Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

16 août 2011

La baisse du AAA de l’Europe semble inéluctable

Texte de Georges Ugeux, paru sur son blog.


Si les Etats-Unis ont réussi à sauver de justesse -mais peut-être pour un temps- la note AAA (texte paru avant la dégradation de la note souveraine des USA) en augmentant le plafond d’endettement et préparant la diminution des dépenses, peu d’attention a été octroyée à la notation du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF).


Comme ce fonds est appelé à emprunter sur les marchés des capitaux (au-delà des fonds propres qui lui seront allouées par les Etats de l’Eurozone), sa notation revêt une certaine importance.


Déjà, lors de la première émission du Fonds, ses obligations s’étaient vu octroyer une note AAA, mais celle-ci était fragile. Le taux d’émission de ces obligations était en effet supérieur d’un demi pourcent à celui des obligations allemandes de même durée. C’est ce supplément de rémunération qui avait attiré les investisseurs et l’opération s’était bien placée.


Depuis le mois de février, les choses ont beaucoup changé, et la situation de la Grèce en particulier s’est détériorée de manière spectaculaire.  Dans les dernières semaines, c’est au-delà de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande que la situation se tend.


Les agences de notation ont envoyé des signaux négatifs sur les banques françaises et italiennes, et l’Espagne a vu sa note baisser d’un cran supplémentaire. Je passe sur les baisses de notation des trois pays en difficulté. La contagion qui se développée a amené les investisseurs a s’interroger sur l’Italie et l’Espagne.


L’importance de cette évolution vient du fait que la notation du FESF, et donc sa capacité d’avoir les meilleures conditions d’emprunt, sont basées, non sur une vision théorique de la « valeur de l’Europe », mais sur la garantie octroyée à ce fonds par les pays de l’Eurozone. La détérioration du risque de ces pays influence donc directement la notation du FESF.

 

 

Si l’on considère que les marchés ont des doutes sur la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, on constate qu’environ 37% des garanties sont émises par cinq pays vulnérables à des degrés divers. De plus, sur base d’un montant initial de 440 milliards d’euros, ces garanties devront s’ajouter à leur endettement pour un montant collectif de 150 milliards d’euros environ.

 

Il y a donc un effet à double détente : les garanties accroissent l’endettement et réduisent la valeur de la garantie octroyée. Il n’y a, en effet, pas de solidarité entre les pays européens garants. En d’autres termes, en cas de défaut de la dette du FESF, la France ne sera pas appelable pour plus de 89 milliards d’euros et l’Allemagne de 119 milliards.


Les investisseurs dans ces obligations sont donc en risque pour 37% du montant des obligations sur des pays en difficultés plus ou moins sérieuses


Dans ces conditions, on voit mal comment les agences de notation vont pouvoir rester inactives sur la note du Fonds Européen. Une détérioration de cette note amènerait le fonds à emprunter plus cher que, par exemple, la Banque Européenne d’Investissement dont la note AAA n’est pas en question.


Cela m’amène a couper court aux diverses idées d’euro obligations ou d’emprunts de l’Europe.


La confiance qui émanerait de ces emprunts est très proche de celle qui serait octroyée pour le FESF. En effet, la Commission européenne ne disposant pas d’un pouvoir de taxation, ses revenus propres sont inexistants. Le budget européen est alimenté par des contributions des Etats Membres.

 

 

On revient à la case départ : ce sera donc sur la crédibilité des Etats Membres que sera analysée la valeur des obligations émises. De surcroit, il faudra augmenter le budget communautaire pour permettre à la Commission de rembourser principal et  intérêt. A la différence d’une garantie, ce sera un paiement en monnaie sonnante et trébuchante.


Si ces solutions apparaissent comme séduisantes, elles ne sont qu’une variation sur le même thème. Or, avec la contagion qui commence à toucher l’Espagne et l’Italie, le crédit de l’Europe est condamné à baisser. La seule solution dans l’immédiat sera de doter le FESF de plus de fonds propres pour compenser ce risque additionnel. Ces fonds propres proviendront des Etats Membres, et pour 37%, des Etats qui ont des difficultés de financement. Cela ressemble furieusement à un cercle vicieux.


Il n’y a pas de solution au problème européen sans une démarche budgétaire commune qui, progressivement, ajuste les budgets des Etats à leurs moyens. Ce fut le thème central aux Etats-Unis. L’Europe préfère ne pas devoir envisager cette hypothèse pourtant  inéluctable et qui sera d’autant plus pénible que l’on attendra pour s’y atteler sérieusement.

 

Petit commentaire :

 

 

Je partage entièrement le point de vue de Mr Ugeux lorsqu'il doute de la soultion miracle des "euro-obligations" ou "eurobonds". Au final, elles reposeraient sur la solidité des Etats européens, compte tenu que le budget de l'Union est ridicule (1% du PIB) et qu'il n'est pas près d'augmenter. La dette euroepéenne serait donc soumise à la pression des marchés au même titre que les dettes des Etats. C'est donc bien une fausse bonne solution.


Il faudrait en fait sortir de l'emprise des marchés en permettant aux banques centrales d'acheter les dettes souveraines des Etats, c'est-à-dire remettre en cause le traité de Maastricht, mais de façon claire et pilotée politiquement. Le rachat des dettes souveraines ne doit pas être laissé au bon vouloir de Mr Trichet, qui peut ainsi imposer ses choix aux gouvernements.


En revanche, je suis en complet désaccord avec Mr Ugeux lorsqu'il affirme en conclusion que les Etats doivent ajuster leurs budgets à leurs moyens. Les Etats ont au contraire d'ajuster leurs moyens à leurs besoins (dans une certaine mesure, bien entendu) via la fiscalité. En France, en ramenant les impôts nationaux à leur niveau de 1999, ce serait 80 milliards d'euros en plus pour le budget de la Nation. Sans compter la fraude fiscale... Les Etats, et notamment la France, ont les moyens de financer les besoins collectifs, il faut avoir le courage politique de le faire.

 

PP

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, dette, europe | | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.