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01 juillet 2012

Quel est le bon niveau de dette publique ?

Par Christian CHAVAGNEUX


Plusieurs études des économistes Carmen M. Reinhart et Kenneth Rogoff ont montré que quand la dette publique dépasse 90 % du PIB, les effets sur la croissance deviennent fortement négatifs. Déjà fortement critiqué, leur travail vient de faire l’objet d’une remise en cause importante.


On a déjà souligné dans ce blog combien les conclusions de Reinhart et Rogoff étaient sujettes à caution. Un travail récent d’Alexandru Minea et d’Antoine Parent vient compléter la critique de manière importante.


En s’appuyant sur une autre série historique de dette publique qui leur permet d’aller plus loin dans le temps, Minea et Parent commencent d’abord par confirmer les résultats de leurs confrères américains : quand le ratio de dette / PIB d’un pays passe de la tranche 60-90 % à plus de 90 %, ils notent corrélativement une baisse de la croissance moyenne pour les pays concernés. Mais là où les pays perdaient plus de 3 points de PIB de croissance chez les chercheurs américains, eux ne trouvent plus qu’un effet négatif de l’ordre de demi-point de pourcentage.


Mais leur étude montre surtout que la relation entre niveau de dette et croissance est « non linéaire », c’est-à-dire qu’à certains moments plus de dette publique est associé à moins de croissance mais à d’autres moments, encore plus de dette publique est associé à plus de croissance. Ainsi, leur étude montre que les pays qui dépassent un ratio de 115 % de dette publique/PIB présentent en moyenne un taux de croissance supérieur à ceux qui sont entre 90 et 115 %. De plus, ce taux de croissance est peu inférieur à celui que connaissent les pays dont le ratio de dette publique est dans la fourchette 60-90 %.


Ces résultats étant établis sur la période 1945-2009, les deux économistes ont cherché à savoir dans quelle mesure ils tenaient la route sur une période plus longue incluant 1880-1945. Résultats confirmés : sur plus d’un siècle, la Belgique, la Canada, la France, l’Italie, la Nouvelle Zélande et le Royaume-Uni ont connu des périodes associant dette publique supérieure à 115 % du PIB et croissance rapide.


Bien entendu, soulignent à juste titre les auteurs, il ne s’agit pas de dire que les Etats du monde entier doivent laisser filer leur déficit et leur dette sans contrôle. Mais cette étude montre que le ratio de 60 % voulu par les Européens comme signe de bonne gestion publique est bien trop restrictif. Plusieurs pays ont pu gérer, dans la durée, des niveaux de dette bien plus élevés sans que cela ne soit associé à une croissance en berne. Les dirigeants européens feraient bien d’en tirer quelques leçons.

08:07 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dette publique, croissance | | |  Facebook | | |

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