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20 novembre 2011

Accord PS-EELV : réflexions d'un militant de base

Lorsqu’on est militant socialiste, peut-on évoquer les péripéties de l’accord « PS-EELV » sans donner du grain à moudre à l’UMP, qui a beau jeu de critiquer les débats, voire les atermoiements des deux partis de gauche ?

Pour débattre, il faut avoir des idées. Pour faire des accords, il faut avoir des partenaires avec qui négocier. Or, l’UMP n’a ni les unes, ni les autres. Sa seule "ouverture" potentielle consistant à aller braconner sur les terres du FN...

L’UMP, quelle UMP ? Celle de la droite « sociale » de Laurent Wauquiez qui trouve qu’être rémunéré pendant un arrêt maladie n’est pas très « responsabilisant » ? L’UMP qui trouve normal d’imposer aux bénéficiaires du RSA (ce cancer de la société) de travailler 7 heures par semaine pour « mériter » leur allocation ? L’UMP qui veut une nouvelle fois faire la chasse aux « fraudeurs », enfin à une certaine catégorie de fraudeurs…en tout cas pas ceux qui financent l’UMP.

Cela dit, on peut quand même trouver de quoi s’inquiéter dans le déroulement et le contenu des négociations entre le PS et EELV.

Avant cela, on peut noter que contrairement à ce qui est dit et répété, les deux partis ne sont pas d’accord sur « rien ». Les « seuls » points de désaccord sont les suivants : le devenir du chantier de l'EPR de Flamanville et de l'aéroport de Notre Dames des Landes, la réforme du mode de scrutin aux élections législatives avec introduction d'une dose de proportionnelle. A cela s’est greffé la « disparition » du paragraphe sur la reconversion de la filière « Mox ».

Sur tous les autres points (Education, réforme fiscale, retraite…), un accord a pu être trouvé.

En fait, ce qui a contribué à la dramatisation de la situation, c’est la position d’Eva Joly qui a fait de l’arrêt du chantier EPR un casus belli (elle l’a dit et répété plusieurs fois)…pour ensuite aboutir à un accord sur quasiment tout sauf sur ce point.

La concomitance des négociations programmatiques avec les négociations sur la répartition des circonscriptions électorales brouille aussi les cartes en accréditant la thèse qu’il est possible d’échanger des concessions sur les idées, contre des sièges à l’Assemblée.

Dans cette histoire, c’est avant tout EELV et sa candidate qui se sont décrédibilisés, en donnant pour les premiers l’impression d’être aller à la soupe (dans une cantine même pas bio) et pour la seconde d’avoir perdu son bras de fer avec François Hollande.

Mais au final, ce qui est peut-être le plus gênant, c’est de donner l’impression de refonder le modèle énergétique de la France entre décideurs politiques, en quelques heures (même si on nous dit que les négociations durent depuis six mois). Le cas de la filière MOX est emblématique de l’improvisation qui a présidé à ces réflexions : après coup, les socialistes se sont aperçus que la poursuite de l’EPR nécessitait de conserver cette filière.

Pour un sujet aussi fondamental, on aurait préféré un débat plus long, plus transparent, comparant plusieurs scénarios de montée en puissance des énergies renouvelables, d’économies d’énergies, en chiffrant les investissements nécessaires… Bref un débat argumenté, peut-être plus long, mais pour finalement aboutir à des solutions crédibles et partagées.

Car, l’improvisation permet aux « experts », comme par exemple Henri Proglio, de peser de plus de poids sur le débat public. En assénant que la sortie du nucléaire aboutirait à  « Un million d'emplois menacés », un « doublement de la facture d'électricité », une hausse « de 50% des émissions de gaz à effet de serre », le patron d’EDF surfe sur l’absence de scénario alternatif précis et crédible. Même si ses propos sont fondés sur des arguments discutables.

L’énergie nucléaire n’assure pas la souveraineté énergétique de la France (la dernière mine d’uranium française a été arrêtée en 2001, et l’intégralité de la consommation est importée notamment du Niger). L’énergie nucléaire n’est pas chère car on n’inclut pas les prix le coût du démantèlement inévitable des installations existantes. L’énergie nucléaire n’est « propre » que si l’on oublie la nécessité de stocker les déchets qu’elle produit…

Les prétendues pertes d’emplois pourraient être compensées par des emplois d’un aussi bon niveau dans les filières des énergies renouvelables ou dans les métiers liés aux économies d’énergie.

Pour cela, il faut investir, planifier et pas seulement chercher à préserver des industries rentières. Des scénarios existent, il faut en débattre de façon sereine et argumentée. Au risque de devoir faire passer au second plan l’épineuse question de savoir si Cécile Duflot pourra être députée de la 6ème circonscription de Paris.

PP

09:31 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook | | |

Commentaires

Pas d'accord. Le nucléaire n'est pas cela.
cf. http://www.manicore.com/documentation/articles/idee_nucleaire.html

Et le scénario des verts qui a égaré le PS est totalement réfuté :
http://www.sauvonsleclimat.org/communiqueshtml/analyse-du-scenario-negawatt-version-2011/35-fparticles/956-analyse-du-scenario-negawatt-version-2011.html

Baisser de 75 à 50% sans alternative sérieuse et raisonnée que de construire des centrales aux gaz ne tiendra pas avec la crise et la hausse du cout des fossiles.

Le scenario Negatep, et d'autres, sont des vraies alternatives sur lesquelles ont doit s'investir à mon humble avis !

Écrit par : Brette | 23 novembre 2011

@Brette

Je l'avoue humblement, je ne suis pas expert du domaine.

Le fait que d'autres activités polluantes existent ne doit pas être une excuse pour nier la dangerosité de cette industrie.

Concernant l'indépendance énergétique, la solution de la surgénération évoquée dans l'article cité en référence n'est pas encore aboutie et il n'existe aucune réalisation à ce jour. Faut-il persévérer ?

Pour ma part, je pense que l'énergie la moins chère et la moins polluante est celle que l'on ne consomme pas. En Allemagne, malgré la part importante de ressources fossiles dans la production d'électricité, les émissions de CO2 par habitant sont plus faible, notamment parce que les habitations sont mieux isolées et parce que le chauffage électrique individuel est moins répandu.

Si on consacre autant de moyens à la recherche sur les solutions alternatives qu'on en a consacré au nucléaire, on devrait pouvoir faire quelque chose, non ?

Écrit par : Pierre POLARD | 25 novembre 2011

Comme quoi le fond et la forme se rejoignent parfois... :-)

Écrit par : Martre irascible | 08 décembre 2011

Les commentaires sont fermés.