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17 novembre 2011

La rigueur, dernier symptôme de la crise démocratique

« Le mot faillite n’est plus un mot abstrait » a déclaré François Fillon le 7 novembre 2011, lors de la présentation du deuxième plan de rigueur. Il en jubilait presque, l’austère qui ne se marre pas. Il aurait pu ajouter : « Je vous l’avais bien dit ! ». En effet, dès 2007, il nous annonçait déjà qu’il était « à la tête d’un Etat en faillite ». Il avait doublement faux : il n’est pas à la tête de l’Etat (c’est Nicolas Sarkozy qui est à la tête de l’Etat, François Fillon n’est que son « collaborateur » selon ses propres termes) et la France n’est pas en faillite, pas plus aujourd’hui qu’hier. Un Etat ne peut pas faire faillite : on ne peut pas « fermer » un Etat et licencier ses habitants ! Ce sont les créanciers qui ont le plus à craindre dans l’histoire, et pourtant ce sont qui mènent la danse.

 

Les plans de rigueur semblent être désormais le mode de gouvernement, voire de « gouvernance », privilégié dans les pays européens. Certains sont décidés sur un coin de table, comme en Italie où Silvio Berlusconi annonce dans une lettre à destination des autres dirigeants européens des décisions aussi « insignifiantes » que le recul de l’âge de la retraite à 67 ans et la libéralisation du marché du travail (mesures non votées…pour l’instant). Certains sont bricolés à la va-vite comme en France, où les deux plans de rigueur d’août et de novembre 2011 regroupent pas moins de 25 mesurettes hétéroclites (taxe sur les sodas, augmentation des prix du tabac, taxe sur les mutuelles, modifications des revalorisations des allocations familiales, gel du barème des impôts, relèvement du taux réduit de TVA…). Tous, au final, s’avèreront inefficaces comme le cas grec l’a prouvé où les sévères mesures d’austérité ont conduit à une récession aggravée, et donc à une augmentation de la dette qu’ils prétendaient combattre.

 

La rigueur semble être l’horizon indépassable promis aux peuples européens, sous prétexte que les « marchés » la demandent. Mais est-ce bien sûr ? Les marchés, composés d’épargnants qui ont acheté des obligations d’Etat veulent peut-être « seulement » être remboursés. C’est le conformisme et le manque d’imagination des dirigeants européens qui les conduit à interpréter cette attente comme une demande de baisse aveugle de la dépense publique. Il est vrai aussi que ça arrange bon nombre d’entre eux, car cela leur permet de légitimer le démantèlement de la puissance publique : « ce n’est pas de notre faute, c’est les marchés ».

 

Dans l’émission « Mots croisés », le politologue Dominique Reynié (au passage un politologue est censé étudier la politique, alors que Mr Reynié en fait ouvertement…et plutôt à droite) allait plutôt dans ce sens en disant qu’il ne faut pas parler de « rigueur », mais de « révolution ». Selon lui, nous sommes en train déconstruire petit à petit le modèle des trente dernières années (les acquis sociaux, l’Etat providence…). Il a quand même concédé qu’il fallait le remplacer par « autre chose ». On voit bien la déconstruction, en revanche « l’autre chose » tarde à se profiler…

 

C’est peut-être cela qu’a voulu dire François Hollande en affirmant qu’il voulait « donner du sens à la rigueur ». Toutefois, on peut lui reprocher de s’inscrire d’emblée dans les schémas existants, de jouer avec les règles de ses adversaires…

 

N’y a-t-il pas un rapport de force à créer avec les marchés ? Ne dit-on pas : «  Quand vous devez 10 000 € à la banque, la banque vous tient. Quand vous devez 10 million d’€ à la banque, c’est vous qui tenez la banque » ?  Si tous les Etats européens se mettaient d’accord, ils pourraient sans aucun doute renégocier leurs dettes. De toutes façon, quand plus aucun pays ne sera « triple A », que se passera-t-il ? Tant que certains Etats (notamment la France et l’Allemagne) sont encore « «AAA », leurs dirigeants sont enclins à tout faire pour garder ce sésame vers l’endettement à faible taux. S’ils le perdent à leur tour, accepteront-ils de voir s’envoler les taux d’intérêts ou exploreront-ils enfin d’autres solutions ? Mais d’ici là que de sacrifices inutiles pour les peuples ! Car des solutions alternatives à la baisse des dépenses publiques existent et mériteraient d’être sérieusement étudiées. Il y a bien sûr la monétisation de la dette publique, c’est-à-dire son financement par la banque centrale, soit directement, soit par le biais d’un organisme public national qui pourrait emprunter à la BCE. Inflationniste, diront certains ? Pourquoi alors la création monétaire lorsqu’elle est le fait des banques privées serait-elle autorisée ? Et puis, la création monétaire est inflationniste lorsque l’économie tourne à plein régime, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

