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03 décembre 2010

Et si Christine Lagarde se mettait au football ?

L'idée de "révolution bancaire" proposée par Eric Cantona fait son chemin, notamment sur Facebook (http://www.facebook.com/event.php?eid=101996426533405) . A tel point que la ministre de l'économie, Christine Lagarde, s'est sentie obligée de réagir... A sa manière.

 

Retour sur la proposition d'Eric Cantona...

 

« Le système est bâti sur le pouvoir des banques. Donc il peut être détruit par les banques. Au lieu qu'il y ait trois millions de gens qui aillent défiler dans les rues, ils vont à la banque, ils retirent leur argent et les banques s'écroulent. Pas compliqué ! »

 

 


Eric Cantona et les Banques
envoyé par neho9250. - L'info video en direct.

 

Et la réaction de la Ministre de l'économie...

 

«Je crois que quelqu'un qui est un grand footballeur ou un grand acteur de cinéma doit se garder d'intervenir dans le domaine financier, économique, surtout quand il n'en maîtrise pas les mécanismes (...) Chacun son métier : il y en a qui jouent magnifiquement au football, je ne m'y risquerais pas, je crois qu'il faut intervenir chacun dans sa compétence. »

 

A elle seule, cette réaction résume toute la suffisance de cette petite oligarchie qui nous gouverne. Mme Lagarde est-elle plus qualifiée pour parler d'économie? Elle est avocate d'affaire, ce qui ne lui confère aucune compétence particulière en macro-économie ou en politique monétaire...

 

Celle qui, au moment de la flambée des cours pétroliers conseillait aux français de n'utiliser leur véhicule qu'en cas de nécessité est-elle plus crédible que l'ex footballeur ?

 

Et puis quelle drôle de façon de débattre que de chercher à disqualifier son interlocuteur sur ce qu'il est et non de chercher à contrer ses arguments.

 

Un footballeur, un ouvrier, un maçon, un plombier ne peuvent-ils pas avoir un avis sur l'économie?

 

Aveuglés par leur croyance dans les dogmes libéraux dépassés et persuades que l'économie se résume a une succession d'équations, nos dirigeants oublient que l'économie est avant tout une science sociale où les rapports de force ont toute leur place.

 

La proposition d'Eric Cantona se situe tout à fait dans ce cadre. Pendant la crise, les banques ont agité le spectre d'une faillite pour obtenir l'aide des Etats. Compte tenu de leur taille et de leur emprise sur l'économie, elles ont obtenu ce qu'elles voulaient : c'est le syndrome du "too big to fail" (trop gros pour faire faillite). Aujourd'hui, elles font partie des "marchés" qui contraignent les Etats à la rigueur.

 

Il ne faut pas compter sur les dirigeants politiques pour aller a l'encontre des banques. Christine Lagarde, par exemple, est sans doute plus à l'écoute des patrons de banques que des ouvriers. Elle côtoie plus fréquemment les premiers que les seconds ! Au-delà de cette proximité personnelle, il y a une incapacité collective des dirigeants européens a remettre en cause les principes fondamentaux qui condamnent les Etats a dépendre des marchés dont les banques sont des acteurs majeurs.

 

Cela dit, la proposition d'Eric Cantona a-t-elle des chances de fonctionner? Théoriquement oui, car rappelons-le, contrairement a ce que l'on croit ce ne sont pas les banques centrales qui créent la majeure partie de la monnaie. Les pièces et les billets émis par les banques centrales, la monnaie fiduciaire, représentent seulement 8 % de la masse monétaire (agrégat M3). Le reste, la monnaie scripturale, est le résultat de jeux d'écritures dans les comptes des banques. Ainsi ce sont les crédits qui font les dépôts et non les dépôts qui font les crédits. A partir de 1000 € de monnaie "centrale", le système bancaire peut créer environ 10000 € de monnaie via l'octroi de crédits, qui se transforment en dépôts, qui à leur tour se transforment en crédit. C'est le principe du multiplicateur de crédit.

 

Si tout le monde veut retirer l'argent de ses comptes, il n'y aura pas assez de pièces et de billets pour satisfaire tout le monde et les banques seront à cours de capitaux, donc en faillite.

 

A fin octobre, dans la zone euro, les pièces et billets représentaient 790 milliards d'€ contre 3900 milliards d'€ de dépôts a vue (les comptes dont on peut disposer tout de suite, comme les comptes chèques).

 

Pour la France, les dépôts a vue représentaient 527 md€.

 

On le voit, il est fort peu probable que les 30 000 personnes qui ont manifesté leur accord sur Facebook fassent vaciller le système. Même si les 350 000 indécis se décident, ils pourront retirer environ 1 milliard d'€ (à raison de 3000 € par personne en moyenne, ce qui est déjà pas mal). Pas de quoi faire vaciller le système!

 

Il faudrait que des millions de gens prennent part à ce mouvement pour qu'il ait un impact.

 

Mais, au final, la question qui demeure est: pour quoi faire? Cette initiative ne pourra au mieux qu'être un signal d'alerte supplémentaire pour les dirigeants. Elle ne porte pas en elle de projet alternatif, elle ne peut répondre au besoin de débouché politique du malaise social.

 

 

PP

 

 

Pour des données plus détaillés sur les agrégats monétaaire en France et dans la zone Euro : http://www.banque-france.fr/fr/statistiques/monnaie/monna...

 

08:06 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : finance, crise, monnaie, banques | | |  Facebook | | |

Commentaires

Et si nous sortions de l'€uro?

Écrit par : jjac30700 | 03 décembre 2010

Sortir de l'€ s'accompagnerait d'une reprise de la spéculation contre le franc.
Du fait de la dépréciation de la monnaie, la dette libellée en € exploserait...
Il faudrait rétablir le contrôle des mouvements de capitaux. Pourquoi pas ?

Mais il serait préférable d'arriver à mettre en oeuvre la convergence vers le haut des économies européennes. Plus facile à dire qu'à faire...
Il faudrait aussi revenir sur l'indépendance de la BCE et faire de la croissance et de l'emploi des objectifs au moins aussi importants que la lutte contre l'inflation. La BCE devrait aussi pouvoir financer la dette publique.

Écrit par : Pierre POLARD | 03 décembre 2010

Les commentaires sont fermés.