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13 octobre 2011

Primaires socialistes : 1er tour et après ?

Le premier fait marquant, outre l’importante participation, du premier tour des primaires socialistes est sans conteste le très bon score d’Arnaud Montebourg (17%). Ce que certains ont qualifié de « surprise » n’est que le logique aboutissement d’une démarche originale s’appuyant sur une réflexion structurée et n’hésitant pas à proposer des solutions radicales.

 

Le second fait marquant est le score relativement proche de François Hollande (39%) et Martine Aubry (30%). Nous n’avons donc pas assisté à la « déferlante » Hollande que nous annonçaient les sondages. Cela reflète sans doute la relative proximité idéologique et programmatique des deux favoris. Les électeurs ont vraisemblablement eu des difficultés à distinguer, au-delà des divergences sur la mise en place de telle ou telle mesure technique («contrat de génération» versus « emplois d'avenir »), les réels clivages qui pouvaient les séparer…peut-être parce qu’il n’y en a pas !?

 

Il est d’ailleurs frappant de constater que là où Arnaud Montebourg met en avant ses idées, Martine Aubry met en avant sa détermination, le concept de « gauche dure » (par opposition à la « gauche molle », suivez mon regard !) et François Hollande s’appuie sur sa « normalité et une gravité, une solennité un peu surfaites. Certes, Arnaud Montebourg n’est pas exempt de travers et certains pourront lui reprocher son emphase un peu excessive et ses effets de manches, mais ce que l’on a retenu, ce sont quand même et avant tout ses idées : mise au pas de la finance, démondialisation, capitalisme coopératif et 6ème République…

 

Après avoir soutenu Arnaud Montebourg pendant le 1er tour, j’avoue avoir des difficultés à me prononcer pour l’une ou l’autre des « finalistes ». A cet égard, je trouve intéressante et cohérente la démarche d’Arnaud Montebourg d’écrire une lettre ouverte leur demandant de se prononcer sur trois sujets clés : mise au pas de la finance, encadrement du libre-échange, 6ème République ( Lettre AM.pdf ). Là où un Manuel Valls rentre dans le rang (à la niche !?) dès le soir dur 1er tour, là où une Ségolène Royal se range au vote « utile » (et on eut comprendre que ça a dû lui en coûter…), Arnaud Montebourg ne donne pas de chèque en blanc et demande à ce que ses idées soient prises en compte avant de s’engager. Tout ce que je souhaite, c’est que sa détermination à transformer le système économique et social ne soit pas soluble dans les tractations maroquinières ministérielles….

 

Quoiqu’il en soit, en tant que militant socialiste, il me semble nécessaire qu’il prolonge cette dynamique en présentant une motion lors du prochain Congrès du Parti Socialiste, afin de lui donner un nouveau souffle, de lui permettre d’entrer à nouveau en résonance avec le peuple de gauche. Car le candidat aux primaires a su aborder les vrais problématiques, a su parler DU peuple et AU peuple, de son quotidien, de ses difficultés : la faiblesse des salaires, le chômage, le délitement des services publics,… Mais il a surtout su pointer du doigt les véritables coupables, qui ne sont pas les travailleurs chinois, mais un système financier prédateur, des grandes entreprises qui mettent sous pressions leurs salariés et sous-traitants au bénéfice exclusif d’actionnaires devenus les parasites du système économique. Et il a remis au goût du jour un certaine forme de radicalité dans ses propositions, en s’appuyant notamment sur la souveraineté nationale. Contrairement à ce que rabâchent les commentateurs paresseux, il ne s’agit pas plus de reprendre les idées du Front National que de se « bunkériser » derrière nos frontières, il s’agit au contraire de rendre au peuple français sa pleine souveraineté, aujourd’hui partiellement confisquée par une Europe dont le fonctionnement n’est pas démocratique. Il s’agit de prendre acte que l’espoir de faire avancer les choses par les négociations multilatérales et le consensus est vain et qu’il est temps de prendre des mesures unilatérales, afin de « montrer l’exemple ».

 

Car, comme le souligne l’économiste Jacques Généreux dans son dernier ouvrage (Nous on peut !), « si, réellement, les gouvernements n’ont plus le choix en matière d’impôts, de dépenses publiques et de partage des richesses, s’ils ne peuvent plus que s’adapter aux standards dictés par la compétition internationale, alors le vote des citoyens est parfaitement superflu. Si vraiment l’essentiel de ce qui relève de la souveraineté populaire est en fait déterminé par la pression des marchés et par la volonté des gestionnaires de capitaux, alors la démocratie n’est plus qu’une lubie ».

 

Il serait vain d’attendre l’avènement d’une « démocratie mondiale », voire l’union des « travailleurs de tous les pays » qu’espèrent les internationalistes béats. C’est pourquoi, « la première étape logique dans la reconstruction d’une coopération démocratique entre les peuples européens, comme entre les peuples du monde, consiste à restaurer d’abord toute la souveraineté populaire abolie par la mondialisation du capitalisme, là où elle peut s’exercer dans l’immédiat, c’est-à-dire au niveau national. Si, en effet, ce sont bien les peuples qui maîtrisent la conduite des politiques au niveau national, alors tout processus d’intégration supranationale éventuellement nécessaire se fera uniquement selon des modalités qui étendent la démocratie et promeuvent les biens communs à tous les peuples. (…) Ce défi peut être relevé en suivant le cap d’un nouvel internationalisme fondé sur la coopération des peuples souverains. Mais cela suppose au préalable de faire sauter le verrou de la prétendue impuissance des nations. Cela suppose aussi qu’existe dans le pays une nouvelle force politique à gauche. A défaut, il ne reste en effet que les sociaux-démocrates et les écologistes pour assurer l’alternance au pouvoir avec la droite. Mais c’est une alternance sans alternative politique effective puisque ces forces refusent de rompre unilatéralement avec les normes antidémocratiques instituées, de fait, par la liberté des marchés et, en droit, par les traités européens et des organisations internationales. » (extrait de l’ouvrage de Jacques Généreux cité plus haut).

 

C’est ce qu’Arnaud Montebourg résumait en citant le philosophe allemand Jurgen Habermas : « La mondialisation, c'est l'effondrement du pouvoir d'achat du bulletin de vote ». La démondialisation, c’est donc rendre son pouvoir d’achat au bulletin de vote. Ce n’est pas un concept si ringard ou archaïque que ça…et on peut même espérer qu’il soit promis à bel avenir !


PP

07:59 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : primaires, ps, montebourg | | |  Facebook | | |

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