Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29 mars 2011

Cantonales : et maintenant ?

En Languedoc-Roussillon (ma région), dans la moitié des cantons qui ont fait l’objet d’un 2ème tour pour les élections cantonales, le Front National était présent dans un duel, face à un candidat de gauche (dans 30 cantons) et face à un candidat UMP (dans 5 cantons).Le FN n’a gagné aucun de ces duels même si, dans certains cantons comme Béziers IV (le socialiste Du Plaa réunissant 50,7% des suffrages exprimés) ou Carcassonne II (51,5% pour le socialiste Tarlier), le résultat a été particulièrement serré. Quoiqu’il en soit, dans tous ces 35 cantons, le candidat du FN (souvent un inconnu) a recueilli le suffrage de plus d’un votant sur trois. S’agit-il des retombées de la stratégie de « droitisation » de l’UMP ou alors le « mal » est-il beaucoup plus profond ? Pour ma part, j’ai tendance à pencher en faveur de la deuxième hypothèse.

 

Parmi d’autres éléments, on peut citer le récent rapport du médiateur de la République Jean-Paul Delevoye qui parle d’une société française au bord de l’épuisement (« burn out »). Selon lui, la cohésion sociale est en grave danger et « les gens ne croient plus à l'administration (école, service public de l'emploi...) et mettent en place des stratégies de contournement ». On peut voir une manifestation de cette stratégie de contournement dans l’abstention record de ce scrutin des cantonales. Ainsi, compte tenu de l’abstention de 55%, le Parti Socialiste, arrivé en tête avec 36.2% des suffrages exprimés ne représente que 16% des électeurs potentiels et l’UMP environ 8%...

 

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que même certains candidats semblent se défier des partis…de leur parti ! On a vu se multiplier des affiches et des tracts où la référence aux partis était quasiment inexistante, principalement du côté de l’UMP mais à gauche également. Ainsi, dans mon canton (Capestang dans l’Hérault), le logo UMP sur le tract du candidat du parti présidentiel avait une dimension inférieure à la moitié d’un timbre poste ! Quant au candidat socialiste, il avait relégué le logo du parti au verso de son tract au profit de la proclamation de son appartenance à la « majorité départementale », omettant également dans sa biographie de mentionner son adhésion au parti à la rose… Le seul candidat à afficher ouvertement son appartenance à un parti fut celui du …Front National ! Comme si seul ce parti était en mesure de susciter une adhésion.

 

L’UMP, en train de se lézarder de toutes part, ne peut plus compter sur la dynamique créée par Nicolas Sarkozy il y à peine moins de quatre ans. Toutes les promesses d’alors sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la sécurité se sont brisées sur de tristes réalités. Finie la déduction des intérêts d’emprunt immobiliers, oublié le bouclier fiscal…de tout l’attirail du sarkozysme triomphant ne reste que la défiscalisation des heures supplémentaires, qui dans un contexte de chômage de masse, ne peut être une réponse satisfaisante aux préoccupations sociales des français. Et ce ne sont pas les multiples débats qui se succèdent à un rythme effréné sans vraiment aboutir qui vont changer les choses. Quant au Parti Socialiste, on ne peut pas dire qu’il suscite un enthousiasme débordant de la part des électeurs. Les conventions thématiques se sont enchaînées pour définir un projet d’alternance pour 2012, qui doit être dévoilé le 5 avril prochain. Le moins que l’on puisse dire, c’est que, même parmi les militants, il n’y a pas un climat d’allégresse autour de ce projet ! De toutes façons, ce qui semble préoccuper le plus les dirigeants de ce parti, ce sont les primaires qui sont censées aboutir à la désignation d’un candidat incontesté, qui sera libre ensuite de puiser dans le projet du PS. Dès le soir du 2ème des tours des cantonales, on a pu assister au retour sur le devant de la scène de la « saine émulation » qui règne entre les écuries des différents prétendants …

 

Force est de constater que les « grands » partis sont incapables de proposer une espérance aux Français. Il ne s’agit pas de les bercer d’illusions ni de leur promettre des lendemains qui chantent, mais leur dessiner les perspectives d’un monde où leurs enfants pourraient vivre mieux qu’eux, un monde où chacun pourrait vivre correctement des fruits de son travail, un monde où l’éducation et la santé publiques seraient considérées comme un investissement collectif et non comme un coût. Pour reprendre la formule du médiateur de la République, lorsqu’il n’y a plus d’espérance, il reste l’exploitation des peurs et des humiliations. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la montée du Front National.

 

Les appels, la main sur le cœur, à « faire barrage au Front National », ne suffiront sans doute bientôt plus à pallier l’illisibilité des programmes et la tiédeur des engagements. Il est nécessaire, pour le PS, de s’engager résolument dans une véritable logique de transformation sociale en osant (enfin) proposer des mesures radicales. Remise en cause du libre-échange, financements des investissements publics, réforme de la fiscalité, pôle financier public, salaire maximum, réduction du temps de travail, énergies renouvelables, recyclage, maîtrise de l’urbanisme, réforme des institutions…Sur tous ces sujets, et bien d’autres encore, il existe des propositions « alternatives » crédibles qui mériteraient d’être sérieusement débattues au lieu d’être balayées d’un revers de main comme c’est encore trop fréquemment le cas.

 

Si la gauche gagne en 2012 pour de mauvaises raisons (la bonne mine d’un(e) candidate(e), le rejet de la droite ou du Front National) et qu’elle essaye encore de prolonger un système à bout de souffle, le risque majeur est l’explosion sociale. Et dans ces conditions, bien malin celui qui pourra dire ce qu’il adviendra de la société française…

 

PP

10:16 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ps, ump, politique | | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour.

Loin de toute opinion politique, je vois la situation de la France se désagréger au fil du temps. Il y a 15 à 20 ans, nous avions une meilleure qualité de vie même si elle n'était pas parfaite, tout du moins on profitait du fruit de notre travail.

Non seulement, nous vivons un flop économique (hélas nous ne sommes pas dans un phénomène franco-français mais bel et bien mondial), mais l'insécurité est présente au quotidien et là, on touche à un point tout aussi sensible que le "porte monnaie".

Cela fait bientôt deux ans que je vis dans les Cévennes, gardois d'adoption, je me plais parfaitement en Languedoc-Roussillon (je viens du Sud-Ouest). J'ai subi un vol et une dégradation sans compter une partie de la jeunesse agressive à laquelle j'ai eu à faire face alors que je ne demande qu'à vivre en paix. Pourquoi tant de haine et d'agressivité alors que je ne demande rien à personne... Triste époque, mais je ne pense pas qu'aucun parti politique puisse y faire quelque chose. Selon moi, il s'agit d'une problèmatique éducative, que faire ?

Écrit par : chris30110 | 29 mars 2011

28 march

Et on se bouscule pour jouer dans le film où tout bascule.
On peut dire tout et le contraire de tout : tout le monde s’en fout
On nous a menti, cette vie ne vaut pas la peine d’être ravie.
Est-ce le commencement de la fin ou la fin des fins ?

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/03/28-march/

Écrit par : le journal de personne | 29 mars 2011

Les commentaires sont fermés.