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23 décembre 2010

Gains de productivité, emploi et salaires...

Voici le résumé d'une étude intitulée "Le recul de l’emploi industriel en France de 1980 à 2007 : quelle est la réalité ?" de la Direction Générale du Trésor:

 

■      Le phénomène de chute de l’emploi industriel, qui a touché la France comme l'ensemble des économies développées, peut être appréhendé par trois évolutions concomitantes sur 1980-2007 : un recul de l'emploi industriel, un recul de la contribution de ce secteur au PIB et parallèlement une forte croissance du secteur des services marchands.

 

■      Ainsi, sur la période 1980-2007, l'industrie française est passée de 5,3 à 3,4 millions d'emplois, soit une baisse de 36 %. La part de l'industrie dans l'emploi total a reculé de 11 points (passant de 24% à 13%) alors que parallèlement celle des services marchands a augmenté de 12 points (passant de 32 % à 44 % de la population active). Cette étude évalue l'importance des principaux déterminants structurels de ce phénomène en France sur la période 1980-2007. Trois principaux facteurs sont mis en évidence.

 

■      Une partie, non négligeable, du processus de chute de l’emploi industriel s'explique par une mutation du système productif caractérisée par un recours croissant à l'externalisation d'activités productives du secteur industriel vers le secteur des services. 

La baisse de l'emploi industriel qui y est associée apparaît donc comme artificielle, dans la mesure où elle reflète un simple transfert d'emplois auparavant industriels vers les services, sans véritable changement de leur contenu. Ces transferts d'emplois sont estimés à 25 % des pertes d'emplois industriels sur la période 1980-2007.

 

 

■      Une autre partie des pertes d'emplois s'explique par la déformation de la structure de la demande au cours du temps et aux gains de productivité dans l'économie. Cet effet transite par le biais de deux principaux canaux. En premier lieu, les gains de productivité réalisés dans l'ensemble de l'économie entraînent une hausse du revenu des agents, qui se traduit, dans les économies développées, par une modification de la structure des dépenses des ménages au profit des services et au détriment des biens industriels. En second lieu, les gains de productivité enregistrés dans l'industrie conduisent à réduire les besoins de main-d'œuvre dans ce secteur. Ces gains de productivité induisent certes, en contrepartie, une baisse des prix des biens industriels et, par suite, une hausse de leur demande, mais cet effet ne compense que partiellement l'effet premier de réduction de main-d'œuvre en raison d'une substituabilité limitée entre ces produits et les autres biens de l'économie. Cet effet contribuerait à près de 30 % des pertes d'emplois observées. Son caractère « structurel » n’implique pas qu’il soit irréversible et la capacité des industriels à proposer de nouveaux produits sera cruciale.
 

■      L'impact de la concurrence étrangère semble également avoir contribué à la baisse de l'emploi industriel en France. Celle-ci expliquerait, au minimum, 13 % des pertes d’emplois sur la période 1980-2007 et 28 % sur la période 2000-2007. Ces résultats doivent être pris avec certaines précautions. Par ailleurs, là encore, ces pertes d’emplois ne présentent pas de caractère d’irréversibilité.

 

Selon cette étude, dont les résultats sont à prendre « avec des pincettes » compte tenu des nombreuses hypothèses faites par ses auteurs, les gains de productivité dans l’industrie seraient responsables de la perte de 30% des emplois industriels entre 1980 et 2007 soit environ 550 000 emplois.

 

Gains de productivité, signifie schématiquement « produire plus avec la même quantité de travail ».

Prenons un exemple simple : une entreprise qui emploie 100 personnes payées 1000 € par mois pour 150 h de travail et qui produisent chacun 10 produits par heure de travail. Chaque produit est vendu 1 €.

En un mois, l’entreprise produit 100 x 150 x 10 soit 150 000 produits soir un chiffre d’affaires de 150 000 €. Le coût de la main d’œuvre est de 100 x 1000 = 100 000 €.

D’où une marge sur coût de main d’œuvre de 150 000 – 100 000 = 50 000 €.

 

Supposons maintenant que l’entreprise réalise des gains de productivité de 10 % : les salariés sont désormais capables de produire 11 produits par heure.

Toutes choses égales par ailleurs, comme disent les économistes (alors que rien n’est jamais égal par ailleurs, car la réalisation des gains de productivité a pu nécessiter des investissements qui vont se traduire par une augmentation des amortissements), l’entreprise dégagera une marge sur coût de main d’œuvre supérieure.

