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27 mai 2011

Financer l'avenir sans creuser la dette

« Financer l’avenir sans creuser la dette » est le titre d’une note rédigée par la Fondation Nicolas Hulot. Il s’agit de financer un grand plan d’investissements d’avenir: énergie renouvelable, économie d’énergie, logement, formation,… au moyen de la création monétaire. Ce plan est particulièremetn ambitieux puisqu’il s’élève à 600 milliards d’€ de 2012 à 2020 soit 3,5% du PIB chaque année. Cette proposition est intéressante dans la mesure où elle pose explicitement la question de la création monétaire qui reste la grande impensée des « grands » partis politiques.

 

 

Lire le texte intégral :Hulot-financer-avenir-sans-creuser-la-dette.pdf

 

 

Notre modèle de développement se révèle intenable car il mine les conditions même d’existence de l’humanité. Alors que nous atteignons les limites écologiques de notre planète, l’économie actuelle est incapable danticiper cette évolution. Bien au contraire, la recherche exclusive de la croissance des biens matériels accentue le phénomène. Réchauffement climatique, désertification, épuisement accéléré des stocks de ressources naturelles fossiles et renouvelables, dégradation des écosystèmes et des services écologiques que nous en tirons, tous les rapports convergent (voir encadré). Nous sommes en train de détruire le socle naturel dont nous dépendons.

 

 

Notre modèle économique se révèle également insoutenable socialement tant la misère continue à côtoyer l’opulence en dépit de décennies de croissance. La récente crise financière a, de plus, démontré sa profonde instabilité intrinsèque.

 

 

L’humanité se trouve à un moment clef de son histoire : celui de la transition, de la bifurcation vers une société qui, loin de se focaliser principalement sur l’opulence matérielle, tendrait à la recherche de l’épanouissement humain dans les limites écologiques. Pour cela, la construction d’un autre modèle macro-économique est nécessaire.

 

 

 La présente note a pour objet de proposer au débat un des aspects de la transition : les modalités de financement dun plan dinvestissements dans la transition.

 

 

Ce n’est, bien sûr, pas la solution miracle. Il est, tout d’abord, nécessaire qu’elle soit accompagnée d’une profonde réforme du système bancaire et financier afin notamment d’éviter les excès et de réguler la quantité globale de création monétaire.

 

 

De nombreuses autres mesures restent, par ailleurs, à mettre en œuvre afin que l’économie du XXIème siècle voit le jour telles l’adoption et l’utilisation dindicateurs de durabilité alternatifs au PIB ; une profonde réforme de la fiscalité (niveau et assiette) qui permette de transférer une partie des prélèvements obligatoires sur le travail vers un prélèvement sur les actifs naturels; la régulation des marchés et la mise en place de signaux adaptés (comme la mise en place d'un prix du carbone) pour que les agents privés s’orientent davantage vers les investissements de long terme et qu’ils soient incités à économiser les ressources naturelles ; la répartition et la redistribution des richesses de façon plus équitable.

 

 

Il s’agit, enfin, d’envisager la réforme de notre démocratie et de nos institutions pour que nos dirigeants soient en mesure de mener des politiques intégrant les enjeux de long terme et pour renforcer la place des citoyens. La Fondation Nicolas Hulot travaille également sur ces sujets.

 

 

Comment préparer lavenir alors que les caisses sont vides ?

 

 

En ce début de XXIème siècle, nous sommes confrontés à un défi d’ampleur. Il nous faut réorienter notre modèle économique pour éviter son effondrement, qui conduirait inexorablement à un effondrement social, tout en répondant aux impératifs écologiques. Pour engager ces évolutions majeures, un plan dinvestissement massif dans la transition économique, écologique et sociale est indispensable. Malheureusement, largent fait défaut.

 

 

Dans un contexte économique très difficile, encore fragilisé par la volatilité sur les marchés financiers, les banques limitent leurs soutiens. Dans un tel environnement, le secteur privé peut difficilement financer les investissements de la transition. Les retours sur investissements sont trop longs ou trop faibles pour intéresser ces acteurs, aujourd’hui, orientés vers le très court terme. Du côté du secteur public, dans un contexte où les besoins de couverture sociale augmentent tandis que les recettes fiscales diminuent, les Etats européens dépendent, de plus en plus, du recours à lemprunt auprès du secteur privé. Les inconvénients de cette dépendance sont évidents. Le mur de la dette, accrue par le sauvetage des banques et les plans de relance, paralyse laction publique. Pire, depuis 2010, les Etats s’imposent, pour satisfaire les marchés, des cures daustérité qui vont encore ralentir l’économie et aggraver le chômage.

 

 

Quand lactivité financière passe avant lavenir économique, social et écologique.

 

 

Avec du recul, il est paradoxal que l’absence d’un outil, largent, paralyse à ce point les actions destinées à préserver notre avenir. Peut-être, est-ce parce que nous avons oublié qu’il s’agissait d’un simple outil, dun moyen et non dune fin ? Cette question rejoint celle des priorités que se donne notre société, question bien illustrée par la politique communautaire à deux vitesses construite en Europe depuis 20 ans.

