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18 novembre 2011

Quand Moody's éternue, les salariés de PSA s'enrhument...

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Originaire d'une petite ville située à quelques kilomètres de Sochaux, le site historique de PSA, les "Automobiles Peugeot' comme on disait à l'époque ou encore "la Peuge" pour les intimes, revêt une importance particulières à mes yeux. Je me souviens qu'à l'époque, bon nombre de parents de mes copains y travaillaient. Adoslescent, je rêvais d'une 205 GTI. Pendant mes études, j'ai fait un stage sur une chaîne de montage de l'usine de Sochaux et j'ai pu me confonter à la dureté de ce travail. J'ai aussi partagé le quotidien d'ouvriers, qui pour certains, après 30 ans de boîte, gagaient 6000 francs. 

 

Tout ça pour dire que l'actualité de PSA m'a interpelé, surtout si on jxutapose plusieurs informations...

 

Tout d'abord, même s’il n’a pas obtenu le « Grand Prix de l’Economie 2011 » décerné par les Echos et Radio Classique, Philippe Varin, le PDG de PSA, a été distingué par le jury. Pour mémoire, c’est Michel Pébéreau, le PDG de BNP-Paribas qui a obtenu la « prestigieuse » distinction.

 


Quelques jours après l’annonce par le constructeur automobile français de la suppression de 6000 emplois au niveau européen, dont 5000 en France, son PDG est mis à l’honneur par un panel d’économistes et d’experts qui prétendent décerner un «  prix de référence dans le monde de l'économie qui récompense l'homme de l'année. Celui ou celle qui incarne le fait économique le plus marquant de la période. Cette distinction est décernée pour une action concrète menée au sein du domaine public, du monde des affaires ou de la sphère académique en France ou à l'étranger. »

 

Pour justifier ces coupes dans les effectifs, notre quasi homme de l’année, a affirmé qu’il « fallait s’adapter à la conjoncture », « faire de la productivité ». On retrouve cette logique micro-économique délétère qui veut que chaque acteur économique, ne voyant que son intérêt de court terme, concourt à entretenir la spirale de la récession. En effet, même s’il n’y a pas de licenciements secs chez PSA, les postes supprimés ne pourront pas être occupés par des chômeurs ou des nouveaux entrants sur le marché du travail. Cela entretient la faiblesse de la consommation, ce qui se traduira par d’autres licenciements dans d’autres domaines d’activités, et ainsi de suite…

 

Alors qu’on nous bassine avec le fameux « modèle allemand » pour de mauvaises raisons et notamment les « réformes » de la protection sociales (le fameux plan Hartz IV), nos dirigeants politiques et économiques seraient mieux inspirés de regarder ce qui se passe outre-Rhin du côté de l’emploi. Malgré une récession plus forte en Allemagne qu’en France en 2009, l’économie allemande a détruit nettement moins d’emplois. Comment ? Les entreprises ont développé le « KurzArbeit ».

 

Le principe est très simple : au lieu de licencier 20 % de ses effectifs, une entreprise qui voit baisser son chiffre d’affaires de 20 % va baisser son temps de travail  de 20 % et garder tous les salariés. Sans doute le salaire va-t-il baisser mais l’État est là pour maintenir le revenu [et cela revient moins cher de combler le manque à gagner d'un salarié à temps partiel que de financer un chômeur]. Le 23 janvier 2011, le Ministère du travail allemand a rendu public un bilan assez complet du Kurzarbeit : il a concerné 1.500.000 salariés qui, en moyenne, ont baissé de 31 % leur temps de travail.

 

Cette méthode est doublement gagnante : les entreprises ne perdent pas de compétences et peuvent se remettre rapidement à tourner à plein régime quand l’activité repart, les salariés ne perdent pas leur revenu et surtout ne perdent pas confiance. Au lieu de cela, PSA adopte la méthode anglo-saxonne qui consiste à tailler dans les effectifs. Comment, après ça, s’étonner que les salariés n’aient plus confiance en leur entreprise ?

 

D’autant plus que, même si le groupe est confronté aux difficultés du secteur, ses bénéfices ont progressé de 18% au premier semestre 2011 ! Sauf que…l’agence de notation Moody’s avait annoncé mercredi 26 octobre 2001 avoir revu en baisse la perspective de la dette long terme du constructeur automobile, de « stable » à « négative ». Serions-nous donc une nouvelle fois confrontés à un « plan de rigueur » dicté par les sentinelles de la finance ?

 

Les agences de notation se préoccupent uniquement du marché obligataire. Les obligations étant un titre de dettes, une fraction d’un crédit accordé à un Etat ou à un entreprise (contrairement à une action qui est une part du capital, dont on ne peut exiger le remboursement). La grande liquidité des marchés financiers permet aux possesseurs de tels titres de les céder en une fraction de seconde. Ainsi, dès qu’une information, une rumeur semble indiquer que telle ou telle entreprise pourrait avoir des résultats moins bons que prévus, des milliers d’obligations changent de main, entraînant une baisse du cours de l’obligation, donc une remontée du taux d’intérêt, d’où des difficultés pour l’emprunteur de se financer à l’avenir.

 

Et la difficultés vient de là : il n’y a plus de relation de long terme, de confiance entre l’apporteur de capital et l’entreprise. Dans le cas d’un crédit classique sur 20 ou 30 ans, prêteur et emprunteur sont nécessairement liés. Et l’octroi du crédit a fait l’objet d’une analyse approfondie de la situation et des perspectives de l’emprunteur. Il y a donc une forme de relation de confiance entre les deux parties, ou au moins des intérêts bien compris.

 

Désormais, les capitaux sont détenus par des gestionnaires d’épargne : fonds de pension, fonds commun de placement, assurances vies… La concurrence que se livrent ses acteurs pour capter cette épargne, les poussent à se « sur-performer » les uns les autres, ce faisant il ne voient plus l’intérêt à long terme des entités dont ils achètent les titres de dette, mais leur seul intérêt de court terme. Nous sommes passés de l’ère des investisseurs, qui acceptent de prendre des risques et notamment celui de perdre une partie de leurs fonds, à l’ère des épargnants, qui ne voient que la fructification de leur capital. La concentration et la liquidité sont les deux piliers de leur pouvoir sur le reste de l’économie.

 

 La transparence, la régulation ne suffiront pas pour changer les choses. Il faudra contraindre, brider, asservir.... Ces mots font peut-être peur, mais il faut que la peur change de camp !


PP

13:41 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, dette | | |  Facebook | | |

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