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13 décembre 2010

Mediapart : Les états européens ont apportés 1100 milliards d'aides au banques en 2009 et 4589 milliards entre octobre 2008 et octobre 2010

Il est des chiffres que les milieux financiers, pourtant avides de données en tout genre, préfèrent oublier. Ceux publiés par la Commission européenne mercredi font manifestement partie du nombre. D'ailleurs, leur publication a donné lieu à un silence assourdissant. Pourtant, au moment où des pays de la zone euro sont poussés les uns après les autres au bord du gouffre, où les marchés financiers ne cessent de donner des leçons de rigueur aux Etats en exigeant toujours plus de sacrifices sur les budgets sociaux, censés être à l'origine de tous les maux, il n'est pas inutile de regarder ce que les Etats européens, choisissant d'éviter toute douleur aux banques, ont consenti pour soutenir le système financier depuis le début de la crise.

Selon les statistiques établies par la Commission européenne, «le volume des aides publiques en faveur du secteur financier, autorisées par la Commission européenne entre octobre 2008 et octobre 2010, s'est élevé à environ 4.589 milliards euros». Il faut répéter le chiffre tellement il est hallucinant: 4.589 milliards d'euros. Cela représente l'équivalent des PNB (produit national brut) de l'Allemagne et de la France confondues. Comprenant ce que ce montant peut avoir d'effrayant, la Commission s'empresse d'en diminuer l'impact. Il ne s'agissait, souligne-t-elle, que d'autorisations données à des aides publiques. Cela donne malgré tout l'idée des efforts que les Etats étaient prêts à consentir pour sauver le système financier.

Dans la réalité, poursuit la Commission européenne, une partie seulement a été dépensée. «Le montant des aides publiques effectivement utilisé en 2009 a été nettement moins élevé, puisqu'il a atteint 1.106,6 milliards d'euros, contre 957 milliards d'euros en 2008», précise le communiqué. Mais, assure Bruxelles, ces aides ont eu des répercussions très limitées sur l'endettement public des Etats. En un mot, il ne faut surtout pas croire que les Etats paient pour les banques. Et ces aides, bien entendu, n'ont rien à voir avec la crise actuelle de l'euro.

A l'appui de sa démonstration, la Commission explique que 76% des aides (soit 840 milliards d'euros) ont été accordées sous la forme de prêts et de garanties publiques pour faciliter le maintien du crédit interbancaire. «Ces prêts et ces garanties n'ont une incidence sur les finances publiques que s'il y est fait appel», insiste la Commission européenne. 

Le coût du sauvetage du système financier est donc des plus limités, selon ses calculs. En 2009, les Etats ont dépensé 132 milliards d'euros (12% des aides) pour recapitaliser les établissements bancaires et une centaine de milliards (9% des aides dépensées) pour financer des structures ad hoc héritant d'actifs toxiques des banques. Rien d'insupportable à écouter la Commission européenne. A titre de comparaison, cependant, l'ensemble des aides publiques des Etats européens pour le reste de l'économie s'est élevé à 73 milliards d'euros.

La position de la Commission européenne tendant à minimiser les engagements hors bilan des Etats pour sauver les banques doit cependant être relativisée. Car ces derniers peuvent représenter des bombes à retardement comme vient de le découvrir l'Irlande. A l'automne 2008, les garanties offertes par le gouvernement irlandais sur ses banques devaient coûter à peine 1,5 milliard d'euros au budget de l'Etat. En 2009, selon les statistiques européennes, le gouvernement n'a dépensé que 11 milliards d'euros pour son système financier. Mais la machine s'est emballée en quelques mois. L'addition s'élève aujourd'hui à plus de 50 milliards. Et le plan de sauvetage élaboré avec le FMI et l'Union européenne prévoit de remettre au pot au moins 30 milliards d'euros supplémentaires pour aider le système financier irlandais.  

08:05 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, banques | | |  Facebook | | |

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