 

L’autre argument pour expliquer la situation des Etats européens est le « laxisme budgétaire des trente dernières années » (dixit François Fillon). A cela, on peut répondre que des pays comme l’Espagne ou l’Irlande étaient présentés comme des modèles de gestion des finances publiques, avant que l’endettement privé excessif ne les contraigne à faire exploser leur dette publique pour renflouer leur secteur bancaire et soutenir l’activité. Car n’oublions pas que les origines de la crise actuelle sont avant tout liées aux dérives du secteur bancaire et les Etats ont été appelés à la rescousse pour relancer l’activité. Il y a deux ans encore, on ne parlait pas de plans de rigueur, mais de plans de relances… A cet effet conjoncturel s’ajoute un effet structurel qui n’est pas la dérive des dépenses, mais la baisse des recettes. En France, par exemple, un rapport parlementaire chiffre à 100 milliards les pertes de recettes liées aux réformes fiscales menées depuis 2000. On a perdu de vue que les Etats ont la possibilité de fixer leurs recettes en augmentant les impôts. Il s’agirait d’annuler « l'effet jackpot » de ces dernières années : avec l'argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres (porteurs d'intérêts) de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d'impôts...

Pour une liste plus complète des pistes à explorer...

 

Pour l’instant, les pays européens s’imposent des « règles d’or » afin de contraindre encore plus leur politique budgétaire. Ils renoncent sans débat préalable, via le « semestre européen », à une part supplémentaire de leur souveraineté en confiant la surveillance de leur budget à la Commission européenne, entité non démocratique qui n’a pas de comptes à rendre devant le Parlement européen.

 

Une autre forme d’abandon de souveraineté commence à voir le jour dans les pays en difficulté (Grèce, Italie) : l’avènement de gouvernements « d’union nationale » ou de gouvernements « techniques ». Mis en place sous la pression des « marchés », ces gouvernements n’engageront pas de réformes radicales et seront plus malléables. De plus, ils n’ont pas de mandat du peuple. Pas plus que Merkel et Sarkozy n’ont de mandat pour imposer leur diktat aux autres pays européens, et notamment aux grecs. Pour justifier ces accommodements avec la démocratie, on nous répète que « pendant la tempête, il faut un capitaine qui décide rapidement ». Donc pas le temps de débattre, encore moins de voter… Sauf que le mandat du capitaine est à peu près clair : sauver son bateau et son équipage et les ramener à bon port. Or dans le cas des qui nous préoccupe, le mandat que ce sont octroyés nos dirigeants n’est pas certainement pas celui que lui aurait confié le peuple s’il avait été consulter, à savoir « assurer le plein emploi, la cohésion sociale », mais plutôt « sauver le triple A », voire « sauver les établissements financiers ».

 

Ainsi, la crise, d’abord bancaire, devenue crise financière, puis crise économique, puis crise sociale est désormais une crise démocratique. Les peuples n’ont plus confiance dans ceux qui sont censés les représenter, mais qui semblent de plus en plus déconnectés des réalités et ne plus avoir d’autre recours que la gesticulation sur des sujets secondaires. Ainsi, Nicolas Sarkozy a ressorti son vieux cheval de bataille de la « lutte contre la fraude sociale ». Comme si la vraie fraude n’était pas ailleurs, du côté par exemple de la fraude fiscale, voire de l’optimisation fiscale que pratiquent en toute légalité ses amis du Fouquets’s ?

 

La proposition d’Arnaud Montebourg visant à limiter à 67 ans l’âge des candidats socialistes aux législatives, au-delà du côté « pavé dans la marre », semble intéressante dans la mesure où elle interroge le fonctionnement même des partis politiques, au-delà du seul PS. En effet, en théorie, un parti politique est fait pour proposer des idées, mais aussi pour faire émerger, parmi ses militants, ceux qui sont le mieux à même de les mettre en pratique. Or, les partis sont surtout composés d’élus dont une des préoccupations est de faire le vide autour d’eux afin d’assurer leur réélection. Ce qui explique par exemple, que l’Assemblée nationale compte 9 élus de plus de 60 ans pour 1 de moins de 40. Mais l’âge n’est pas le seul facteur discriminant : il n’y a quasiment pas d’ouvriers parmi les députés, alors que les médecins, les enseignants et les hauts fonctionnaires sont sur-représentés… Comment alors parler de « représentation nationale » ?

