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11 décembre 2011

François Bayrou : erreur de diagnostic et rente de situation...

bayrou_DPDA.jpgHier soir, j’ai regardé l’émission « Des paroles et des actes » dont l’invité était François Bayrou. Je l’avoue, je n’ai pas vraiment de sympathie pour les centristes en général et pour François Bayrou en particulier. On peut certes lui reconnaître une certaine force de caractère qui lui a permis de devenir une figure politique de premier plan, bien qu’issu d’un milieu modeste et affecté par un bégaiement qu’il a réussi à surmonter. Mais la force de caractère ne fait pas tout ! Nous en sommes en droit d’attendre de quelqu’un qui veut devenir Président de la République un peu plus que de la force de caractère. De la part de quelqu’un qui se veut « en rupture » avec le système UMP / PS, nous sommes en droit d’attendre des mesures nouvelles. Or hier, comme à son habitude, il n’a rien dit de précis si ce n’est proposer la TVA « sociale », l’augmentation de la CSG, la baisse draconienne de la dépense publique…Autant de mesures qui pèsent sur les plus modestes. A aucun moment, me semble-t-il, il n’a parlé d’une réforme de la fiscalité vers plus de progressivité, de la remise en cause des cadeaux fiscaux de ces dix dernières années.

 

Mais, et c’est à mes yeux le plus grave, il se trompe fondamentalement de diagnostic sur la situation actuelle. Son diagnostic, il l’a résumé en une phrase que je cite de mémoire : « En 2008, c’était une crise bancaire. Aujourd’hui, nous sommes face à une crise de l’endettement public lié à la mauvaise gestion des Etats. ». Comme s’il y avait deux crises distinctes, comme si la crise que nous connaissons actuellement n’était pas le prolongement de celle déclenchée par les dérives de la finance américaine. Il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas les plans de rigueur qui étaient d’actualité, mais les plans de relance et autres « grands emprunts ». Il s’agissait de soutenir l’activité plombée notamment par les risques de « credit crunch » en faisant jouer les « stabilisateurs automatiques », donc en maintenant voire en augmentant les dépenses publiques. Dans un contexte de diminution des recettes fiscales liée d’une part à l’effet conjoncturel de la crise, mais aussi à l’effet structurel des baisses d’impôts délibérément choisies par les gouvernements français et européens depuis la fin des années 1990, cela a conduit à l’aggravation des déficits publics et dons à l’envolée de la dette publique.

 

Donc, non, la crise des dettes publiques actuelle n’est pas le fruit exclusif du laxisme budgétaire des Etats. Comme le montre l’évolution du poids de la dette publique française (en % du PIB) depuis 1995, le critère de Maastricht de 60% était respecté jusqu’en 2002. A partir de 2002, on constate une hausse relativement modérée à environ 65%. Mais, « l’explosion » a vraiment lieu à partir de fin 2008. Il est donc difficile de ne pas y voir les conséquences de la crise financière.

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Et puis, cette focalisation sur la dette publique, qui justifierait l’austérité généralisée qu’on cherche à nous imposer, n’a pas vraiment de sens. Ainsi, des pays comme l’Espagne et l’Irlande, qui étaient considérés il y a peu comme des modèles en matière de gestion publique, comptent parmi les plus durement touchés par la crise (20% de chômage en Espagne), en raison de leur excès d’endettement privé qui a conduit à une bulle immobilière.

 

Jusqu’à il y a deux ans, la dette publique était jugée parfaitement soutenable par les « marchés », qui ont prêté à tour de bras aux Etats à des taux très bas. Le « petit » problème (3% du PIB européen) de solvabilité de la Grèce a suffi pour réveiller l’irrationalité des marchés, avec son cycle habituel d’anticipations autoréalisatrices : craintes sur la solvabilité d’un Etat, hausse des taux d’intérêt, augmentation des déficits, endettement supplémentaire, craintes plus fortes sur la solvabilité…

 

Lorsque des hommes politiques, comme le fait François Bayrou, acceptent que les Etats endossent seuls la responsabilité des difficultés, ils renoncent à toute capacité de négociation avec les prêteurs. Lorsque des hommes politiques, comme le fait François Bayrou, se focalisent sur la seule dépense publique, ils oublient que les difficultés proviennent aussi et surtout de la diminution des recettes, au bénéfice des plus privilégiés.

 

François Bayrou n’a pas résisté à la facilité de sa tirade habituelle sur la « dette que nous laissons à nos enfants ». La dette n’est pas un transfert entre nous et nos enfants, mais entre ceux qui possèdent les titres de dettes (les épargnants) et ceux qui doivent la rembourser (les contribuables). A la génération suivante, ce sera la même question entre les enfants de ceux qui possèdent et ceux qui remboursent. Pour résumer, l’Etat a emprunté à ceux à qui il a octroyé des cadeaux fiscaux l’argent qu’ils n’ont pas payé en impôts. Et ces emprunts seront remboursés par les contribuables, via notamment la TVA et la CSG que le patron du Modem prévoit d’augmenter. Il est vrai que ces impôts sont assis sur des « bases fixes », par opposition à aux « bases mobiles », comme le capital qui a la possibilité de s’expatrier vers des cieux plus cléments fiscalement.

 

Je passe sur l’éloge du « modèle allemand », fondé sur la « compétitivité des entreprises ». En effet, pour s’émerveiller de l’excédent commercial allemand, il faut être un peu myope et ne pas voir que ce modèle n’est pas soutenable. Même s’il ne faut pas dénigrer la qualité des PME de ce pays, la « performance » allemande repose pour partie sur la modération salariale imposée depuis une dizaine d’année qui bride la consommation intérieure, au détriment des conditions de vie des allemands. Elle repose aussi sur la consommation des « cigales » de l’Europe (plus des deux tiers de l’excédent allemand est lié aux échanges intra communautaires), tirée en partie par l’endettement. Le modèle allemand n’est donc pas généralisable.

 

On le voit, François Bayrou, dans ses analyses et ses propositions est de droite, classiquement de droite. Je ne comprends donc pas cette relative bienveillance avec laquelle le traitent François Hollande et Eva Joly (qui avait « flirté » avec le Modem en 2008 avant de rejoindre Europe Ecologie).  Il serait un homme avec qui on peut travailler. Pourquoi ? Parce qu’il critique Nicolas Sarkozy (même si ces derniers temps, il a mis de l’eau dans son Jurançon) ? La critique de Nicolas Sarkozy, surtout pour au final proposer des solutions presque plus droitières, ne constitue pas une base de travail saine. Certes, le patron du Modem et ex 3ème homme de la présidentielle, dispose d’un « trésor de guerre » avec les 9% d’intention de vote dont il est crédité. Mais il s’agit plus d'une de rente de situation, d’une sorte de bulle, que de l’adhésion à un programme, qui demeure d’ailleurs plutôt fantomatique. Le meilleur moyen de dégonfler cette bulle serait de formuler un vrai projet de société, fondé sur le plein emploi, la réduction des inégalités, la justice fiscale, l'encadrement du secteur financier plutôt que sur l’austérité budgétaire et l’alignement sur de prétendus modèles.


PP

11:35 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, dette publique | | |  Facebook | | |

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