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20 juin 2011

Jeunes et vieux : pas si déffiérents...

Dans l’édition du 19 juin, Philippe Villemus décrit les malédictions dont souffrent les jeunes et la situation relativement privilégiée dont jouiraient les ainés.

 

20110619 - Villemus.jpg

 

Malheureusement, il utilise des arguments qui sont faux....

 

Il y a tout d’abord le taux de chômage de 24%. Or, ce taux concerne uniquement les jeunes qui sont sur le marché du travail (donc sortis du système scolaire). Si on divise le nombre de chômeurs de 18 à 24 ans par la population totale de cette tranche d’âge, on obtient un taux  identique à la moyenne nationale. En France, les étudiants sont moins nombreux à effectuer des « petits boulots » que dans les pays anglo-saxons ou nordiques, de ce fait ils ne sont pas sur le marché du travail. C’est plutôt une bonne chose car ceux qui sont contraints de travailler en même temps que leurs études réussissent en général moins bien que les autres, car les emplois qu’ils occupent sont rarement en lien avec leurs études et ne leur permettent donc pas d’enrichir leur expérience.


Les jeunes qui sont sur le marché du travail (donc qui servent de base au calcul du taux de chômage « officiel ») sont souvent ceux qui sont sortis du système scolaire sans qualification ou avec des qualifications faibles. Or, les statistiques montrent que le taux de chômage des moins qualifiés est nettement plus important que la moyenne.

 

Et n’oublions pas que les seniors sont loin d’être épargnés par le chômage. Les plus de 50 ans s ont désormais 776 300 à être inscrits à Pôle Emploi en catégories A,B et C soit 264 500 de plus qu’en juin 2008. Soit une hausse de 52% contre 32% pour l’ensemble des chômeurs. Deux et demi après le début de la crise, ceux qui restent sur le carreau sont surtout des seniors.

 

 Il est également faux de dire que la dette est un fardeau pour les générations futures. Ceux qui détiennent les créances sur l’Etat appartiennent à la même génération que ceux qui remboursent. En fait, la dette est un transfert de revenus, au sein d’une même génération, entre les contribuables et les rentiers. Enfin, on sait bien qu’en regard du passif que constitue la dette, il y a un actif. Selon l’INSEE, l’actif net (déduction faite des dettes) de l’Etat s’élevait en 2009 à 416,6 milliards d’€ soit une « cagnotte » de 6 400 € par habitant.

 

 

Philippe Villemus rappelle que le taux de pauvreté des personnes âgées est plus faible que celui du reste de la population. Faut-il le leur reprocher ? N’oublions pas que dans les années 1960-1970, le taux de pauvreté des personnes âgées était de l’ordre de 20%. C’est la montée en puissance du système de retraite qui a permis sa réduction massive. Si le taux de pauvreté des jeunes est tellement élevé, c’est en raison de la dégradation et de la précarisation du marché du travail. Les retraités sont-ils responsables de cette dérive ? Bien sûr que non ! Il faut plutôt chercher du côté des « réformes » visant à assurer la « flexibilité » du marché du travail, dans l’incapacité des politiques économiques à assurer le plein emploi…

 

Sous l'effet de la réforme des retraites dite Balladur de 1993, des accords dans les régimes complémentaires et de la montée en puissance de la CSG, les taux de remplacement ont fortement diminué, passant en moyenne de 85% en 1990 à 66% en 2006 pour les non-cadres et de 72% à 53% pour les cadres. De plus, depuis 1993, l’évolution des pensions est indexée sur les prix et non sur les salaires, ce qui se traduit par une perte de pouvoir des retraités par rapport aux actifs.

 

On peut aussi souligner que la France est un des pays européens où les inégalités parmi les plus de 65 ans sont les plus élevées.

http://www.alternatives-economiques.fr/pics_bdd/article_o...

 

Tout cela pour dire que les retraités ne sont pas tous des privilégiés par rapport aux actifs et que la situation des retraités actuels est plutôt en train de se dégrader. Et puis, il est absurde de parler des « retraités «  comme d’une catégorie homogène, tout comme il est également absurde de parler des « jeunes » ou des « femmes ». Les inégalités de revenus au sein de chaque tranche d’âge sont largement prédominantes par rapport aux différences de revenu selon l’âge. Le vrai problème réside dans le renforcement de la progressivité de l’impôt pour l’ensemble des français, plutôt que dans l’opposition entre actifs et retraités… N’oublions pas également que l’équilibre du système des retraites repose aussi sur un partage des richesses entre capital et travail.

 

Il ne s’agit pas de dire que les jeunes ne rencontrent pas de difficultés. Il s’agit de rappeler que les inégalités au sein d’une génération sont supérieures aux inégalités entre générations.

 

Plutôt que d’essayer de susciter une lutte des classes…d’âge, il serait plus pertinent de mettre en lumière les déterminants du délitement de la cohésion sociale : chômage de masse, affaiblissement organisé de la puissance publique, marchandisation de la société, concurrence érigée en valeur suprême… Car « jeunes » et « vieux » sont tous confrontés au chômage de masse et à la montée des inégalités, qui sont les vrais fléaux de notre société.

 

PP

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, pauvreté, chômage, retraites | | |  Facebook | | |

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