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03 février 2011

Jean-François Copé : "Sauvons les riches !"

Jean-François Copé, le Iznogoud de l’UMP, répondait aux questions des lecteurs dans l’édition du 1er février du quotidien Aujourd’hui.

 

Il a confirmé qu’il visait l’Elysée en 2017. Il est donc intéressant de chercher à déceler à quoi pourrait ressembler le modèle de société qu’il défend.

 

Même s’il est un peu réducteur de prétendre cerner la pensée du futur candidat au travers de ses réponses à une quinzaine de questions, on peut toutefois identifier les grands axes qui structurent sa réflexion. La première question qui lui était adressée portait en effet sur ses propositions pour lutter contre la pauvreté et la précarité. Cela lui a permis de faire d’emblée la mise au point suivante : « Il faut sortir des caricatures du genre : pour régler la pauvreté, il faut prendre l’argent des riches ». Ca devait le démanger !

 

Un peu plus loin, interrogé sur les conséquences fâcheuses pour les finances publiques de la  suppression de l’ISF, il a enfoncé le clou : « On dit souvent : « A bas les riches » Et pourtant on est bien contents de les avoir. ». Qui ça « on » ? En tout cas, Jean-François Copé est content de les avoir, tellement content qu’il leur demande de contribuer à la rédaction du programme de l’UMP pour la présidentielle de 2012.

 

Warren Buffett, le célèbre milliardaire américain, a dit : « La lutte des classes existe, et c'est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner ». Une chose est certaine : le camarade Jean-François sera un bon soldat…

 

Selon lui, les riches seraient une espèce en voie de disparition en France, en raison d’une fiscalité confiscatoire. Pourtant, une étude de l’institut de recherche de la banque d’affaires Crédit Suisse (peu soupçonnable d’être à la solde du Parti Socialiste) parue fin 2010 précise que la France est le troisième pays au monde par le nombre de millionnaires, alors qu'elle n'est « que » la sixième ou septième puissance économique mondiale. La France a le quart des riches d'Europe devant l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

 

Loin de se dégrader, la situation des très très riches s’est même considérablement amélioréée ces dernières années. Ainsi, entre 2004 et 2007, les 0,01% du haut de la pyramide (qui touchent 1,27 million en moyenne par an) ont gagné 40% de plus. Soit la modique somme de 360 000 euros annuels supplémentaires! En moyenne, les 90% les moins riches ont touché 9% supplémentaires entre 2004 et 2007, soit 1 400 euros annuels…

 

De plus, le taux d'imposition sur le revenu des plus riches est très loin d'être confiscatoire. Selon l'Insee, il est en moyenne de 20% pour les 10% les plus favorisés, et n'atteint que 25% pour ceux qui perçoivent plus de 82 000 euros de revenus mensuels…Et l’affaire Bettencourt a permis de mettre en lumière que les hyper-riches pouvaient, via « l’optimisation fiscale » abaisser encore considérablement leur taux d’imposition.

 

Pour revenir aux questions de la pauvreté et de la précarité, qui comptent parmi les problématiques majeures de notre société, l’apprenti-candidat est soudain moins disert et surtout moins catégorique : « Chaque cas est différent et doit être traité en fonction des dispositifs publics qui existent…La vérité, c’est aussi de reconnaître qu’il y a des jours où on gagne et des jours où on perd. ». Les 8 millions de pauvres, les 3 millions de mal-logés, les 1,5 millions de travailleurs pauvres, les 4 millions de chômeurs…bref ceux qui « perdent » tous les jours, apprécieront la vigueur avec laquelle ils seront défendus à partir de 2017. La précarité et la pauvreté ne seraient pas des phénomènes sociaux, liés notamment à la dégradation du marché du travail, à la recherche du profit maximal à court terme, au développement des inégalités qui renforcent le déterminisme social. Non, il s’agit d’un ensemble de cas particuliers, le résultat de comportements individuels qui ne nécessite pas la moindre réflexion sur le partage des richesses, le système éducatif…

