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10 janvier 2011

Les montagnes russes de la balance des paiements

 

Je vous préviens : cette note est particulièrement indigeste. Ames sensibles s’abstenir !

 

Il s’agit d’examiner l’évolution des composantes de la balance des paiements de la France depuis 1997, afin d’essayer de mettre en évidence l’impact de la crise financière.

 

J’avoue ne pas être un spécialiste du sujet et avoir du mal à tirer des conclusions précises… Si quelqu’un peut m’aider, il est le bienvenu.

 

Commençons par quelques rappels…

 

La balance des paiements

 

La balance des paiements est un document qui retrace sur une période (l’année par exemple) les flux monétaires entre les résidents d’un territoire et les non-résidents.

 

Elle comporte plusieurs « soldes intermédiaires » :

  • Le solde des transactions courantes
  • Le solde du compte de capital
  • Le solde du compte financier

 

Les deux comptes principaux sont le compte des opérations courantes qui regroupe les opérations sur biens et services, et le compte financier, qui regroupe les opérations sur titres de propriété et financiers.

 

Ils présentent chacun des soldes appelés :

- balance des opérations courantes : BTC

- balance des capitaux : BC

 

Ces balances sont positives, nulles ou négatives selon les périodes. Mais la totalité des entrées est toujours égale à la totalité des sorties, si bien que la balance des paiements est toujours équilibrée, son solde est nul. Seuls les soldes intermédiaires peuvent ne pas l'être.

 

On ajoute souvent la balance du compte de capital à celle du compte financier sous le terme balance des capitaux. Dans ce cas, on a nécessairement :

BTC = - BC

 

Si on rentre dans le détail, le solde des transactions courantes se décompose lui-même en plusieurs sous-ensembles :

  • Le solde des échanges de biens (exportations – importations) : c’est la fameuse balance commerciale.
  • Le solde des services
  • Le solde des revenus : revenus perçus par les résidents en provenance de l’étranger diminués des revenus versés à des non-résidents
  • Les transferts courants comprennent notamment les versements aux organisations internationales

 

Le solde du compte financier comprend également plusieurs sous-ensembles :

  • Les investissements directs à l’étranger (IDE) « nets » : investissements étrangers en France (entrée de capitaux) – investissements français à l’étranger (sortie de capitaux). Il s’agit d’investissements à long terme (prise de contrôle d’entreprises, …)
  • Les investissements de portefeuille : il s’agit du total des avoirs (achats de titres étrangers par des résidents français, donc sortie de capitaux) et des engagements (achats de titres français par des non-résidents). Les titres sont des actions, des obligations, des instruments du marché monétaires.
  • Les autres investissements sont principalement constitués des crédits commerciaux et des prêts.
  • Depuis quelques années, les produits dérivés font l’objet d’un solde spécifique, en raison de leur importance grandissante.

 

Lien entre PIB et BTC

 

Relions maintenant les soldes extérieurs d'un territoire à son PIB. Rappelons d'abord que le PIB est la somme des productions de biens finaux réalisés à l'intérieur d'un territoire donné pendant une période donnée. Biens finaux s'opposent à consommations intermédiaires.

 

Les biens finaux se décomposent donc en :

C : Consommation Finale des Ménages

G : Consommation Finale de l'Etat

I : Investissement

 

On a donc PIB = C + G + I dans un territoire isolé

 

Si maintenant certaines entreprises du territoire produisent des biens et services pour les exporter, tandis que certains acteurs du territoire (entreprises et ménages) achètent des biens et services à l'étranger, on a :

PIB + M = C + G + I + X

 

avec X : exportations

M : importations

 

ou PIB = C + G + I + (X - M) (1)

 

avec (X - M) = solde de la balance des biens et services donc de la BTC.

 

(X - M) = PIB - (C + G + I) (1 bis)

 

Le solde de la BTC est donc égal à la production de biens finaux, moins la "consommation" (au sens large : consommation "productive" c'est-à-dire I compris) de ces biens finaux sur le territoire.

 

Un territoire en excédent de BTC produit plus qu'il ne consomme.

Un territoire en déficit de BTC consomme (toujours au sens large défini ci-dessus) plus qu'il ne produit.

