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16 décembre 2011

Crise européenne : cette année c'était très bien, l'anneé prochaine ce sera pire (1/3)

Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des Marchés Financiers, a constaté ce lundi 12 décembre que les marchés avaient bien accueilli les décisions prises lors du sommet européen de Bruxelles vendredi 9 décembre, même si celui-ci n'a pas répondu, selon lui, à l'ensemble des préoccupations des investisseurs.

"Le traité ne répond pas tout à fait à leurs attentes parce qu'il n'y a pas de mesures qui concernent la relance de la croissance ou la mise en place d'eurobonds ou d'autres éléments qui avaient été souhaités par les marchés", a-t-il déclaré.

Côté « positif », il a estimé que les pays de la zone euro avaient bien répondu à la demande des marchés d'une meilleure discipline budgétaire et que la Banque centrale européenne (BCE) les avait rassurés sur le sort des banques avec sa décision de renforcement de la liquidité des établissements financiers.

finance,dette publique,crise,europeIl est tout de même paradoxal que celui qui est à la tête d’une institution censée surveiller, encadrer les marchés financiers se fasse leur porte-parole servile… Le plus ennuyeux, dans ce traité européen, ce n’est pas qu’il réponde ou non aux attentes des marchés, c’est qu’il ne règle en rien les problèmes auxquels sont confrontés les pays et les peuples européens. Mais, désormais, parmi les « élites », on ne fait même plus semblant d’agir pour le bien commun ou l’intérêt général, on se détermine en fonction des attentes des « marchés ». Malheureusement, comme le rappelait Thomas Piketty sur France Inter le 8 décembre, cela revient en fait à suivre quelqu’un qui ne sait pas où il va ! Selon lui les marchés financiers « n’arrivent pas à mettre un prix sur les actifs financiers » et de ce fait, « ils racontent n’importe quoi ». D’où les successions d’euphorie et de déprime dont ils sont coutumiers, car pour reprendre la formule de Frédéric Lordon (Et la vertu sauvera le monde, Raisons d’agir 2003, pages 70-71), la finance n’est qu’un « monde de l’opinion et de la croyance ». Il est donc « vital de maintenir la fiction que ses capacités cognitives sont en proportion de son pouvoir social. C’est d’ailleurs bien cette image de haute rationalité qu’elle cultive soigneusement, avec ses salles de marché qui débordent de technologie, ses écrans saturés de graphiques qui certifient la vrai science, ses cerveaux sortis des meilleurs écoles et recrutés à prix d’or, ses oracles qui parlent économiste d’un air pénétré et tout ce décorum de pacotille auxquels les médias succomberont sans coup férir comme à chaque fois que leur est offerte la possibilité de faire vivre une nouvelle mythologie sociale. Mais la science est en toc, les graphiques disent n’importe quoi et les cerveaux sont paumés. On déploie des trésors de sophistication mais pour finalement suivre le troupeau, si possible bien au chaud au milieu. Dans ces conditions, de deux choses l’une : ou bien on abandonne l’hypothèse de rationalité économique à l’usage des agents de la finance, ou bien il va falloir se débrouiller avec l’idée bizarre d’une rationalité qui prote au pinacle les images technologistes de la nouvelle économie pour les mettre plus bas que terre quelques années plus tard. C’est pourtant bien ainsi qu’ont été dirigées des masses financières colossales, valorisant tout d’un coup à milliards des sociétés sans profit, sans client, sans marché, puis refluant dans une indescriptible panique. C’est donc au marché financier, banc de poissons qui s’enthousiasme pour sa propre image un jour et a peur de son ombre le lendemain, que le capitalisme dans son organisation actuelle confie son pilotage stratégique. ». Et aujourd’hui, c’est au tour des Etats…


Mais revenons au sommet européen du 9 décembre, le 16ème depuis le début de la crise et le 5 ou 6ème sommet de la « dernière chance ». Et sûrement pas le dernier


Qu’en est-il sorti ? La généralisation des « règles d’or », la constitutionnalisation de l’austérité, la mise sous tutelle budgétaire des Etats par la Commission européenne et, pour les créanciers, l’assurance d’être remboursés coûte que coûte.

 

La « règle d’or », c’est-à-dire l’interdiction pour l’Etat de présenter des budgets en déficit (au-delà de 0,5% du PIB) hors période de crise, est présentée comme le Saint Graal ou la pierre philosophale, que les parlements sont sommés d’approuver avec enthousiasme.

 

Bon sang, mais c’est bien sûr : il n’y a qu’à interdire les déficits, pourquoi n’y avions-nous pas pensé plus tôt ? Sauf que cela n’exonère pas de choix politiques : faut-il augmenter les recettes ou baisser les dépenses ? Et quelles recettes et quelles dépenses ? Et puis qu’est-ce qu’une situation de crise qui autoriserait des déficits ? On le voit, la règle d’or amène en fait plus de questions que de réponses. De plus, comme le souligne Christian Chavagneux sur son blog, cela risque de se terminer en querelles d’experts et de paralyser encore plus le fonctionnement de l’Union Européenne.

Et, pour finir, les règles d’or ne permettent en rien de régler la situation d’urgence actuelle, d’autant que leur mise en place traduit une erreur de diagnostic sur les origines de la crise (ce serait la dépense publique et non les excès de la finance dérégulée).

 

Contrairement à ce qu’affirment Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, l’accord du 9 décembre ne constitue en rien une « union budgétaire ». Une telle union impliquerait des transferts budgétaires, comme c’est le cas par exemple aux Etats-Unis. En fait d’union budgétaire, le duo « Merkozy » propose seulement la juxtaposition de mesures d’austérité dans chacun des pays, confortant la spirale récessive qui s’engage et encourageant le « chacun pour soi ».

 

Il faut avoir le culot d’acier de notre Président pour oser parler de souveraineté, même partagée, lorsqu’il s’agit de s’en remettre à des règles, des mécanismes automatiques. La souveraineté est le pouvoir suprême reconnu à l’Etat, qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national et son indépendance dans l’ordre international où il n’est limité que par ses propres engagements. A moins de considérer qu’abandonner sa souveraineté est un acte de souveraineté, la position est difficilement soutenable…

PP

08:15 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : finance, dette publique, crise, europe | | |  Facebook | | |

Commentaires

tres juste, un nieme sommet européen pour nous faitr tourner en rond.

le problème de la dette ne vient ni des dépenses, ni du déficit, mais de l'énormité des intérets payés aux banques privées (qui représentent ce jour 92% du montant de notre dette en France).

Ces regles d'or sont de l'enfumage complet et une manière de nous mener vers des crises insolubles.

A voir cette page et sa vidéo qui explique tout cela : http://upr-djamelito.blogspot.com/2011/10/larnaque-de-la-dette-publique.html

Écrit par : bastien | 16 décembre 2011

Les commentaires sont fermés.