 

Ce faisant, les partis concourent à la sclérose de notre démocratie, mais aussi ils privilégient le côté gestionnaire, au détriment des propositions de changement. Depuis des années, le Parti Socialiste est d’ailleurs incapable de formuler un projet mobilisateur et clair pour le peuple de gauche. Invoquer les candidatures « parasites » pour expliquer les échecs, compter sur l’anti-sarkozysme pour espérer une victoire, tout cela finit par être un peu court.

 

Certains proposent de désigner le Président de la République par … tirage au sort. Sans peut-être aller jusque là, il est nécessaire de mettre en chantier la rénovation de notre démocratie pour garantir une vraie représentativité de nos dirigeants, une réelle responsabilité devant le peuple redevenu souverain. Même un ultra-modéré comme Jean-Pierre Jouyet prédit que les citoyens se « révolteront contre la dictature des marchés ».

 

Effectivement, tout le monde a le sentiment que ça ne peut plus durer comme ça.

Le changement se produira-t-il de façon civilisée ou au contraire de façon brutale ? C’est toute la question…

 

PP

08:20 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : crise, démocratie, austérité, rigueur, sarkozy, fillon | | |  Facebook | | |

Commentaires

Monsieur Sarkozy actuellement en campagne sur tous les fronts et avec les fonds publics (Vendredi meeting à Avignon) pour tenter sa réélection de 2012 a réussi à avoir le triple A de façon définitive:

Augmentation générale des taxes et des impôts
Augmentation de la dette de la France
Augmentation du chômage.

Quelle efficacité cet homme!!!!!

Écrit par : Indigné | 17 novembre 2011

"Un Etat ne peut pas faire faillite : on ne peut pas « fermer » un Etat et licencier ses habitants !"

La métaphore de la " faillite" éventuelle d' un Etat ne veut pas dire cela.

Elle signifie qu' un Etat ( la Grêce par exemple ) , faute de recettes suffisantes ( impôts et emprunts),se trouve dans la situation de ne plus pouvoir être en mesure de faire face à ses engagements, à l' instar d' une entreprise qui ne peut pas payer tout ou une partie des fournisseurs et de ses salariés .

Lorsqu ' un Etat ne dispose plus assez d' argent pour payer ses salariés que sont les fonctionnaires ( actifs et retraités de la fonction publique ) deux solutions s' offrent à lui: soit emprunter auprès de quelqu' un qui a vraiment de l' argent ( actuellement les vilains " marchés" ) ou soit baisser ses dépenses parmi les quelles figurent le traitement de ses fonctionnaires.

Donc, la faillite d' un Etat peut très bien contraindre à obliger celui-ci à non pas " licencier ses habitants" mais un partie de son personnel s' il choisit cette voie.


Ce sont les créanciers qui ont le plus à craindre dans l’histoire, et pourtant ce sont qui mènent la danse".

Les créanciers ( chine, pays de l' OPEP,...)ne perdront que l' argent qu' ils ont imprudemment prêté.Par contre les emprunteurs ne pourront plus désormais emprunter à ces derniers .Or, les Etats endettés vivent sous perfusion de crédits...Ca rigolera donc moins côté emprunteurs.

S' agissant de monétiser la dette,il convient de noter que que la BCE ne dispose d' aucune ressources financières mais simplement d' une capacité d' emprunter auprès des " méchants" marchés.

Enfin,l’inflation qui présente en effet « l’avantage » de diminuer d’autant le poids de la dette publique est aussi comme le dentifrice : c’est plus facile de le faire sortir du tube que de l’y faire rentrer. C’est facile de provoquer de l’inflation, ça l’est moins de la faire disparaître.Faut pas jouer avec.

Écrit par : jane | 17 novembre 2011

@ jane

Un Etat n'est pas un acteur économique comme les autres dans la mesure où il peut contraindre les autres acteurs. Il a donc d'autres moyens que d'emprunter ou baisser les dépenses : il peut augmenter ses recettes via les impôts, il peut restreindre les mouvements de capitaux, il peut décider de se financer via la banque centrale...

