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11 août 2011

Emeutes au Royaume-Uni : pourquoi il n'y a pas de revendications politiques

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J’ai été frappé d’entendre ou de lire certains commentaires sur les émeutes urbaines qui se déroulent au Royaume-Uni. Que ce soit des gens de la rue ou des éditorialistes, ils s’étonnent que les émeutiers s’attaquent principalement aux magasins et n'aient pas de revendications politiques. Une habitante interrogée expliquait que contrairement à ce qui s’est passé en France en 2005, « personne ici (à Londres) n’invoquait des raisons sociales pour expliquer les pillages. Il s’agit d’une délinquance gratuite ». De même, Frédéric Encel ce matin sur France Inter s’étonnait de l’absence de projet politique et s’interrogeait «  le besoin de justice sociale n’a-t-il pas quelquefois bon dos ? Quelle furent ces derniers jours les cibles privilégiées des émeutiers ? Des commissariats, des ministères, des partis politiques, des sièges sociaux de multinationales, des boulangeries, des officines d’extrême-droite ? Rien de tout cela. Des voitures, et surtout des vitrines de magasins de vêtements de marque, de téléphonie, d’informatique. Où finit l’explication sociale d’une violence urbaine, où commence la justification d’une rage de consommer en pillant, et surtout de vandaliser ? »

 

Selon moi, cette absence de revendications politiques des émeutiers n’est pas surprenante. Depuis des années, leur situation n’évolue pas, voire se détériore, ils ne croient tout simplement plus en la politique, comme en témoigne les faibles taux de participation aux élections dans les quartiers populaires, quel que ce soit le pays. Ils ont été façonnés par la société de consommation, par un marketing outrancier qui flatte les pulsions consuméristes et érige l’ostentation et l’accumulation de « biens positionnels » en valeurs fondamentales. Un système qui n’est pas fait pour répondre à des besoins, mais pour produire des désirs à des fins lucratives est particulièrement nocif, notamment pour les plus pauvres. On retrouve le mécanisme de la frustration que le sociologue américain Robert Merton avait mis en évidence il y a plus d’un demi-siècle. Merton disait la chose suivante : « nous vivons dans une société de consommation qui créé dans l’ensemble de la jeunesse des aspirations à la jouissance de ces biens de consommation. Cette société s’enrichit globalement mais elle maintient en son sein de fortes inégalités sociales. Dès lors il y aura toujours une partie des jeunes pauvres qui voleront pour posséder les mêmes biens. »

Les décennies passent et l’analyse Merton est toujours plus pertinente.

 

Le sociologue Laurent Mucchielli, qui s’intéresse à la délinquance juvénile en France, fait remarquer que dès les années 1950, il existait des bandes de jeunes casseurs violents. Mais la très grande majorité se « rangeaient » en trouvant un travail. A l’époque, le taux de chômage était de l’ordre de 1%... Aujourd’hui, dans les quartiers dits « sensibles », le taux de chômage est de plus de 50%... On peut dire qu’ils sont seuls responsables de leur sort, qu’ils n’ont pas envie de s’en sortir, que les minima sociaux sont trop élevés…mais alors qu’en France, le chômage touche à des degrés divers près de 6 millions de personnes, on peut douter que la bonne volonté et la motivation suffise à ceux qui débutent la course avec un sac de 50 kg sur le dos.

 

Pour revenir au Royaume-Uni, il ne faut pas oublier les coupes sombres qui ont été réalisées dans les budgets publics (aide sociale, mais également baisse des effectifs de police…), et aussi les fermetures de centres sociaux pour les enfants défavorisés pour cause de rénovation de quartiers à Londres… L’austérité draconienne que met en œuvre le gouvernement conservateur de David Cameron ne fera qu’aggraver cette situation déjà difficile.

 

Les « casseurs » n’ont certes pas les mêmes revendications que les manifestants, mais leur existence même est liée aux phénomènes que dénoncent les manifestants « normaux ».

 

Cela dit, il faut punir sévèrement ces « casseurs », mais il faut aussi leur donner une perspective d’avenir. Le confinement dans des quartiers de relégation sociale, la vidéosurveillance, les gendarmes mobiles façon « robot cop »… ne sont pas des solutions durables.

11:31 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : inégalités | | |  Facebook | | |

Commentaires

Nuit calme en Angleterre : un simple répit ?

Non, pas un simple répit mais un répit définitif ! Du moins c'est ce qu'il faut montrer au système Libéral, qui se mordant la queue, est responsable de ce qu'il appelle lui- même, citant sa création : "racaille et sauvageons", qui n'a strictement rien à voir, avec l'appellation disparue aujourd'hui, mais que l'on peut citer avec révérence, car proche du peuple, de ses aspirations, et empreinte de philosophie politique, et dont beaucoup se reconnaissait à l'époque et sans doute encore aujourd'hui, inscrite à jamais dans le patrimoine historique de la France, je veut bien sûr parler de la "Canaille" ! Et bien j'en suis !... et de celle-ci nous pouvons toujours nous en revendiquer ! Quant à l'autre, sans cervelle, cloné et issu directement de la salissure, voulue et entretenue par ce système destructeur, elle n'a aucun avenir, si ce n'est de servir de réservoir de voix aux FN et à l'UMP, voir si le système se durcit, d'éventuels "mercenaires" payés pour la sale besogne....l'Histoire du XIX et XXè siècle est suffisamment éloquente et instructive à ce sujet, dans notre pays, mais aussi en Allemagne, lors de la montée du fascisme et de la transformation des esprits, où les propres enfants gagnés aux idées nazies, dénonçaient leurs propres parents, qui avaient des idées socialisantes !

Écrit par : Don Simoni | 11 août 2011

Ne pourrait on pas dire qu'il y a deux sortes de delinquants, les riches en cols blancs, policés de la city, et l'oligarchie financiere en general, qui trafiquent les cours de la bourse pour s'enrichir, et les hordes de delinquants qui produisent de la violence brutales, bandes de pillards, grandes invasions, pirates de somalie ou de mer de chine, razzia sahariennes... etc
vieille tradition humaine liee au taux de teutosterone, (j espere qu y a une faute)... y a pas forcement besoin d explication politique pour se livrer a la violence...
la difference entre la civilisation et la barbarie c'est la violence...

Écrit par : puzzle | 11 août 2011

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