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19 décembre 2011

Crise européenne : cette année c'était très bien, l'année prochaine ce sera pire (3/3)

Que faire ? Dans le catalogue des solutions, il y a la possibilité de prêter 200 milliards d’€ au FMI pour qu’il prête à son tour aux pays en difficultés. Cette usine à gaz ne trouve pas grâce aux yeux de la Bundesbank qui souligne « que le procédure impliquant le FMI comporte des risques. Dans la mesure où le FMI est traité comme créancier privilégié, le risque augmente d'autant pour d'autres catégories de créanciers. »

 

Il y a aussi les fameux « eurobonds », titres de dette garantis en commun par les membres de la zone euro. Sauf que réunir des malades ensemble ne permet pas forcément de les guérir. A moins de lancer un vrai politique et fiscal commun, mais l’urgence n’est pas forcément bonne conseillère en la matière…

 

Et enfin, il y a la croissance, la fameuse croissance qui est à nouveau la solution à tous les problèmes. Sauf qu’elle ne se décrète pas et que les mesures prises ces derniers temps sont loin de la favoriser. D’ailleurs la Commission Européenne a révisé drastiquement à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro pour 2012, à seulement 0,5%...Et puis n'oublions pas qu'avant la crise, nous commensions à comprendre que la croissance était plus un problème qu'une solution et la que la croissance infinie dans un monde fini était insoutenable. Les vieux réflexes ont la vie dure eton oublie vite la nécessité de la recherhce d'une "prospérité sans croissance", pour reprendre le titre d'un rapport de Tim Jakson(commissaire au Développement durable du Royaume-Uni) publié en 2009.

 

Il est clair qu’il faut sortir des schémas classiques, explorer de nouveaux horizons. Dans une tribune parue dans Le Monde, l’économiste James K. Galbraith rappelle quelques unes de ces solutions possibles : « Pourtant, des solutions techniques existent, par exemple la "modeste proposition" de Yanis Varoufakis (professeur d'économie université d'Athènes) et de Stuart Holland (ancien parlementaire britannique) suggère de convertir jusqu'à 60 % du PIB de la dette de chacun des pays de la zone euro en titres européens émis par la BCE, de recapitaliser et d'européaniser le système bancaire, et de lancer un New Deal par l'intermédiaire de la Banque européenne d'investissement. On peut aussi penser à instaurer un droit à la faillite nationale (Kunibert Raffer), à faire de la BCE un "groupe public au service de l'intérêt général et du développement" comme la Caisse de dépôts (Thomas Palley) ou encore à taxer les profits des banques (Jan Toporowski). »

finance,crise,dette publique,europeLa question de la monétisation de la dette est systématiquement évacuée au prétexte que cela serait inflationniste. La création monétaire n’est inflationniste que dans une économie proche du plein emploi. Or, force est de convenir que c’est loin d’être le cas. Et puis monétiser une dette revient en définitive à injecter de la monnaie. Or, c’est ce que font aujourd’hui quotidiennement les banques quand elles créent de la monnaie qui est injectée dans les circuits économiques et qui y circule. Or, en quoi la monnaie publique qui serait crée par la monétisation des titres de dettes publiques serait-elle plus inflationniste par nature que celle actuellement crée par cette monnaie des banques privées ?

 

James K. Galbraith s’empresse d’ajouter « De ces très bonnes idées, aucune ne verra le jour. Car en Europe, les termes du débat sont hermétiques aux idées nouvelles, la survie politique reposant sur la capacité à faire "le ménage" dans les comptes publics. Tout est fait pour ne pas affronter la réalité : la crise bancaire. Chaque réunion européenne conduit à l'adoption de sous-mesures perfides et de vraies fuites en avant. Quant au sort des plus faibles, il est au mieux considéré comme un dommage collatéral, voire comme un mal nécessaire. »

 

Sa tribune s’intitule « Sauvez les citoyens avant les banques ! ». Et c’est bien là la question centrale, qui est systématiquement évacuée. Dans aucun des sommets européens, il n’est question  d'emploi alors que 3,8 millions d’européens sont venus grossir les rangs des sans-emploi entre 2008 et 2011. Et les annonces de suppression d’emplois continuent à se multiplier (Peugeot, Areva, Crédit Lyonnais, entre autres, en France…)

 

S’il doit y avoir une convergence, c’est sur la nécessité de lutter contre le chômage, contre les inégalités. Au moment où on apprend que le salaire moyen des patrons européens de 460 entreprises cotées a augmenté de 17%, voire beaucoup plus dans certains secteurs, il est bon de rappeler que le revenu national brut a baissé de 1,5% en moyenne en Europe entre 2008 et 2011.

 

Même l’OCDE, peu suspecte d’être une organisation bolchevique, commence à s’en rendre compte. Son Secrétaire général, Angel Gurría, a déclaré récemment en présentant un rapport sur les inégalités au sein des pays membres de l’organisation: « Le contrat social commence à se lézarder dans de nombreux pays. Cette étude balaie l’hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées et qu’un surcroît d’inégalité stimule la mobilité sociale. Sans stratégie exhaustive de croissance solidaire, le creusement des inégalités se poursuivra ».

 

Il faut sortir du cadre actuel, sortir de cette logique qui consiste seulement à « optimiser » le recours aux marchés financiers (comment mieux s’endetter, comment les rassurer) sans les encadrer, sans rien changer d’autre. Force est de constater que ça ne marche pas : la Grèce va connaître la pire récession de son histoire avec un recul de son PIB de 5,5% en 2011, les taux de la dette publique italienne à 5 ans ont explosé à 6,47% (record depuis 1997)…

 

Quoiqu’il en soit, il est temps d’essayer autre chose. Et si les choses ne peuvent pas avancer assez vite au niveau européen, et il semble malheureusement que ce soit le cas, il faut prendre des mesures nationales :

  • relever les taux marginaux d’imposition des individus riches,
  • améliorer le respect des obligations fiscales
  • éliminer des abattements fiscaux
  • réévaluer le rôle de l’impôt vis-à-vis de toutes les formes de patrimoine.

Ces idées sont tirées du rapport de l’OCDE cité plus haut !

 

On peut ajouter la création d’une banque publique, qui pourrait se refinancer auprès de la BCE comme n’importe quelle autre banque, mais qui financerait des projets d’investissements publics. Cela permettrait de dynamiser l’économie sans gonfler la dette publique auprès des marchés. Ces chantiers pourraient par exemple s’attaquer à la transition énergétique de notre modèle économique : isolation du bâti ancien, transports en commun, urbanisme, énergies renouvelables…en donnant la priorité aux PME.

 

Au fait, il paraît qu’il y a eu une conférence sur le réchauffement climatique à Durban, en Afrique du Sud…

PP

09:34 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, dette publique, europe | | |  Facebook | | |

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