %, c’est pour cela que tout le monde est remboursé. Si à chaque échanges, la monnaie avait transité sur des comptes en banque, le prélèvement des banques aurait rendu impossible le remboursement global. Il aurait fallu faire des dettes avec intérêts (sic !), pour compenser la baisse de rendement.

« Pourtant, cette fausse monnaie a bien éteint les dettes en suspens. Tout le monde a été payé. Comment est-ce possible? » : Parce que c’est une monnaie à taux 0% mise à la disposition de la population.

Il y a un 2em degrés dans cette histoire. la "Dame" est une "Banque" qui met en circulation une dette à taux 0%. Une fois remboursée, elle retire (déchire) sont argent mais ... sans prendre d'intérêts.

Écrit par : Harris | 07 septembre 2010

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