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14 août 2011

Agences de notation : vigies ou rétroviseurs ?

Le 4 août dernier, l’invité de la matinale de France Inter n’était autre que le chef économiste pour l'Europe de l'agence de notation Standard and Poor's (S&P), Monsieur Jean-Michel Six.

 

Bien sûr, il a été interrogé sur l’aveuglement des agences de notations et sur l’effet auto-réalisateur de leurs évaluations, notamment sur le cas emblématique de la Grèce (4 dernières minutes de l’interview).

 
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Bien entendu, Monsieur Six a réfuté l’accusation d’aveuglement en précisant que S&P avait dégradé la note de la Grèce dès 2004, sans que cela ne préoccupe les marchés financiers.

 

J’ai retracé le parcours de la note S&P de la dette souveraine de la Grèce depuis Janvier 2009.

 

L’échelle de notation de S&P va de « AAA » à « D » en passant plusieurs stades.

* AAA : Une aptitude extrêmement forte à honorer les engagements financiers, c'est-à-dire à payer les intérêts et à rembourser le capital d'une dette.

* AA : Une très forte aptitude à honorer les engagements financiers.

* A : Une forte capacité au paiement des intérêts et du capital mais une certaine sensibilité aux effets défavorables des changements de circonstances ou de conditions économiques.

* BBB : Capacité encore suffisante au paiement des intérêts et du capital, mais des conditions économiques défavorables ou une modification des circonstances sont davantage susceptibles d'affecter l'aptitude au service normal de la dette.

* BB et B : Créances dont le paiement à l'échéance présente uneincertitude du fait de la vulnérabilité plus ou moins importante de l'émetteur à des conditions défavorables sur le plan économique et financier. Néanmoins, l'émetteur peut toujours faire face à ses engagements.

* CCC , CC, C : Créances dont le paiement à l'échéance est de plus en plus douteux et dépend de conditions favorables sur le plan économique et financier.

* D : Émetteur déjà en défaut de paiement des intérêts ou du capital.

 

Les signes "+" ou "-" permettent de préciser la position relative dans l'échelle des notes.

Hormis la note reine AAA, les différents stades de la notation se déclinent donc en trois strates (AA+, AA, AA-, A+, A, A-…), ce qui fait au total 28 niveaux de notation.

 

Jusqu'à BBB, les obligations sont considérées comme des investissements, à partir de BB, on entre dans la zone des produits dits « spéculatifs », c’est-à-dire à haut risque.

 

Jusqu’en janvier 2009, la dette souveraine grecque à long terme était notée A, soit le sixième niveau, c’est-à-dire une dette de bonne qualité.

* Janvier 2009 : La baisse d’un cran fait passer la note de A à A-.

* Décembre 2009 : La baisse d’un cran fait passer la note de A- à BBB+

* Avril 2010 : La baisse de trois crans fait passer la note de BBB+ à BB+. (Passage en zone « spéculative »)

* Mars 2011 : La baisse de deux crans fait passer la note de BB+ à BB-.

* Mai 2011 : La baisse de deux crans fait passer la note de BB- à B

* Juin 2011 : La baisse de trois crans fait passer la note de B à CCC.

* Juillet 2011 : La baisse de trois crans fait passer la note de CCC à CC

 

Monsieur Six s’est défendu en disant que le changement de notation était le fruit d’un « diagnostic complet » et que ces changements ne se produisaient pas « tous les quatre matin ». Entre Janvier 2009 et Février 2011, soit 26 mois, la note a changé 3 fois et  baissé de 5 crans. Entre mars 2011 et Juillet 2011, soit 5 mois, la note a changé 4 fois et baissé de … 10 crans. Ce n'est pas tous les quatre matins, en effet, "seulement" tous les 37 matins !

 

Quels éléments nouveaux sont apparus dans le « diagnostic complet » pour justifier une telle dégringolade en si peu de temps ? Dans le milieu financier, tout le monde savait que depuis 2004 au moins, la Grèce manipulait ses comptes avec l’aide de Goldman Sachs.

 

Quant à l’effet auto-réalisateur des prévisions des notations, on peut constater en tout cas que le taux d’intérêt des obligations d’Etat grecques à 5 ans (courbe verte) s’est envolé à partir du moment où la note a franchi la barrière « Spéculative » (courbe bleue). Les courbes d’évolutions de la note et du taux sont très nettement liée : plus la note baisse, plus les taux montent, plus les taux montent, plus l’Etat grec est en difficulté, plus sa note baisse…

 

finance,crise,dette publique

 

Les agences se justifient en disant que c'est parce que les taux montent, traduisant la défiance du "marché", qu'elles abaissent leur note. Dans ce cas, à quoi servent-elles, si leur seul rôle est d'entériner la tendance? La justification de leur existence n'est-elle pas d'anticiper et d'avertir les investisseurs du risque potentiel de leur placement ? Où sont-elles un  moyen parmi d'autres pour les "marchés" de faire pression sur les politiques publiques ?

 

PP

 

 

 

Sources :

http://www.bankofgreece.gr/Pages/en/Statistics/rates_mark...

 

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/la-note-de-credit-...

 

http://www.leblogfinance.com/2009/12/grece-standard-and-p...

 

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2010/04/27/...

 

http://www.obliginfos.fr/2011/03/29/sp-retrograde-la-grec...

 

http://www.lesoir.be/actualite/economie/2011-06-13/la-not...

 

http://www.lepoint.fr/economie/standard-poor-s-abaisse-la...

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, dette publique | | |  Facebook | | |

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