 

Le PIB est aussi égal à l'ensemble des revenus distribués aux acteurs résidant sur un territoire pendant la période considérée. Tout ce qui a été produit sur le territoire l'a été avec du travail et du capital. La totalité de la production finale est donc, en l'absence de tout prélèvement étatique, égale aux salaires distribués et aux profits. En fait l'Etat prélève une partie de ces salaires et profits, et les entreprises distribuent une partie des profits aux ménages détenteurs d'actions des entreprises et gardent le reste sous forme d'autofinancement.

 

Donc finalement PIB = T + RM + CF

avec T = impôts et taxes perçus par l'Etat

 

RM = revenu disponible des ménages = salaires + profits distribués aux ménages

CF = autofinancement = part des profits conservés par les entreprises.

 

Quant aux ménages ils consacrent une partie de leurs revenus RM à leur consommation, déjà notée C, et épargnent l'autre partie, soit S cette épargne des ménages.

 

On a donc PIB = T + C + S + CF (2)

 

En rapprochant (1) de (2) on a :

T + C + S + CF = (C + G + I + (X - M)

 

(X - M) = (T - G) + (S + CF - I) (3)

 

(T - G) est le solde budgétaire : la différence entre recettes T et dépenses G de l'Etat, autrement dit l'épargne publique, qui est négative s'il y a déficit budgétaire.

(S + CF - I) est l'épargne nette privée, c'est-à-dire l'excédent de l'épargne des ménages et des entreprises sur leurs dépenses en investissement.

 

On voit donc que les territoires en excédent de BTC ((X- M) > 0) dégagent une épargne nette (publique + privée) positive. Ils ont trop d'épargne pour leurs besoins intérieurs et c'est cette épargne qu'ils exportent vers les territoires qui inversement ont une épargne nette négative et qui ont besoin d'importer une épargne de l'extérieur pour financer leur consommation et leur investissement interne.

 

Cette égalité comptable (3) explique le terme de « double déficit » (celui du budget fédéral et celui de la BTC) utilisé à propos du territoire des Etats-Unis depuis le début des années 80.

 

On conçoit que si, toutes choses égales par ailleurs, le déficit public augmente - soit que T diminue soit que G augmente- le déficit de la BTC doit augmenter d'autant.

 

Voilà pour la « théorie ». A présent, voyons les chiffres depuis 1997.

Les données mensuelles (de janvier 1997 à fin septembre 2010) ont été récupérées sur le site de la Banque de France :

 http://www.banque-france.fr/fr/statistiques/base/bdp/html...

 

 

Si on trace les soldes, en millions d’€, sur 12 mois glissants (les chiffres pour septembre 2010 correspondent donc au total des mois d’octobre 2009 à septembre 2010) des différentes composantes (balance courante, IDE, investissements de portefeuille, autres investissements.), on peut constater plusieurs choses :

  • Tout d’abord la faiblesse relative du solde de la BTC (courbe rouge sur le graphique suivant) par rapport aux autres montants, traduisant la relative « sagesse » des flux économiques par rapport aux flux financiers.
  • A partir de décembre 2008 l’envolée des investissements de portefeuille (227 milliards d’€ d’octobre 2009 à septembre 2010), obligations et instruments du marché monétaire, au détriment des autres investissements, principalement les prêts. Cette situation est exceptionnelle au regard de l’historique depuis 1997. C’est l’achat massif d’obligations par des investisseurs étrangers qui assure l’équilibre de la balance des paiements, alors qu’avant décembre 2008, la France était acquéreur net d’obligations.

 

 20110101 - Balance des paiements Graph1.JPG

 

 

  • La dégradation continue, depuis 2002, du solde de la balance commerciale (échanges de biens, courbe bleue sur le graphique suivant) : -52 milliards d’€ sur 12 mois à fin septembre 2010 (octobre 2009-septembre 2010). Cela traduit la perte de compétitivité de notre industrie, mais aussi les stratégies de localisation des sites de production des grandes entreprises (cf. constructeurs automobiles français qui fabriquent à l’étranger pour importer en France). Ce déficit nécessite que des acteurs d'autres territoires acceptent de prêter de l'argent à des résidents ou à l'Etat.

 

 20110101 - Balance des paiements Graph2.JPG

  

 

  • Par secteur, on constate l’envolée des investissements de portefeuille (obligations essentiellement) des administrations publiques et du secteur bancaire, conséquence de la crise (graphique suivant). 

 

 20110101 - Balance des paiements Graph3.JPG

 

Obligations (solde des avoirs et engagements) par secteur

  20110101 - Balance des paiements Graph4.JPG

 

  • L’évolution de la composante « autres investissements » est liée au désendettement du secteur bancaire (courbe jaune sur le graphique suivant).

