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11 septembre 2010

Terra Nova : la fondation progressiste... vraiment ?

Une note de la fondation Terra Nova, auto-proclamée fondation « progressiste » (sans que l'on sache vraiment ce que cela veut dire), m'a laissé quelque peu perplexe... Cette note s'intitule : « Réformes : pas de justice sociale sans équité entre les générations ».

 20100910 - rformes pas de justice sociale sans quit entre les gnrations - fabrice lenseigne et bruno palier.pdf

 

Voici quelques passages qui m'ont fait réagir :

« A l'inverse, les retraités d'aujourd'hui voient, seuls, leur pouvoir d'achat préservé. Il y avait pourtant légitimité à leur demander de contribuer à proportion de leurs ressources, comme tous les autres, au bouclage financier du système : leur niveau de vie est désormais (légèrement) supérieur, en moyenne, à celui des actifs. Et il y avait un moyen juste : l'alignement de la fiscalité dérogatoire des retraités aisés sur celle des actifs. Est-il juste qu'Antoine Zacharias, titulaire d'une retraite chapeau de 2.5 millions d'euros par an, paie une CSG minorée (6.6%), inférieure à celle du salarié au smic (7.5%) ?»

 

Selon l'INSEE en 2007, sauf pour le premier décile (les 10% les plus pauvres), le niveau de vie des ménages de retraités est inférieur d'environ 5% à celui des ménages d'actifs.

 

Entre 1985 et 1995, le rapport de la retraite moyenne du régime général au PIB par habitant est passé de 29% à 23,8%, ce qui ne traduit pas une envolée du pouvoir d'achat des retraités.

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Sous l'effet de la réforme des retraites dite Balladur de 1993, des accords dans les régimes complémentaires et de la montée en puissance de la CSG, les taux de remplacement ont fortement diminué, passant en moyenne de 85% en 1990 à 66% en 2006 pour les non-cadres et de 72% à 53% pour les cadres. De plus, depuis 1993, l'évolution des pensions est indexée sur les prix et non sur les salaires, ce qui se traduit par une perte de pouvoir des retraités par rapport aux actifs.

 

On peut aussi souligner que la France est un des pays européens où les inégalités parmi les plus de 65 ans sont les plus élevées.

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Tout cela pour dire que les retraités ne sont pas tous des privilégiés par rapport aux actifs et que la situation des retraités actuels est plutôt en train de se dégrader. Et puis, il est absurde de parler des « retraités «  comme d'une catégorie homogène, tout comme il est également absurde de parler des « jeunes » ou des « femmes ». Les inégalités de revenus au sein de chaque tranche d'âge sont largement prédominantes par rapport aux différences de revenu selon l'âge. Comme l'atteste l'exemple d'Antoine Zacharias, le vrai problème réside dans le renforcement de la progressivité de l'impôt pour l'ensemble des français, plutôt que dans l'opposition entre actifs et retraités... N'oublions pas également que l'équilibre du système des retraites repose aussi sur un partage des richesses entre capital et travail.

 

 

« La dette publique achève de préempter l'avenir des jeunes et donc de la société française dans son ensemble. 97% du budget de l'Etat est du budget de fonctionnement. Autrement dit, la dette ne sert pas à préparer l'avenir mais à soutenir artificiellement le train de vie des générations actuelles. On a souvent dit que les générations futures paieraient. Ce n'est plus exact : le surendettement guette, on ne peut plus continuer cette cavalerie, ce sont donc les jeunes générations actuelles qui vont régler la facture : 1700 milliards d'euros fin 2010, soit 27.000 euros par habitant. »

 

Les salaires des enseignants, du personnel hospitalier sont-ils du « fonctionnement » ou de l'investissement ? Et puis sous-entendre que la dette est due à la frénésie dépensière de l'Etat est plutôt l'apanage du Medef et de l'UMP. Lorsqu'on se veut « pogressiste », on devrait savoir que la part des dépenses de l'Etat dans le PIB est passée de 28,7% à 26,9% entre 1997 et 2008. On devrait également savoir que l'envolée de la dette est due aux baisses d'impôts en faveur des plus riches qui diminuent les recettes de l'Etat. Ces politiques fiscales ont obligé les administrations publiques à s'endetter auprès des ménages aisés et des marchés financiers pour financer les déficits ainsi créés. C'est ce qu'on pourrait appeler « l'effet jackpot »: avec l'argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres (porteurs d'intérêts) de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d'impôts...

 

Dire que ce sont les jeunes générations qui vont s'acquitter de la dette est une ineptie, car si d'aventure les prêteurs refusaient de financer la dette publique (ce qui n'est pas près d'arriver car les dettes publiques restent les placements les plus sûrs !), ce sera l'ensemble de la population qui paierait. Et puis n'oublions pas que 40% de la dette est détenue par des français, il s'agirait dans ce cas d'un transfert entre « riches » et « pauvres » plutôt qu'entre « jeunes » et « vieux ». Enfin, on sait bien qu'en regard de la dette, il y a un patrimoine qui, selon l'OFCE s'élève à ...166 000 € par Français.

 

« D'autant plus qu'inégalités sociales, inégalités entre les sexes et inégalités entre les générations tendent à se confondre : le taux de pauvreté des hommes âgés de 60-69 ans était en 2007 de 8,3% et de 8,8% pour les femmes de cette tranche d'âge tandis qu'ils sont de 17,2% chez les jeunes garçons de 18 à 24 ans et 19,7% chez les jeunes filles.  Notre société a fait de la jeune femme seule avec enfant la figure moderne du nouveau pauvre, avec dans ces conditions toutes les chances de le rester. »

Effectivement, le taux de pauvreté des personnes âgées est plus fiable que celui du reste de la population. Faut-il le leur reprocher ? N'oublions pas que dans les années 1960-1970, le taux de pauvreté des personnes âgées était de l'ordre de 20%. C'est la montée en puissance du système de retraite qui a permis sa réduction massive. Si le taux de pauvreté des jeunes est tellement élevé, c'est en raison de la dégradation et de la précarisation du marché du travail. Les retraités sont-ils responsables de cette dérive ? Bien sûr que non ! Il faut plutôt chercher du côté des « réformes » visant à assurer la « flexibilité » du marché du travail, dans l'incapacité des politiques économiques à assurer le plein emploi...

 

PP

08:03 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, impôts, retraites, emploi | | |  Facebook | | |

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