 

Les deux sujets majeurs du « copéisme » ont bien entendu été abordés : la remise en cause des 35 heures et le coût du travail. Jean-François Copé n’a d’ailleurs pas manqué de saluer son alter-ego socialiste Manuel Valls, qui a repris les mêmes chevaux de bataille. Bizarrement, lui qui se fait habituellement l’avocat (c’est son métier, non ?) de la convergence vers le modèle allemand, il oublie opportunément de rappeler que les allemands travaillent en moyenne moins que les français. C’est d’ailleurs en partie grâce à ce partage du travail que l’emploi a mieux résisté en Allemagne qu’en France. 

 

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La compétitivité de l’Allemagne est majoritairement « hors coût », c’est-à-dire fondée sur la capacité à produire des biens et équipements indispensables (machines outils) ou spécifiques (voitures de luxe). Mais n’oublions pas que l’Allemagne a aussi gagné des parts de marché au détriment de ses « partenaires » européens en comprimant les salaires, au prix d’une consommation intérieure déprimée et de l’aggravation de la précarité et de la pauvreté laborieuse. Le travail n’est pas une marchandise comme les autres dont il conviendrait de chercher à tout prix à faire baisser le coût : c’est aussi la source de la demande finale adressée aux entreprises et donc nécessaire au bon fonctionnement de l'économie.

 

Vantant la nécessaire « souplesse », Jean-François Copé évoque des négociations par entreprise qui aboutiraient à ce que « celui qui travaillerait 36 heures serait payé 36 heures, celui qui ferait 37 heures serait payé 37 heures et ainsi de suite jusqu’à 39 heures ». Nous assistons à la réinvention du salaire horaire, quelle avancée sociale ! Avait-il eu initialement l’idée de payer 36 heures celui qui fait 39 heures ?

 

Concernant le coût du travail, on se dirige vers le transfert d’une partie des cotisations sociales vers la TVA, la fameuse « TVA sociale » grâce à laquelle « tout le monde sera gagnant au final ». Si l’idée d’une fiscalisation du financement de la protection n’est pas absurde, cela ne doit évidemment pas se traduire par l’augmentation du principal impôt proportionnel. Rappelons que le seul impôt encore un peu progressif (l’impôt sur le revenu) ne représente déjà que 6% du total des prélèvements obligatoires. Sans parler des risques d’inflation liés à une hausse de la TVA…

 

Enfin, sur l’Education, le vrai sujet ce n’est pas la baisse des moyens, mais le « manque de considération des enseignants ». Toutes « ces histoires d’effectifs » sont autant de « panneaux arithmétiques » dans lesquels il ne faut pas tomber. Peu importe que 6% des postes aient été supprimés depuis 2007…Peu importe que la part du PIB consacrée à l'éducation ait presque constamment baissé depuis 1995, passant de 7,6% à 6,9% en 2009… En France plus qu’ailleurs, le milieu social d’origine joue un grand rôle sur les résultats scolaires : un fils d'enseignant a, par exemple, quatorze fois plus de chances relatives d'obtenir le bac que son camarade dont le père est ouvrier non qualifié… En quoi la une plus grande « considération des enseignants » pourra-t-elle remédier à ces dysfonctionnements de fond, qui appellent une réforme globale mais aussi des moyens supplémentaires pour donner leur chance aux élèves en difficulté ? Notre élève-candidat va devoir, sur ce sujet aussi, revoir sa copie.

 

En conclusion, on peut proposer un slogan pour la campagne Copé 2017 : « Sauvons les riches ! » Pour les autres… ce sera plutôt : « Aide toi et le ciel t’aidera », ou pour rester fidèle au tropisme allemand du candidat : « Demerden sie sich » !

 

PP

 

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ump, copé, inégalités, impôts, 35 heures, précarité, pauvreté | | |  Facebook | | |

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