Les Etats-Unis n'hésitent pas à recourir au financement du déficit public par la Federal Reserve. La Grande-Bretagne a monétisé, via la banque d'Angleterre, la quasi-totalité de ses déficits en 2009 et 2010. Cela n'a pas causé d'inflation.

Intéressez-vous au principe de la création monétaire, vous verrez qu'il n'y a pas de raison d'en laisser l'exclusivité aux banques privées comme c'est le cas aujourd'hui.

Quant aux prêteurs, l'Europe dispose de suffisamment d'épargne pour s'en passer. Et puis, si tous les Etats sont jugés défaillants, que feront-ils de leur montagne d'argent ? Ils pourraient par exemple la consacrer à développer leur consommation intérieure, leur protection sociale...

Écrit par : Pierre POLARD | 18 novembre 2011

"Un Etat n'est pas un acteur économique comme les autres".

Oui, il ne crée pas de richesse.

"il peut augmenter ses recettes via les impôts"

Oui à la condition que cela soit socialement tolérable.La France n'a quasi pas de marge de manoeuvre en la matière du fait que le taux des prélèvements obligatoires français ( 54% ) est l' un des plus élevé du monde.Ce qui n' est pas le cas de la Grêce.La suppression des niches fiscales paraît être le seul levier fiscal mais cela est insuffisant au regard du montant ( 1700 milliards ) du déficit de la France.

"Les Etats-Unis n'hésitent pas à recourir au financement du déficit public par la Federal Reserve".

Vous avez adoré la crise des subprime de 2008 vous adorerez celle de la dette américaine de 2012 qui se profile ! Je prends les paris.

"Quant aux prêteurs, l'Europe dispose de suffisamment d'épargne pour s'en passer".

Ah bon alors pourquoi ne l' a-t-elle pas fait précédemment ?

Cet épargne dont vous parlez,les Etats étant sans le sous et en déficit chronique , j' imagine qu' il s' agit de celui des épargnants privés comme vous et moi ? Vous le prenez comment tout cet argent qui dort dans les contrats d' assurance vie et sur les livrets A ? par un grand emprunt obligatoire ou par une super taxation confisquatoire ?

Dans le cas de l' option du grand emprunt j' observe qu' il faudra rembourser...avec quelle croissance? Cette dernière est de 1% depuis 15 ans en France et ce bien avant la crise de 2008.

Quant à l' option d' une super taxation confisquatoire on passerait du coup au socialisme réel rêvé par certains...

"Quant aux prêteurs (...) ils pourraient par exemple la consacrer à développer leur consommation intérieure, leur protection sociale......) "

D' accord avec vous.Il est scandaleux que le peuple chinois ne profite pas de la richesse produite par son travail mais servent à permettre à nous autres européens et américains de consommer à crédit et à payer nos fonctionnaires à crédit.

Écrit par : jane | 18 novembre 2011

Un Etat ne crée pas de richesse ? L'éducation, ce n'est pas une richesse ? La santé? la sécurité ? Tous les biens et services publics sont des richesses.

54%, d'accord, mais l'Etat ne garde pas tout pour lui! Le taux de prélèvement obligatoire inclut la protection sociale, qui se traduit par une redistribution sous forme de remboursements des soins, allocations... Dans les pays anglo-saxons, il faut ajouter au taux de prélèvements, les cotisations "volontaires" aux assurances privées...pour un service rendu moindre qu'en France (cf. coût du système aux Etats-Unis).
En 1999, les recettes de l'Etat (hors Sécu) représentaient 18,3% du PIB. En 2008, cela ne représentait plus que 14,1 % soit une perte de 82 milliards d'€.

Financer une partie de la dette publique par la banque centrale ne doit pas signifier laxisme budgétaire. Il s'agit de desserrer la pression de la charge de la dette et d'éviter que les intérêts liés à la création monétaire profitent exclusivement aux institutions financières privées.

Les pays européens ont fait le choix de libéraliser les marchés de capitaux et d'obliger les Etats à s'endetter auprès de ces marchés (cf. loi de 1973 en France, entérinée par le traité de Maastricht). En contrôlant les mouvements de capitaux, on peut obliger les institutions financières résidentes à détenir une certaine part des obligations souveraines du pays. Cela évite la dépendance par rapport à l’étranger (cas du Japon où la dette qui s'élève à 200% du PIB est détenue presque exclusivement par des japonais).

