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25 juin 2011

La mauvaise foi à l'assaut du RSA

Par Camille Dorival et Laurent Jeanneau


Alternatives Economiques n° 303 - juin 2011

 

Une partie de la droite a renoué avec la dénonciation de l'assistanat et de ses supposées dérives. Dans la bouche de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, il s'agirait même d'un " cancer de la société ". Cette charge contre le revenu de solidarité active (RSA) est non seulement insultante pour les intéressés, mais elle est surtout infondée. Non, un couple qui touche le RSA ne gagne pas plus qu'un couple dans lequel une personne travaille au Smic, comme l'a laissé entendre Laurent Wauquiez. Roselyne Bachelot, sa collègue en charge des Solidarités et de la Cohésion sociale, le confirme d'ailleurs : une fois l'aide au logement déduite, le montant du RSA socle pour une personne seule est de 410 euros alors que le Smic net est actuellement de 1 070 euros. La différence est donc de 660 euros par mois. Dans le cas d'un couple, la différence reste de plus de 300 euros. Même si le ménage au RSA et celui dont un membre gagne le Smic comptent des enfants, cela ne change rien : c'est toujours le couple au Smic qui empoche le plus.


Idées reçues

 

 

Bien qu'erronée, l'affirmation de Laurent Wauquiez a trouvé un certain écho car elle conforte une opinion répandue selon laquelle les minima sociaux en France seraient trop généreux. Là encore, c'est faux : un chercheur de l'Ires, Antoine Math, a montré qu'ils sont plus bas en France que dans beaucoup d'autres pays européens [1]. Pire, ils sont en valeur relative de plus en plus faibles. Leur montant a décroché de celui du Smic depuis vingt ans : entre 1988 et 2007, le pouvoir d'achat du RMI n'a augmenté que de 2,7 points, tandis que celui du Smic a grimpé de 5,6 points.


Pour justifier ces attaques récurrentes contre les revenus minimaux, on met aussi en avant une autre idée reçue : ils désinciteraient au travail. Leurs bénéficiaires sont régulièrement soupçonnés de refuser des emplois. Aucune étude n'a pourtant prouvé cette affirmation. Selon une étude de la Caisse nationale des allocations familiales, 29 % des allocataires de minima sociaux ne rechercheraient certes pas de travail. Mais c'est surtout à cause de problèmes de santé, de garde d'enfants ou parce qu'ils sont très âgés. Seuls 0,6 % ne recherchent pas d'emploi parce que cela ne serait pas rentable financièrement pour eux [2].


D'ailleurs, 200 000 bénéficiaires du RSA socle ont un emploi. Leurs revenus étant inférieurs au plafond du RSA socle, ils ont donc droit à cette allocation. Mais ils gagneraient la même chose s'ils ne travaillaient pas, ce qui ne les empêchent pas de le faire… Tout simplement parce que le travail n'est pas seulement une affaire de sous, mais aussi de dignité, de confiance en soi et de sociabilité. En outre, le RSA activité apporte désormais un complément de revenu aux travailleurs en situation de pauvreté, justement pour inciter à la reprise d'une activité.


Les effets pervers du RSA sont à chercher ailleurs : il risque surtout d'inciter les employeurs à créer des emplois mal payés, puisque l'Etat compense la faiblesse des revenus proposés. Ce qui alimenterait la pauvreté laborieuse.

 

  • (1) " Les familles pauvres sont-elles plus maltraitées en France ? ", La revue de l'Ires, n° 54, 2007/2.
  • (2) " Insertion professionnelle et sociale : des spécificités transversales aux différents types de minima sociaux ", par Céline Marc et Charline Range, Recherche et prévisions n° 91, Cnaf, mars 2008.

 

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, rsa, wauquiez | | |  Facebook | | |

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