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22 décembre 2011

Il y a un lien entre l'explosion des hautes rémunérations et la hausse des dépenses publiques

Dans cette interview, Martin Hirsch fait clairement le lien entre l'explosion des hautes rémunérations et la hausse des dépenses publiques.


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Extraits de la synthèse du rapport "Pour une régulation des hautes rémunérations" :

Un calcul réalisé dans un grand groupe international a montré qu’une diminution de 30 % pour 1 % des salariés les mieux payés (ils gagneraient toujours en moyenne quelques centaines de milliers d’euros par an) permettrait, à masse salariale égale, de doubler la rémunération des 20 % des salaires les plus faibles, soit plusieurs dizaines de milliers d’employés par entreprise en moyenne, pour l’essentiel dans les pays en voie de développement.
 
Si l’on revient en France, il faut se fonder sur ce que démontre le très sérieux rapport du Conseil d’analyse économique, « Le partage des fruits de la croissance en France ». Au cours des vingt dernières années, les 10 % des rémunérations les plus élevées ont capté trois quarts de l’augmentation de la valeur ajoutée. Dans le même temps, l’augmentation du SMIC a permis une amélioration du revenu des 10 % des salariés les plus modestes, alors que la situation relative de 80 % des salariés se détériorait. Un tel étirement des revenus a donc des conséquences sur les dépenses publiques, puisque lorsque les salaires ne suivent pas la création de valeur, il faut compenser par des prestations sociales qui remplacent du salaire. On est rattrapé par une réalité élémentaire. Lorsque les plus riches captent une part trop grande de la richesse créée, il n’y a pas trente-six solutions pour que le reste de la population ne voie pas son pouvoir d’achat se dégrader. Il y en a deux : la première est le recours à l’endettement, c’est ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec les subprimes, réponse au fait que 1 % de la population avait capté l’essentiel des fruits de la croissance. La deuxième est l’augmentation des prestations sociales, ce qui a eu lieu en France.
 
Robert Reich, l’ancien ministre du travail de Clinton, a dans ses derniers ouvrages montré quelles ont été les conséquences sur l’économie américaine de la divergence entre les plus hauts salaires et le reste des rémunérations, augmentant moins vite que les gains de productivité que dégageait l’économie dans son ensemble. Le phénomène, bien documenté aux Etats-Unis, s’est produit dans une moindre mesure en France.
 
On peut trouver d’autres exemples plus sectoriels : c’est la redevance qui paye les rémunérations confortables des animateurs et des producteurs de la télévision publique. Ce sont les cotisations maladie qui payent les rémunérations des dirigeants de l’industrie pharmaceutique. Si on prend les 100 plus hautes rémunérations des groupes d’énergie, on tombe sur des ordres de grandeur qui représentent une part non négligeable de ce que l’Etat verse pour compenser le tarif social du gaz ou de l’électricité.
 
Il n’y a donc pas d’un côté des dépenses publiques galopantes et de l’autre des hautes rémunérations exorbitantes, comme deux phénomènes indépendants. Il y a une explosion des hautes rémunérations qui contribue à déclencher des dépenses sociales supplémentaires. Réduire les plus hautes rémunérations, c’est aussi participer, via la réduction des inégalités, à la réduction des dépenses publiques.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, salaires | | |  Facebook | | |

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