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10 septembre 2011

La réforme fiscale de Hollande a du plomb dans l'aile


Le 24 Août, pour trouver des solutions à la sortie de la crise, François Hollande a réuni autour de lui quelques économistes dont Elie Cohen et Philippe Aghion, professeur de la très progressiste université d’Harvard. Est-ce le bon choix ? En s'entourant de tels conseillés, la réforme fiscale du candidat ne risque-t-elle pas de faire long feu ?

 

(Capture d'écran Dailymotion - Partisocialiste - cc )
Rappel des faits  

Dans la perspective de l’élection de 2012, trois économistes, Camille Landais, Emmanuel Saez et Thomas Piketty ont analysé le système fiscal français. Ils démontrent que « tous prélèvements confondus, les taux d’imposition sont plus élevés pour les ménages les plus modestes et s’abaissent pour les plus riches ». Forts de cette constatation, ils suggèrent qu'un nouvel impôt sur le revenu remplace la CSG, la prime pour l’emploi et évidemment l’actuel impôt sur le revenu. Une telle réforme aurait pour conséquence d’augmenter un peu - rien qu'un peu - l’impôt des plus hauts revenus. Une réforme qui n'a rien de révolutionnaire mais est juste éthique. 

En fin politique, au moment où les porte-paroles du libéralisme ont de plus en plus de mal à cacher les inégalités qui se creusent, François Hollande sent rapidement qu’il peut construire sa candidature sur cette idée. Elle porte, et le sympathique candidat se retrouve en tête des sondages pour les primaires. Alors, qu'est ce qu'il est allé faire avec ces deux économistes libéraux qui sont contre cette réforme fiscale ?  

Car Elie Cohen et Philippe Aghion sont contre. Dans Le Monde du 24 mars 2011, ils attaquent avec virulence les propositions des trois économistes. La charge est ultra violente et utilise toutes les litotes de la contre révolution libérale. « Un tel système peut décourager l’innovation et la croissance » affirment-ils du haut de leurs indiscutables compétences. Toute la grammaire libérale y passe. Ces « prélèvements (…) deviennent » quoi ? « rapidement confiscatoires ». Une telle fiscalité va décourager « l’entrée sur notre sol d’entrepreneurs innovants », elle « encourage la fuite des cerveaux »… Et d'un seul coup nous serions plus confiscatoires que la Suède. 

Les trois économistes ont évité de justesse la comparaison avec la Corée du Nord, et le qualificatif de  Stalinien. De justesse. 

Pour compenser la banalité de leurs propos et la violence de leur charge, nos deux auteurs affichent leurs titres les plus prestigieux. Elie Cohen joue le modeste, il n’utilise que son titre de directeur de recherche au CNRS,alors qu'il est aussi professeur à Sciences Po, membre du CAE... Philippe Aghion se présente comme professeur d’économie à Havard.

Evidemment progressistes, nos deux économistes ne peuvent pas en rester là. Ils veulent enterrer la réforme sans passer pour des soutiens aux plus riches. Alors, nos deux héros invitent à continuer à travailler. « Une autre révolution fiscale est possible ». Et comme à la grande époque de la conversion de la gauche au marché, ils invitent ceux qui souhaitent travailler sur le sujet à chercher une « voie pour une gauche qui chercherait vraiment à se moderniser ». Exit les archaïques. Fermez le ban.  

Avec de tels conseillers, après son élection, François Hollande va nous expliquer que : « c’est vrai, la situation est intolérable. Nous avons raison, mais il ne peut pas faire autrement. Il n’y a pas d’alternative »… Les paris sont ouverts.   

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fiscalité, impôts, parti socialiste, primaires | | |  Facebook | | |

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