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22 septembre 2011

Les dépenses publiques en Allemagne : d’où proviennent les écarts avec la France ?

Extraits du billet paru sur le blog d'Arnaud Lechevalier :

"En Allemagne, suite au « choc » de la réunification et surtout dans le cadre de l’Union Economique et Monétaire, les élites gouvernementales successives ont fait, au cours de ces dernières années - du Standortdebatte (l’Allemagne comme lieu de production et d’investissement) du milieu des années 1990 à « l’Agenda 2010 » du début des années 2000 -, le choix de l’intégration économique croissante et de la compétitivité au détriment d’autres objectifs internes, en opposant la compétitivité à la solidarité. L’extraversion exceptionnellement rapide de l’économie allemande qui en a résulté, sans équivalent pour aucun « grand » pays  développé - la part des exportations rapportée au produit intérieur brut (PIB) est passée d’un quart à la moitié entre 1996 et 2008 -, s’est accompagnée d’une contraction de la dépense publique et d’une série de transformations des objectifs assignés aux politiques publiques. Comparativement, si les grandes entreprises françaises se sont bien internationalisées, jusqu’à se désolidariser complètement du territoire national, le mode de croissance en France, porté par une croissance démographique plus dynamique, est demeuré centré sur la demande interne, soutenue par des dépenses publiques plus importantes."

 

(...)

 

"A cet égard, la République Fédérale d’Allemagne représente un cas original d’un pays avec un emploi public direct traditionnellement plus faible qu’ailleurs, à l’exception de l’administration générale, qui a opté résolument depuis quinze ans, pour le new managment  en matière de sous-traitance et surtout d’externalisation de l’emploi public - tout particulièrement au niveau des collectivités territoriales. L’austérité budgétaire s’y est traduite parallèlement par un faible investissement dans le capital physique et surtout humain  - notamment en raison de dépenses dans le système scolaire pré-primaire et, à l’autre bout, de taux d’accès et de diplômés de l’enseignement supérieur toujours très inférieurs à la moyenne des pays comparables. Malgré les coupes dans les dépenses de protection sociale dans le cadre de « l’agenda 2010 », l’Allemagne demeure encore dans le haut de la moyenne des Etats membres de la zone euro pour l’ensemble « protection sociale et transferts sociaux en nature »."

 

 

(...)

 

"Les enseignements tirés par le SPD de la situation en Allemagne

Pour conclure, il vaut la peine de s’intéresser au bilan que dresse aujourd’hui le SPD des politiques budgétaires et fiscales conduites par les gouvernements allemands successifs au cours de ces dernières années (pour rappel : le SPD a été au pouvoir, avec les Grünen puis la CDU de 1998 à 2005) et les perspectives qu’il en tire dans un document qui vient d’être rendu public : « un pacte pour l’éducation et le désendettement ». Le constat synthétise quelques éléments clés : il met en effet en avant un système éducatif « sous-financé », des collectivités territoriales qui sont à « la limite de leur capacité d’action », tout particulièrement les communes « qui ont perdu leur autonomie [budgétaire] et ferment leurs institutions culturelles et sociales ». Observant que le « taux d’investissement public est sous la moyenne » (européenne), il fait état de la nécessité « de mettre les moyens (nécessaires) à disposition ». Soulignant la réduction des recettes publiques (hors charges d’intérêt et subventions aux régimes d’assurances sociales) disponibles pour la dépense des collectivités publiques, le document fait état parallèlement de l’accroissement « dramatique » des inégalités intervenues ces dernières années à la fois au sein des revenus du travail et entre les revenus du travail et les revenus du capital.

Sur la base de ce bilan, le SPD présente son programme en matière de finances publiques pour la prochaine législature. On en retiendra (en l’absence de tout cadrage macroéconomique) : la priorité donnée à la réduction de la dette publique, malgré une hausse programmée - mais limitée - de la dépense publique en faveur de l’enseignement et de la prise en charge de la petite enfance, des collectivités territoriales et de diverses prestations sociales (dont une assurance maladie universelle budgétée a minima), grâce à une hausse des prélèvements. Sont ainsi programmées : une suppression de la TVA réduite dans l’hôtellerie (voir ici pour une brève mise en perspective) et un « toilettage » plus général de l’assiette de la TVA à taux réduit ; la réintroduction d’un - modeste - impôt sur le patrimoine des ménages et des entreprises et une réforme de l’impôt sur les successions ; une hausse de l’impôt sur les déchets nucléaires en même temps que la suppression de quelques niches fiscales (la matière est moins abondante qu’en France) peu écologiques - sans oublier la mention d’une taxe sur les transactions financières à l’échelle de la zone euro. La réforme la plus symbolique est la hausse annoncée des taux marginaux de l’impôt sur le revenu. A y regarder de plus près, elle est en effet assez symbolique. Il est néanmoins significatif, que c’est en promettant des hausses d’impôts, plus de redistribution et de dépense publique, que le SPD, a aujourd’hui en Allemagne les meilleures chances de désigner le futur Chancelier ; tandis que le FDP, réduit à son slogan sur les baisses d’impôt, s’effondre… La fin d’une ère."

 

 

Pour plus de détails, lire les études détaillées sur le blog.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, protection sociale, mondialisation, inégalités | | |  Facebook | | |

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