Écrit par : Pierre POLARD | 19 novembre 2011

"Un Etat ne crée pas de richesse ? L'éducation, ce n'est pas une richesse ? La santé? la sécurité ? Tous les biens et services publics sont des richesses".

Ce sont les entreprises d' un pays uniquement qui produisent sa richesse hormis les pays dotés de rentes du type pétrolier.Sinon, pourquoi des pays pourvus d' un Etat fort tels que la chine de Mao,l' Albanie d' enverhoja ou Cuba sont pauvres.L' Etat de la Corée du Sud est riche de ses entreprises (samsung,...) tandis que celui de la Corée du Nord est pauvre en entreprises.

La faiblesse de la croissance française tient en grande partie dans sa lente désinstrialisation.

Notre éducation nationale,notre système de santé,notre système de sécurité civile ou militaire ( policiers,gendarmes et soldats, juges et gardiens de prison et armée ) ne sont que les divers formes d' affectation de l' argent du contribuable et des prêteurs, conformément aux choix politiques de l' Etat français.

Si un Etat dispose de recettes ( impôts et emprunts) en suffisance alors il sera en mesure de recruter le nombre efficient de professeurs,de policiers,de chirugiens et d' infermières,...qu' il juge nécessaire au bien être de la population et de construire les infracstructures dont le pays a besion (écoles,hopitaux, routes, rail,logements sociaux,etc,...).

Le bon niveau de services publics n' est que le reflet des choix budgétaires effectués jusqu' à présent et la preuve du faible niveau de corruption de nos administrations.


"Financer une partie de la dette publique par la banque centrale ne doit pas signifier laxisme budgétaire. Il s'agit de desserrer la pression de la charge de la dette et d'éviter que les intérêts liés à la création monétaire profitent exclusivement aux institutions financières privées".

Je suis d' accord mais la tentation est grande pour un Etat d' utiliser sa banque centrale comme planche à billets.Avec des dirigeants politiques sans volonté c' est comme donner la clé du bar à un alcoolique...

"on peut obliger les institutions financières résidentes à détenir une certaine part des obligations souveraines du pays".

C' est bien ce que je redoutais:cela reviendrait à obliger le cafetier ( banquiers ) à donner une ou plusieurs bouteilles d' alcool à notre Etat intempérant.

Écrit par : jane | 19 novembre 2011

@jane

Les entreprises privées produisent des richesses marchandes, pour une demande solvable. L'Etat prend en charge tout le reste...Et puis de toute façon, vous oubliez que pour produire, les entreprises ont besoin de gens formés et en bonne santé. L'Etat contribue donc à la création de richesses. D'ailleurs le PIB inclut les services produits par l'Etat (valorisés à leur coût de production).

Dans votre panorama des pays, vous oubliez la Finlande, la Suède, le Danemark qui ont une dépense publique aussi élevée qu'en France et ne manquent pas d'entreprises innovantes...

La dépense publique en Corée du Sud a fortement augmenté depuis les trente dernières années et la richesse de ce pays provient de l'efficacité de son système éducatif et de recherche. Et c'est l'Etat coréen qui a été à l'origine des filières industrielles qui marchent bien aujourd'hui.

Si l'Etat était vraiment le problème, les pays d'Afrique sub-saharienne où il est inexistant devraient être le paradis sur terre !!

Les entreprises privées, dans leur forme actuelle, ne sont pas les seules formes d'organisation de production de richesses. On peut penser par exemple aux coopératives. Et puis, pour certaines activités dites monopoles naturels (énergies, voies ferrées, poste...) une structure collective unique est plus efficace qu'une multitude d'intervenants privés.

quant à la croissance de la France, pour faible qu'elle soit, elles plus forte que celle de l'Allemagne sur les dix dernières années. C'est d’ailleurs la faiblesse de la croissance et donc de la demande intérieurs qui explique une part des excédents commerciaux allemands.

Cela dit la désindustrialisation française est un fait, mais ce n'est pas dû à l'Etat ou au coût du travail, mais à la mauvaise qualité de nos dirigeants d'entreprises (surtout les plus grandes), qui ne jurent que par la rente et la commande publique.

Enfin, pourquoi les capitaux seraient-ils les seuls à ne pas avoir de contraintes. Les hommes supportent des contraintes (lois), les marchandises supportent des contraintes (normes techniques, environnementales). Pourquoi les capitaux seraient-ils seuls à être libre comme l'air?

Écrit par : Pierre POLARD | 20 novembre 2011

Merci pour la discussion.

