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18 février 2011

Dépendance : la stratégie du choc ?

La « stratégie du choc » est un concept élaboré par la journaliste canadienne Naomi Klein. Elle l’a développé dans un ouvrage paru en 2007 intitulé « La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre ». Selon elle, les tenants du capitalisme dérégulé imposeraient à l'occasion des désastres des réformes économiques que Naomi Klein qualifie d'ultra-libérales telles que la privatisation de l'énergie ou de la sécurité sociale. Elle évoque notamment la dictature de Pinochet, la chute du mur de Berlin, la crise asiatique de 1997, les attentats du 11 septembre, l’ouragan Katrina….

 

Sur le dossier de la dépendance, on peut dire que le Président de la République et l’UMP s’inspire de cette stratégie du choc, comme ils l’avaient fait d’ailleurs sur les retraites.

 

Ainsi le 8 février, en clôture d’un colloque consacré à la dépendance, le Chef de l’Etat a insisté sur la « gravité » du problème et a martelé : « Quand nos finances publiques sont dans la situation où elles sont, quand le travail est à ce point taxé, quand 5 millions de Français ont déjà souscrit une assurance dépendance, est-il raisonnable de ne pas s’interroger sur le rôle que peuvent jouer les mutuelles, les compagnies d’assurances et les organismes de prévoyance ? »

 

La députée UMP Valérie Rosso-Debord, auteure d’un rapport sur la dépendance en juin 2010, insistait déjà sur le fait que «le financement public est désormais incapable de procurer les futurs milliards de dépenses que coûtera dans un avenir proche la dépendance des personnes âgées». Rappelons que son rapport préconise d’obliger toutes les personnes de 50 ans et plus à souscrire une assurance contre la perte d'autonomie.

 

En 2009, la dépense publique (y compris, pour une part mineure, des dépenses fiscales) consacrée à la compensation de perte d’autonomie des personnes âgées est estimée à 21,6 Md€, soit 1,1 % du PIB. Elle est répartie entre l’État, la sécurité sociale, les collectivités territoriales (APA) et la caisse nationale de la solidarité pour l’autonomie (CNSA). A cela, s’ajoutent environ 10 milliards d’€ à la charge des familles. Pour relativiser la « gravité » du problème, on peut comparer ces montants aux quelque 250 milliards d’€ que représentent les retraites.

 

Mais qu’en est-il de la prétendue « explosion » des dépenses annoncée par l’UMP et le gouvernement et complaisamment relayée par les médias ? A combien se montera l’addition pour les finances publiques dans les décennies à venir ? Selon un rapport du Centre d’Analyse Stratégique (CAS) de novembre 2006, confirmé par le rapport Gisserot de mars 2007, la perspective est la suivante : 

« Rapportées à la trajectoire prévue du PIB de la France, cet ensemble de dépenses représente un effort de la nation d’environ 1,1 % du PIB en 2010, 1,2 % en 2015 et 1,5 % en 2025. »

 Dépendance - CAS.pdf

Dépendance - Gisserot.pdf

On ne peut pas vraiment parler « d’explosion », certes le coût pour les finances publiques progresse de 36%, mais le surcoût représente 0,4% du PIB, ce qui est loin d’être insurmontable. Compte tenu d’une croissance moyenne du PIB de 1,5% par an, cela porterait le surcoût en 2025 à 10 milliards d’€.

 

Le rapport du CAS précise d’ailleurs :

« Cet effort important n’est pas insurmontable pour autant que soient engrangées par ailleurs des économies (exemple des dépenses de médicament), que les mécanismes de régulation permettent de contenir strictement les dépenses et qu’une partie substantielle des ressources nouvelles consacrées aux dépenses de personnel dans le secteur médico-social soit gagée sur des redéploiements à partir de l’enveloppe hospitalière. »

 

Alors pourquoi ces cris d’orfraies ? Et si, en brandissant l’épouvantail d’un coût exorbitant, il s’agissait d’ouvrir la porte en grand aux assurances privées ? Récemment, Laurence Parisot a saisi la balle au bond en affirmant que « la Sécurité Sociale a montré ses limites ». Quelles limites ? Si ce n’est celles imposées par une insuffisance de financement. Car, soyons logique, pourquoi ce qui est insurmontable pour un financement public deviendrait tout à coup indolore avec un financement privé ? Dans le cas d’assurances privées, on peut même penser que le coût global sera plus important car les « clients » devront bien payer les coûts des inévitables campagnes publicitaires, corollaire inévitable de la saine et vivifiante concurrence entre assureurs pour capter la nouvelle manne. Mais dans la mesure où cela ne tombe pas dans les mains d’un Etat par nature dépensier et imprévoyant, mais dans la poche d’actionnaires éclairés, c’est tout de suite plus présentable !

 

Certes l’actuel financement de la dépendance mériterait d’être simplifié par la suppression du mille-feuille de mesures gérées par des interlocuteurs multiples, mais pour ce qui est du financement public, les pistes ne manquent pas :

  • Baisse de la TVA dans la restauration : 3 milliards
  • Défiscalisation des intérêts d’emprunts immobiliers: 2 milliards
  • Baisse des droits de succession : 2 milliards
  • Défiscalisation des heures supplémentaires : 5 milliards

 

On est déjà à 12 milliards d’€, sans parler des réformes successives de l’impôt sur le revenu, des niches fiscales et sociales…

 

Bref, s’il y a bien en France un problème de dépendance à traiter, c’est celui de la dépendance de nos dirigeants à l’idéologie libérale !

 

PP

08:59 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité sociale, impôts, dépendance | | |  Facebook | | |

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