Chiffre d’affaires : 100 x 150 x 11 = 165 000 soit un CA de 165 000 €. Le coût de la main d’œuvre reste inchangé à 100 x 1000 = 100 000 €.

D’où la nouvelle marge sur coût de main d’œuvre de 165 000 – 100 000 = 65 000 €.

 

Se pose alors la fameuse question de la répartition des gains de productivité !

Dans cette première hypothèse, les gains de productivité tombent dans la poche de l’entreprise sous forme de marge. Mais les salariés sont en droit de réclamer leur part du gâteau !

Supposons que les salariés obtiennent une augmentation de 7,5% (à mettre en rapport des 10% de gain de productivité). Le coût de la main d’œuvre devient alors 100 x 1075 = 107 500 €.

D’où la nouvelle marge sur coût de main d’œuvre de 165 000 – 107 500 = 57 500 €.

Salariés et entreprise se sont partagés moitié- moitié les gains de productivité.

 

En revanche, si la demande adressée à l’entreprise n’est pas suffisante pour absorber les 15 000 produits supplémentaires, les gains de productivité peuvent être utilisés pour réduire les effectifs. En licenciant 10 personnes, l’entreprisse assurera la même production (150 000 produits) et une marge supérieure. C’est ce qui s’est passé en France dans l’industrie.

 

La question des gains de productivité peut également être envisagée sous l’angle de la réduction du temps de travail. En effet, dans notre exemple, supposons que l’on réduise la durée du travail de 150 h à 136 h (pour compenser les gains de productivité horaire).

 Chiffre d’affaires : 100 x 136 x 11 = 150 000 soit un CA de 150 000 €. Le coût de la main d’œuvre reste inchangé à 100 x 1000 = 100 000 €.

D’où la nouvelle marge sur coût de main d’œuvre de 150 000 – 100 000 = 50 000 €.

Dans ce cas, les gains de productivité n’ont pas servi à augmenter les salaires, ni à licencier mais à maintenir le niveau d’emploi en réduisant la durée individuelle du travail.

 

Bien sûr, la réalité n’est pas aussi monolithique que ces scénarios basiques, mais le paramètre « réduction du temps de travail » doit être sérieusement envisagé pour assurer un niveau d’emploi dans une économie où la croissance de la demande sera de plus en plus faible. Ce qui n’est pas plus mal, compte tenu de l’impact de cette croissance sur l’environnement.

 

Pour terminer, un éclairage intéressant dans cet article de Jacques Sapir sur la répartition des gains de productivité en France

« Depuis 30 ans, les revenus de la majorité des salariés ont baissé»

Il met notamment en lumière le décrochage entre salaires et productivité :

« L’évolution des salaires nets avec celle de la productivité permet d’affiner l’analyse. Comme on le voit sur le graphique , les deux courbes sont étroitement corrélées de 1959 à 1981. Cette corrélation est brutalement rompue jusqu’en 1997, et ne reprend à la suite que sur un mode très dégradé. »

  g_4.jpg

« On peut alors constater l’effet - positif - de la loi des 35 heures, mais aussi voir que cet effet a été très limité (2 ans). La loi des 35 heures n’a permis que de compenser le décrochage antérieur. Elle n’a nullement permis de retrouver une forte corrélation avec les gains de productivité. »

 

« Enfin, une troisième phase qui commence vers 1997 et dans laquelle nous sommes toujours plongés. Elle voit cette fois les salaires évoluer sous la contrainte des importations de produits issus des pays à faibles coûts salariaux. Ceci se traduit par un accroissement plus faible du salaire moyen que celui de la productivité et une quasi-stabilité pour le salaire médian (ce phénomène étant particulièrement sensible dans l’industrie manufacturière). Dans cette phase, l’épisode des 35 heures a bien joué un rôle correctif, mais celui-ci a été limité.

  g_5.jpg

Le décrochage des salaires depuis 1983 est donc indubitable. Le niveau du salaire moyen en 2007 peut être globalement estimé à 25% de moins de ce qu’il aurait été si les phénomènes cités au-dessus n’avaient pas eu lieu. Cependant, il est clairement plus important dans l’industrie, et il est encore plus important pour les faibles salaires. Pour ces derniers, on peut parler d’un « retard » salarial de 35% à 45%. L’impact des importations en provenance des pays à faibles coûts salariaux semble donc très fort dans la troisième période, même si on peut certainement commencer à en repérer les effets dès la fin de la première période. »

 

 PP

 

 

 

10:23 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emplois, industrie, salaires | | |  Facebook | | |

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