Bien que n' étant pas un étatiste je sais reconnaître les " contributions " ( ça me va mieux ) de Etat à la croissance.Mais je sais observer également les freins que celui-ci pose à celle-ci c' est à dire aux entreprises:

-inadéquation entre la formation des jeunes et les emplois existants.A-t- on besion de former chaque année des milliers de sociologues, de titulaires de licences en archéologie...quand le nombre de places à pourvoir est de quelques centaines ,...alors que au même moment des centaines de milliers d' emplois affichés dans les pôles emplois ne sont pas pourvus faute de qualification des candidats ;

-un droit du travail qui dissuade l' embauche ( voir ce que font les pays scandinaves qui ont mit en place la flexi-sécurité );

-une fiscalité sur les entreprises plus forte que chez nos voisins européens;

En ce qui concerne les coopératives avouez que l' on peut être un peu réservé:Lip,Camif,...

Idem pour certaines entreprises publiques:la SNCF est structurellement déficitaire et un intervenant privé n' aurait jamais sacrifié les transports régionaux ( 20 millions de voyageurs dont en majorité des salariés qui vont travailler ) sur l' autel du TGV ( 400 000 voyageurs et rentable seulement sur la ligne Paris-Marseille ).

J' avais bien compris que les fautifs étaient comme de bien entendu les " dirigeants d' entreprise" qui n' ont rien compris aux joies du libre échange à sens unique ( suivez mon regard en direction des USA, Chine,Brésil,...). Heureusement que la France comptent les meilleurs syndicalistes et socialistes du monde pour compenser...cela fait une moyenne.

"Pourquoi les capitaux seraient-ils seuls à être libre comme l'air?"

Vous m' avez mal lu. Il y a une différence entre règlementer ou encadrer un secteur et obliger autoritairement une profession ( la banque ) à faire quelque chose dont elle sait que cela est dangereux.

La crise des sub prime est un bon exemple car l' on sait qu' elle est notamment imputable à la décision de l' administration démocrate ( Clinton ) d' obliger la banque américaine Fanny & Mae d' accorder des prêts à des emprunteurs dont on savaient qu' elles ne pourraient jamais rembourser.On a vu le résultat.

Écrit par : jane | 20 novembre 2011

Merci à vous également.

Il y a effectivement des choses à améliorer dans le système éducatif français. Notamment faire en sorte que l'impact de l'origine sociale soit moins prépondérant pour l'accès aux cursus les plus intéressants.

Le droit du travail n'est pas ce carcan qu'on nous présente habituellement. S'il était si difficile de licencier, le chômage aurait-il bondi si rapidement depuis deux ans. En Allemagne, pays qu'on nous cite en exemple, le KurzArbeit a permis de préserver l'emploi moyennant une réduction du temps de travail prise en charge par les entreprises et l'Etat.

La fiscalité directe des entreprises n'est pas si élevée que ça en France. Il faut prendre en compte les taux, mais aussi les assiettes et les dégrèvements (cf. les entreprises du CAC 40 qui payent 8% d'IS). Ce qui est important, ce sont les cotisations sociales, mais dans les autres pays, il faut comparer avec les cotisations que les salariés payent aux mutuelles privées.

Les coopératives ne sont pas toutes des succès, mais c'est une voie alternative à explorer.

Concernant le SNCF, c'est à mon avis la conversion à la logique du profit qui a condamné le réseau régional au détriment des grandes lignes plus rentables. Demandez aux britanniques ce qu'ils pensent des joies de l'organisation des "intervenants privés" en matière de transport ferroviaire.

Je ne dis pas que les patrons sont tous nuls. Je côtoie beaucoup de patrons de PME et je pense qu'ils font bien leur boulot avec les moyens du bord. En revanche, je pense que les "grands" patrons sont à mettre dans le même sac que les "grands" dirigeants politiques, avec qui ils ont souvent fait leurs études dans les mêmes "grandes écoles". J'en parle à mon aise, je sors des Mines de Paris...

Enfin, sur la crise des subprimes, je veux admettre que Fanny Mae ait eu une responsabilité dans l'affaire. Mais les banques privées auraient dû , avec leur grande sagesse, rester à l'écart des ces errements ! Ce qui est en cause, c'est un modèle de croissance fondé sur un malentendu : faire croire qu'on pouvait compenser la faiblesse des salaires du plus grand nombre par un endettement privé excessif.

Écrit par : Pierre POLARD | 21 novembre 2011

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