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01 septembre 2011

Réaffirmer des principes simples

« Modèle anglo-saxon », « modèle scandinave », et maintenant « modèle allemand »…La recherche permanente de modèles par nos dirigeants est le signe d’un profond manque d’imagination. Essayer d’importer des solutions qui sont souvent le fruit de longues négociations, voire qui relèvent de spécificités culturelles, géographiques ou démographiques ne peut qu’aboutir à un échec. D’autant plus que les résultats de ces prétendus modèles sont souvent contrastés, voire porteurs de difficultés nouvelles (explosion de la pauvreté et de la précarité en Allemagne, par exemple). Il nous semble préférable de nous appuyer sur les incontestables atouts de notre pays (système éducatif, système de santé, infrastructures de qualité…) et sur une analyse de ses dysfonctionnements pour proposer une vision et un ensemble de mesures concrètes et cohérentes…Un « modèle » français en quelque sorte.

 

Pour fonder ce modèle, il est avant tout nécessaire de (re)construire et d’organiser la solidarité ou plutôt les solidarités au sein de la société : solidarité entre riches et pauvres, solidarité entre travailleurs et chômeurs, solidarité entre générations, solidarité entre biens portants et malades, solidarité entre territoires, …Il faut bien comprendre que la force d’une société se mesure à celle de ses éléments les plus faibles. En période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables les efforts d’ajustements. Nous devons nous s’opposer à cette tendance « naturelle » et notamment refuser de tomber dans l’alternative caricaturale et stérile « assistanat / responsabilisation ».

 

Pour cela, il est nécessaire de s’attaquer frontalement à l’un des fléaux des sociétés modernes : le chômage de masse, qui touche à des degrés divers près de 6 millions de personnes en France. Depuis 25 ans, la peur du chômage et de la précarité a provoqué une telle perte de pouvoir de négociation des salariés que la part des salaires (salaires et cotisations) dans le PIB a chuté entre 5 et 11 %, selon les estimations. De plus, comme le soulignait Jean-Paul Fitoussi (directeur de l’OFCE) dès 2001, « s'il n'est pas porté remède au chômage, le recul de l'âge de la retraite ne sert à rien. Cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu'ils manquent déjà de travail. Les inégalités entre générations ne viennent pas du problème des retraites mais de l'emploi. Le vrai problème, c’est le chômage». Au-delà de ces aspects macro-économiques, il convient de mesurer à quel point le chômage peut avoir des conséquences délétères sur les individus : perte de confiance en soi, déstructuration de la vie sociale…

 

L’autre grand fléau contre lequel il faut lutter avec opiniâtreté est la persistance, voire la montée des inégalités. Il convient de mesurer à quel point les inégalités, loin de dynamiser la société, ne font que susciter des frustrations. Ces frustrations sont par ailleurs exacerbées par un marketing outrancier qui flatte les pulsions consuméristes et érige l’ostentation et l’accumulation « biens positionnels » en valeurs fondamentales. Un système qui n’est pas fait pour répondre à des besoins, mais pour produire des désirs à des fins lucratives est particulièrement nocif, notamment pour les plus pauvres, et conduit à des gaspillages collectifs. Comme le soulignait déjà en 1976 l’économiste Fred Hirsch, « quand tout le monde se dresse sur la point des pieds, personne ne voit mieux que les autres ». Ainsi, plutôt que de s’épuiser à rester sur la pointe des pieds, il faut promouvoir la coopération et la délibération sur des besoins raisonnables et des limites admises dans un cadre plus égalitaire et moins concurrentiel

 

Les inégalités de revenus et celles encore plus considérables concernant le patrimoine, conditionnent en grande partie les inégalités en matière éducative, d’accès aux soins, au logement…C’est pour cela qu’il est nécessaire de réaffirmer avec force le rôle de la puissance publique dans des domaines que le secteur concurrentiel ne peut prendre en compte de façon satisfaisante : l’éducation, la santé, la justice, l’énergie, l’eau, les infrastructures, la protection sociale,… Les citoyens devront être étroitement associés aux délibérations collectives visant à définir les objectifs des services publics. Ils devront également être partie prenante dans l’évaluation de la qualité des résultats obtenus, sur la base de données fiables et largement accessibles.

 

Il est également nécessaire de réaffirmer le rôle de l’Etat en matière de politique économique. Il s’agit en effet de promouvoir un modèle économique équilibré qui combine efficacement industrie et services. Pour cela, il s’agit de susciter et d’organiser l’innovation technologique qui devra permettre à notre économie de se positionner sur les créneaux d’avenir. Car, même dans un monde où les services prennent une part de plus en plus importante, il sera toujours nécessaire de fabriquer des objets bien réels. Il s’agira aussi de définir et de structurer les nouveaux services (petite enfance, dépendance…) sur la base de choix démocratiques partagés. Ce modèle économique devra bien évidemment intégrer les impératifs de la transition écologique, ce qui ne pourra pas se faire sans une planification rigoureuse et des moyens financiers importants. Il conviendra également de renforcer la démocratie au sein des entreprises en s’inspirant notamment des pratiques de l’économie sociale et solidaire, et notamment des coopératives.

PP

08:03 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chômage, inégalités, protection sociale, santé, éducation | | |  Facebook | | |

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