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03 septembre 2011

La croissance n’est pas la solution

Depuis des années, les responsables politiques invoquent la croissance pour résoudre tous les problèmes. Réduire le chômage ? La croissance ! Financer la protection sociale ? Encore la croissance ! Réduire les inégalités (ou au moins les rendre acceptables) ? Toujours la croissance ! Diminuer le poids de la dette ? La croissance, la croissance ! Les éditorialistes de la presse économique se désespèrent sur la perte d’un quart de point de PIB ou bien s’extasient au moindre frémissement dans le sens inverse. Nicolas Sarkozy ne parlait-il pas d’aller « chercher la croissance avec les dents » ?

 

Mais, au fait, qu’est-ce que la croissance ? Il s’agit de la variation du Produit Intérieur Brut (PIB) qui totalise l’ensemble des valeurs produites dans un pays en une année, déduction faite de l’inflation. Il s’agit donc de la mesure de tout ce qui peut s’acheter et se vendre avec une valeur monétaire. Ainsi l’implantation d’une industrie polluante est « bonne » pour la croissance, de même que l’allongement des trajets travail-domicile (par l’augmentation de la consommation de carburants qu’ils engendrent), de même que les super-profits des établissements financiers… A l’inverse, le bénévolat, le travail domestique, le temps libre … sont « invisibles » pour la croissance.

 

Les exemples précédents suffisent à montrer la fragilité des arguments de ceux qui font de la quête permanente de la croissance l’alpha et l’omega des politiques économiques. Aujourd’hui de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’inanité d’une « croissance infinie dans un monde fini ». Ainsi, l’économiste britannique Nicholas Stern déclarait en 2009 : « Les pays riches vont devoir oublier la croissance s’ils veulent stopper le changement climatique ». La croissance se traduit en effet par une pression de plus en plus insupportable sur les ressources naturelles, et notamment les ressources non renouvelables. Depuis 1970, l’intensité en CO2 du PIB mondial a certes baissé de 40%, mais comme dans le même temps le PIB a été multiplié par 3, les émissions totales ont été multipliées par 1,9. Selon le Pnud, l’empreinte écologique par habitant des pays riches devrait être divisée par un facteur 3 à 5 d’ici 2050. Difficilement conciliable avec une poursuite de la croissance…

 

Lorsqu’on s’intéresse à l’impact de la croissance sur le bien-être des populations des pays riches, le bilan est pour le moins contrasté. Selon une étude de la New Economic Foundation, il n’existe pas de corrélation entre le PIB par habitant (en parité de pouvoir d’achat) et la « satisfaction de vie » dans le groupe des pays dont le PIB par habitant dépasse 15000 $ par an (soit la moitié du PIB/h en France). Certes, le bonheur est une notion particulièrement subjective, mais on retrouve ce phénomène concernant l’espérance de vie. Au-delà de 18000 $ par an, il n’y a plus de corrélation entre le PIB / habitant et l’espérance vie. Il faut sans doute y voir les conséquences du stress au travail, de l’alimentation trop abondante, de la pollution, des inégalités… Les progrès médicaux et sanitaires sont alors utilisés en grande partie pour réparer les dégâts du modèle productiviste. On pourrait multiplier les exemples dans de nombreux domaines (éducation, inégalités…). Nous verrons d’ailleurs au paragraphe suivant que, contrairement à ce que l’on nous répète, la croissance n’est pas la solution au chômage de masse.

Graph croissance.JPGLa croissance n’est pas la solution et il est fort probable qu’elle soit de plus en plus un problème. De toute façon, l’évolution des taux de croissance depuis cinquante ans traduit une baisse tendancielle. On peut même, sans grand risque de se tromper, parier sur la fin de la croissance. Mais cela n’est une tragédie que si l’on conserve un point de vue productiviste. Au contraire, cela doit nous inciter à imaginer un nouveau contrat social, à mettre en place une nouvelle organisation de notre économie, fondés sur des solutions démocratiquement débattues.

 

PP

08:04 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | |

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