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29 avril 2011

Education : petits calculs et grandes questions

Luc Chatel a annoncé, mardi 26 avril, qu’environ 1.500 classes seront fermées dans le primaire à la rentrée prochaine. Il s’est empressé d’ajouter qu’ « au total, à la rentrée prochaine, il y aura plus de professeurs et moins d'élèves qu'il n'y en avait il y a quinze ans dans le système éducatif ».

 

Par cette affirmation, le Ministre de l’Education nationale veut nous signifier que, malgré les suppressions de postes, les moyens ne baissent pas. Cela peut paraître paradoxal de la part de quelqu’un qui appartient à une famille politique qui répète qu’en matière de services publics, et notamment d’éducation, les moyens ne font pas tout.

 

Mais au-delà de ce paradoxe, on peut s’interroger sur la pertinence de cette référence au milieu des années 1990 (« Il y a quinze ans », cela correspond à 1996). Je n’ai pas le souvenir que cette période fût spécialement un âge d’or de l’Education nationale. Pourquoi ne pas prendre l’année 2000, par exemple ? On s’apercevrait que, dans le 1er et le 2nd degré, le nombre d’élèves est passé de 12 166 400 à 11 978 800 aujourd’hui, soit une baisse de 1,5% (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&re... ). Dans le même temps, les effectifs d’enseignants (public + privé sous contrat) sont passés de 874 627 à 852 907 soit une baisse de 2,5%.

(http://media.education.gouv.fr/file/etat20/35/5/EE_2010_e...)

 

Il y a donc, là encore, un peu moins d’élèves, mais encore moins d’enseignants. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, car le nombre d’élèves va augmenter en 2011 d’environ 63 500, d’après une note de la Direction de l’Evaluation de la Prospective et la Performance du Ministère de l’Education nationale.

(http://media.education.gouv.fr/file/2010/84/7/NIMEN1014_1... )

 

Alors que, dans le même temps, 16000 postes d’enseignants vont être supprimés. Cela pourrait être acceptable si la France disposait d’effectifs d’enseignants vraiment pléthoriques. Or, ce n’est pas le cas. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les comparaisons internationales. Selon les statistiques de l’OCDE, citées par l’étude « L’état de l’école » du Ministère de l’Education nationale, le nombre moyen d’élèves par enseignants dans le 1er degré était de 19,9 en France en 2008 contre 18 en Allemagne, 14,4 en Finlande, 12,6 en Belgique et 10,6 en Italie.

http://media.education.gouv.fr/file/etat20/36/3/EE_2010_S...

 

Mais toutes ces considérations sur les effectifs passent sous silence un paramètres pourtant très important : le taux de scolarisation. Si on appliquait le taux de scolarisation de 2000, ce serait environ 230 000 élèves supplémentaires que le système éducatif devrait accueillir dans les 1er et 2nd degrés (dont la moitié d’élèves de 2 ans dont le taux de scolarisation est passé de 35% à 18%).

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&re...

Cela résulte-t-il de la politique d’économie engagée par ce gouvernement et les précédents depuis 2002 ? Cela traduit-il la perte de confiance des élèves et de leurs parents dans l’école, les conduisant à en sortir plus rapidement ?

 

Quoiqu’il en soit, cela est révélateur la stagnation du système éducatif français. Cette stagnation se traduit également par un taux de bacheliers qui plafonne à 65% depuis 1995. Si l’on se réfère à la part de la richesse nationale consacrée à l’éducation, on peut même parler de régression. Depuis le milieu des années 1990, la dépense d’éducation se réduit de façon assez nette, passant de 7,6% du PIB en 1997 à 6,6% en 2008. Il manque environ 20 milliards d'euros pour que l'effort de la nation soit équivalent à ce qu'il était il y a quinze ans, soit 15% du budget actuel!

 

 

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Concrètement, cela se traduit par un nombre toujours important (environ 150 000) de jeunes qui quittent chaque le système scolaire sans qualification. Pour la première fois depuis longtemps, les générations 1978-1982, seront moins diplômées que les précédentes.

 

Mais les questions à traiter ne sont pas seulement budgétaires et quantitatives. La France demeure un des pays développés où l’origine sociale conditionne le plus la réussite scolaire. L’enseignement y est majoritairement centré sur l’acquisition d’un savoir académique et disciplinaire. Le système, depuis toujours, a pour vocation de sélectionner les meilleurs sans trop se préoccuper des autres (la dépense annuelle pour un étudiant de classe préparatoire est deux fois plus élevée que pour un étudiant de l'université). C’était valable lorsqu’il s’agissait de former une élite peu nombreuse, mais atteint ses limites lorsqu’il s’agit de gérer la massification de l’éducation. Aujourd’hui encore, la position sociale future est largement conditionnée par la capacité à ingurgiter des mathématiques à 18 ans. La capacité à travailler en groupe, à mobiliser des connaissances inter-disciplinaires, à prendre des initiatives ne sont pas suffisamment valorisées. Plutôt que de classer, de trier, la finalité de l’école devrait être de garantir à tous les élèves la maîtrise d’un socle de connaissances, mais aussi et surtout leur donner confiance en eux, en leurs camarades et en leurs capacité à progresser.

 

Le Ministre Luc Chatel peut bien feindre de se satisfaire de critères arithmétiques hasardeux, il n’en demeure pas moins que les problèmes à régler sont nombreux et urgents. Il en va de l’avenir de nos enfants, donc du pays.

 

PP

07:51 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : services publics, inégalités, éducation | | |  Facebook | | |

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