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23 juillet 2011

Schizophrénie

Article de Philippe Frémeaux paru sur Alternatives Economiques.

 

La croissance de l'économie française pourrait atteindre 2,2 % en 2011, selon l'OCDE, au lieu du 1,6 % prévu initialement. De quoi faire très légèrement reculer le chômage, qui pourrait revenir à 8,9 % en fin d'année. Mais pas de quoi guérir les plaies laissées dans la société française par trente ans de chômage de masse.


Sachant que le nombre total de demandeurs d'emploi, en incluant ceux qui ont des petits boulots à temps partiel et souhaiteraient travailler plus, dépasse aujourd'hui les 4 millions, il faudrait, pour sortir de cette situation, renouer avec une croissance forte et durable. Une perspective qui n'est ni possible ni souhaitable. Elle n'est pas possible parce que les fondamentaux de notre économie permettent d'espérer au mieux un rythme autour de 2 %, peut-être 2,5 % l'an. Elle n'est pas souhaitable en raison des contraintes écologiques auxquelles nous sommes confrontés, contraintes qui appellent une réorientation radicale de notre modèle économique et de nos modes de vie. Nous devons agir rapidement pour rendre notre système économique enfin soutenable, avant d'y être contraints par des hausses brutales des prix de l'énergie ou de certaines matières premières.

 

 

A continuer sur les mêmes rails, nous risquons donc de conserver un haut niveau de chômage tout en ayant, en plus, à se serrer la ceinture. Avec les risques politiques que l'on peut imaginer. C'est pourquoi il est temps de faire preuve d'imagination. Or, parce que l'urgence est d'éteindre l'incendie né de la crise financière, les partis de gouvernement nous proposent surtout de piloter au mieux la sortie de crise. Nicolas Sarkozy espère que l'opinion lui saura gré, au final, d'avoir tenu la barre du navire durant la tempête. L'opposition, de son côté, affirme sa capacité à gérer l'économie, en répartissant plus justement les efforts. C'est ce qui fondait la popularité de Dominique Strauss-Kahn, avant sa mise hors jeu. Cela peut-il suffire à faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés ? De ce point de vue, les Verts sont plus convaincants, eux qui réfléchissent aux moyens de nourrir, loger, chauffer, déplacer, les 9,5 milliards d'êtres humains qui devront partager demain les ressources limitées de notre petite planète. Sauf que personne ne les imagine occuper le ministère de l'Economie et des Finances en 2012. L'enjeu, pour la gauche, est donc de sortir de cette schizophrénie qui oppose un PS bon gestionnaire, mais encore prisonnier du paradigme productiviste, et des Verts qui pensent le modèle de demain sans être crédible pour gérer la nécessaire transition.

 

 

Il nous faut concevoir des politiques de court terme qui intègrent les exigences du long terme et redonnent le goût de l'avenir à tous. La nécessaire conversion de notre modèle économique doit être perçue comme un progrès par la grande majorité de la population, en étant associée à des politiques d'emploi et de revenus qui réduisent drastiquement l'insécurité sociale.

 

 

Au travail !


Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 304 - juillet 2011

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : croissance, environnement, inégalités, chômage | | |  Facebook | | |

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