 

  20110101 - Balance des paiements Graph5.JPG

En résumé :

Depuis 2006, on constate une envolée des composantes « investissements de portefeuille » et « autres investissements » du compte financier par rapport aux IDE et à la balance des transactions courantes.

 

De 2006 à 2008, les entrées de capitaux se faisaient sous forme de prêts (principalement au secteur bancaire), alors que les secteurs hors administrations publiques étaient acquéreurs nets d’obligations.

 

Depuis 2008, le secteur bancaire s’est massivement désendetté, ce désendettement est compensé dans la balance des paiements par l’achat par des non-résidents d’obligations du secteur bancaires et des administrations publiques.

 

Tout cela traduit l’emprise du secteur bancaire, mais aussi la grande fragilité de l’équilibre des flux financiers.

 

PP

08:45 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : finance | | |  Facebook | | |

Commentaires

Pourriez-vous expliquer pourquoi, si la balance des échanges de la France avec le reste du monde ne cesse de se dégrader, le niveau de vie a monté en France ? depuis les 30 glorieuses ?
Comment la France finance-t-elle ses déficits ?
Pourquoi le poids de la dette est-il toujours supportable (ce n'est pas un enjeu de campagne électorale) ?
Dans l'hypothèse où les comptes continueraient de se dégrader linéairement, (par extrapollation), la France devrait-elle s'attendre à chuter au niveau des dix pays les plus pauvres ? Et à quelle échéance ?
Autrement dit, quelles sont les conclusions faut-il tirer de votre constat de dégradation ? Est-ce que ce sont des jérémiades, sachant que finalement la situation ne va pas si mal ?
Ou si on les prend au sérieux, faudrait-il baisser les salaires réels en France pour restaurer la compétitivité de notre économie et si oui, de combien ?

Écrit par : Frison | 12 janvier 2011

Une petite erreur théorique.
L'égalité de la balance des paiements n'est plus BTC = - BC, si on suit la 5ème (ou 6ème actuellement) présentation de la balance des paiements du Manuel du FMI...
Mais BTC+BC=BF
D'où BTC+BC-BF=0
Par convention, étant donné la double négation du compte financier, on écrit:
BTC+BC+BF=0
C'est l'évolution majeur entre la 4ème et la 5ème présentation de la balance des paiements, en réponse à la place prise par les mouvements financiers au niveau international. La littérature parlant du compte de capital est basé sur les présentations de la balance des paiements précédents la 5ème.

Ensuite, la dégradation de la balance des échanges (commerciaux?) de la France avec le reste du monde n'est pas un indicateur pertinent à lui seul pour l'évaluation du niveau de vie d'un pays. La balance des paiements est avant tout un indicateur de la position extérieur du pays, c'est-à-dire les relations que les résidents entretiennent avec les non-résidents (on ne parle pas de nationalité).
Le financement du déficit (public?) français est interne (par le biais de l'impôt) et externe (grâce à des financements étrangers, principalement à travers les bons aux trésors). Attention à ne pas confondre finance publique et balance des paiements, qui sont reliés évidemment, mais sont avant tout complémentaire.
La dégradation "linéaire" de la balance des paiements poserait un problème structurel d'envergure pour la France, aussi bien dans la soutenabilité monétaire (peut-elle supporter l'euro?) que budgétaire (peut-elle financer sa dette? ou son déficit sur le court terme?).
Le poids de la dette est supportable dans la mesure où l'Etat arrive à refinancer cette dette (problème dynamique = flux du déficit qui augmente la dette continuellement et problème statique = niveau de la dette par rapport à la possibilité de création de valeur de l'économie qui est représenté dans sa plus large définition par le PIB).
Un constat central est une perte d'attractivité et de compétitivité de la France. Loin d'être des "jérémiades", cela peut poser un problème structurel à l'économie sur le long terme aussi bien monétaire que budgétaire.
Parler de salaire réel en se référant à la balance des paiements est là aussi une extrapolation d'un raisonnement purement néoclassique à la ricardienne des avantages comparatifs. Il ne faut pas oublier que la matrice industrielle française à une rôle de première importance et que d'autres facteurs que le coût salarial sont plus explicatifs pour la compétitivité d'un pays.

Écrit par : Apprenticeco | 03 mars 2015

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