Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

11 janvier 2012

Nous ne méritons pas Jean-François Copé, nous sommes vraiment trop minables.

Copé.JPG

Ce billet a été publié sur Rue89.


Dans leur ouvrage « L’oligarchie des incapables », les journalistes Sophie Coignard et Romain Gubert citent une phrase qu’aurait prononcée Jean-François Copé à propos des parlementaires qui ne cumulent pas de mandats.

« Tu comprends, si on n'a ici que des gens qui se contentent de 5.000 euros par mois, on n'aura que des minables. »

 

Evidemment, l’intéressé dément formellement avoir prononcé cette phrase. Il dément, la belle affaire ! Forcément qu’il dément ! Peut-il faire autre chose ? Malgré tout le cynisme dont il est capable, on le voit mal se justifier d’une telle affirmation, sur le thème « je préfère l’oligarchie des incapables à la démocratie des minables ».

 

Il est vrai que Jean-François Copé est loin d’être un « minable » : Député de Seine et Marne, Président de la communauté d’agglomération du Pays de Meaux, maire de Meaux. Pendant un temps, il a aussi été conseiller régional d’Ile de France. Et comme ces passe-temps lui laissaient quelques disponibilités, il a été collaborateur à temps partiel, entre 2007 et 2010, du cabinet d’avocat Gide Loyrette Nouel…pour la modique rémunération de 20 000 € mensuels. Qui a dit que les emplois à temps partiels étaient mal payés ?

 

Pour Jean-François Copé, on vaut ce qu’on parvient à se faire payer. Point final. Lors d’une interview sur France Inter en janvier 2010 (que j’ai eu l’occasion de commenter ici), il nous avait éclairé sur ses convictions profondes. C’était au moment de la polémique sur le salaire d’Henri Proglio et, selon lui, il était tout à fait normal que des « dirigeants d’exception » soient payés des sommes sans commune mesure avec le commun des mortels. C’est la concurrence internationale qui veut que les patrons français soient aussi bien traités que leurs homologues anglo-saxons. C’est la même concurrence internationale qui lui fait dire que les salariés français (les normaux, les minables) coûtent trop chers par rapports aux chinois. N’oublions pas que Jean-François Copé est, de longue date, un chaud partisan de la TVA « sociale » et de manière générale de tout ce qui peut faire baisser le coût du travail.

 

En résumé, soit on continue comme ça, soit c’est le « communisme », voire la Corée du Nord où « tout le monde gagne pareil », et on voit « ce que ça a donné ». Le maire de Meaux, sous ses airs de modernité, perpétue la pensée de Ronald Reagan. Il est en effet clairement adepte de la «  trickle down economics » ou « théorie du ruissellement » qui veut que les revenus des plus riches contribuent, directement ou indirectement, à l'activité économique générale et à l'emploi dans le reste de la société. C’est un grand sorcier de cette « économie vaudoue » (l’expression est de Georges Bush père, alors concurrent de Ronald Reagan pour l’investiture républicaine), selon laquelle, en réduisant les impôts, on pourrait augmenter les recettes de l’Etat, grâce à la libération des forces vives du joug d’une fiscalité confiscatoire. Les bénéficiaires de la fameuse « niche Copé » (défiscalisation progressive des plus-values sur les cessions de titres de participations détenus depuis au moins 2 ans) peuvent en témoigner : 22 milliards d’économie d’impôts en trois ans, ça vous libère d’un poids !

 

Malheureusement, ces chimères font aujourd’hui la preuve de leur ineptie. Et même l’OCDE, organisation que l’on ne peut pas soupçonner de bolchevisme échevelé le reconnaît. Dans un rapport intitulé « Toujours plus d'inégalité : Pourquoi les écarts de revenus se creusent », elle dénonce l’envolée des inégalités et leurs méfaits économiques et sociaux. Le principal rédacteur du rapport, Michael Förster, a donné une interview éclairante à l’Observatoire des inégalités.

 

Dès le début, il annonce la couleur : « En haut de l’échelle, on observe une augmentation de la part de richesse détenue par les 1 % les plus aisés (et, en particulier les 0,1 % les plus riches). Elle se poursuit dans les pays anglo-saxons et tend à se généraliser en Europe. Une telle augmentation des inégalités est concomitante avec la réduction des taux d’imposition sur la même période. »

 

Graph.JPG

 

France : Evolution de la part de la masse salariale touchée par les 1 % les mieux rémunérés

 

La vision d’une France égalitariste en prend un coup : « Les inégalités de revenus des ménages sont relativement stables en France depuis le milieu des années 1980, (…). Mais cette stagnation sur l’ensemble de la période cache en vérité une augmentation des inégalités de revenus depuis le début des années 2000 après une baisse dans les années 1980 et 1990. En d’autres termes, la réduction des inégalités observée entre 1985 et 1995 est aujourd’hui quasiment annulée… Les prestations et taxes redistribuent moins aujourd’hui qu’il y a cinq ou dix ans, fait également soulevé par le dernier « portrait social 2011 » de l’Insee. Un autre élément en France vient surtout du patrimoine : si les inégalités des revenus sont moins élevées que dans la moyenne des pays de l’OCDE, la distribution du patrimoine, semble bien plus inégalitaire qu’ailleurs ! ».

 

Selon la dernière enquête « Patrimoine » de l’Insee, les 10 % les mieux dotés détiennent 46 % de la masse des patrimoines, alors que la moitié la moins riche des ménages ne se partage que 7 % du total.

 

L’analyste de l’OCDE conclut : « J’ajouterais que l’inégalité est davantage prise en compte aujourd’hui. Elle est pensée comme un problème en tant que tel, et non plus seulement en lien avec la pauvreté notamment. Les inégalités posent un problème économique dès lors que l’éducation et d’autres capitaux restent la propriété de groupes minoritaires au sein de la société et réduisent fortement la mobilité sociale. Elles constituent également un problème politique, dans la mesure où elles réduisent la cohésion sociale et conduisent les électeurs à se tourner vers des solutions nationalistes. Partout dans le monde, les mouvements sociaux actuels expriment le fait que la croissance des inégalités conduit à un déficit démocratique (…). »

 

Si Jean-François Copé ne voit toujours pas où est le problème, gageons que les 95% de minables qui constituent le peuple français sauront le lui rappeler le jour où il briguera le poste de Président de la République française. Quoique…21 133,37 € bruts par mois, c’est pas un peu minable, ça ?

 

PP

21:57 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, salaires, copé | | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.