 

 

D’un côté, les orientations financières et budgétaires sont structurantes parce que basées sur des règles précises et obligatoires. Inscrits dans les traités, les niveaux de déficit, de dette ou le fonctionnement de la banque centrale sont rigoureusement encadrés et dictent, sans partage, la politique monétaire européenne. De l’autre, la programmation économique des politiques d’environnement, de transport ou de recherche, domaines où la compétence communautaire est affirmée, s’effectue le plus souvent à partir d’objectifs vagues et non contraignants, inscrits des dizaines de fois dans des livres blancs, des livres vert, des discours de commissaires ou des documents stratégiques. On le sait, ces objectifs sont très rarement atteints.

 

 

Ce contraste revient à considérer que le budget et la monnaie relèvent de l’intangible tandis que tout le reste relève du négociable et souvent de l’inertiel. Malheureusement, «Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors on saura que largent ne se mange pas.»

 

 

Les règles monétaires qui rendent aujourd’hui impossibles le financement des investissements de long terme, n’ont pas résisté lorsqu’il s’est agi de sauver les acteurs du système bancaire et financier. Fin octobre 2008, les Etats avaient déboursé près de 7000 milliards de $ à cet effet. La logique du « too big too fail » a conduit les autorités publiques à accorder un soutien illimité aux banques et à utiliser des outils dits « non conventionnels ». La plupart des grands principes de la politique monétaire ont, ainsi, été mis de côté pour sauver le système financier. Pourquoi ce vent de non conformisme est-il abandonné quand vient le tour de la dette publique ?

 

Point de quantitative easing ou de crédit à taux zéro…la porte de sortie proposée est l’austérité budgétaire pour réduire les déficits et « rassurer » les marchés. Cette asymétrie, peu fondée d’un point de vue technique, est surtout condamnable sur le plan éthique. Faire preuve d’une créativité et d’une ténacité sans faille pour les banques, qui jouent certes un rôle clef dans l’économie, puis nier aux Etats le droit d’investir, revient à introduire une hiérarchie où l’activité financière passe avant lavenir économique, social et écologique. Cette situation décrédibilise l’action des politiques, à l’heure où les citoyens sont en attente de programmes dépassant les traditionnels clivages gauche-droite pour répondre enfin aux enjeux du XXIème siècle.

 

 

Redonner à l’Etat son autonomie financière pour mener une politique d’investissement de grande ampleur : permettre l’emprunt à la banque centrale

 

 

Afin de redonner aux Etats les moyens d’investir dans le sens de l’intérêt général, la Fondation Nicolas Hulot propose d’adopter des méthodes non conventionnelles semblables à celles utilisées pour sauver les acteurs du système financier.

 

 

En pratique, il s’agit de redonner aux Etats la possibilité de faire ce que font les banques privés : emprunter à taux nul ou très faible à la banque centrale. Cette pratique couramment utilisée dans le monde et notamment aux Etats-Unis est interdite dans la zone euro depuis le traité de Maastricht. La Banque Centrale Européenne est sortie de ce carcan pour sauver les banques puis la Grèce. Il faut, maintenant, aller plus loin afin que les Etats européens retrouvent les prérogatives monétaires qu’ils ont progressivement abandonnées depuis 30 ans. Si le contexte dexception a été invoqué pour sauver le système financier, ne peut-on utiliser ce même argument pour sortir du marasme économique et préserver lenvironnement dont nous dépendons tous ?

 

 

La politique monétaire redeviendrait, ainsi, un instrument de politique économique à part entière. Les Etats seraient libérés des humeurs des marchés, disposeraient d’une plus grande autonomie et pourraient dégager des marges de manœuvre financières pour préparer lavenir.

 

 

Ce renouveau de la politique monétaire, doit s’accompagner d’un questionnement sur les choix fiscaux réalisés à ce jour, tant en termes de montants que d’assiettes. De la même façon, les excès manifestes de la finance de marché doivent être encadrés. Ces deux sujets importants ne seront pas abordés dans la présente note centrée sur les modalités de financement d’un plan d’investissement dans la transition.

 

 

Un outil de financement contrôlé démocratiquement et réservé aux investissements de transition

 

 

Il ne s’agit pas d’échanger l'arbitraire de Francfort pour l'arbitraire de l'Etat mais de dégager des marges de manœuvre pour que les gouvernements puissent préparer lavenir.

 

 

Cela nécessiterait en première estimation environ 600 milliards deuros en France dici 2020, soit près de 3,5% du PIB par an. Les investissements financés ou garantis par l’Etat seraient bien sûr réalisés par le secteur privé. Afin de contrôler son usage, l’emprunt à la banque centrale serait fléché vers les projets d’un plan d’investissements de transition mis en œuvre par une agence publique dinvestissement, seule habilitée à recevoir ce type de financements.

 

 

Enfin, et c’est sans doute le plus important, la politique monétaire doit être encadrée démocratiquement, en considération du choix des investissements qui seront stratégiques pour le futur et des répercussions très concrètes qu’ils auront sur le quotidien des citoyens C’est du contrôle démocratique sur le niveau et la composition des investissements que doit découler le niveau de monétisation de la dette.

 

 

La mise en œuvre de l’outil de financement que nous proposons doit donc s’accompagner d’un débat citoyen permettant de ré-ancrer les valeurs d’humanisme et d’écologie au cœur de notre société. Un processus de concertation nationale et régionale massif permettrait, ainsi, de déterminer les critères et les grands domaines d’investissements. Ils pourraient, par exemple, porter sur la construction de logement, la décarbonisation de l’économie, les infrastructures écologiques mais aussi former des chômeurs ou des employés des secteurs sinistrés aux emplois de demain.

09:32 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : environnement, monnaie, finance, crise | | |  Facebook | | |

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