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14 novembre 2012

La croissance, c’est foutu foutu

Paru sur le blog de Gilles Raveaud


L’OFCE vient de publier ses prévisions de “croissance” pour 2013. Dans la plupart des pays européens, l’activité va plonger ou, au mieux, stagner ; il n’y aura pas suffisamment de nouveaux emplois pour absorber les nouvelles demandes ; le chômage et la pauvreté vont s’accroître.


Heureusement que l’Europe a eu le prix Nobel de la paix, sinon il y aurait de quoi s’inquiéter pour l’avenir du continent.


Voici le joli petit tableau de l’OFCE :

Ainsi que l’explique Xavier Timbeau, cette situation résulte d’une énorme boulette des dirigeants, qui ont cru pouvoir réduire les dépenses sans nuire à l’économie :

A l’impréparation des institutions européennes à une crise financière s’est ajoutée une erreur d’appréciation quant au fonctionnement des économies. Le cœur de cette erreur est l’évaluation erronée de la valeur des multiplicateurs qui permet de mesurer l’impact des politiques d’assainissement des finances publiques sur l’activité. En sous-estimant les multiplicateurs budgétaires, les gouvernements européens ont cru pouvoir rétablir rapidement et sans dommage l’équilibre de leurs finances publiques par une restriction rapide et violente.

Influencés par une abondante littérature économique qui pouvait même laisser croire qu’une austérité pouvait être source de croissance, ils se sont engagés dans un programme de restriction budgétaire sans précédent.

Cependant, aujourd’hui, comme l’illustrent les spectaculaires révisions du FMI ou de la Commission européenne, les multiplicateurs budgétaires seraient bien plus importants. (…) Aussi estimons-nous le multiplicateur pour l’ensemble de la zone euro en 2012 à 1,6, soit une évaluation comparable à celles établies pour les Etats Unis et le Royaume Uni.


Explications : idéalement, pour réduire le ratio déficit/PIB, il faudrait que les deux variables soient indépendantes : je baisse le déficit, le PIB ne bouge pas, et donc le rapport entre les deux diminue. ça, c’est ce qu’il semble y avoir dans la tête de nos dirigeants.


Problème : ça ne se passe pas comme ça, mais alors pas du tout. Selon l’OFCE, quand les dépenses publiques baissent de 10 milliards, le PIB se contracte de 16 milliards. (C’est ce que signifie la phrase relative à l’effet “multiplicateur” de la réduction des dépenses publiques égal à 1,6).


Autrement dit, non seulement le PIB ne reste pas inchangé quand les dépenses publiques baissent, mais il diminue même plus vite que les dépenses budgétaires : plus on réduit les dépenses, plus le ratio déficit/PIB augmente ! Plus l’effort de rigueur est fort, plus la cible s’éloigne.


L’Espagne illustre malheureusement à merveille cette situation tout à fait dingue :

C’est de cette mauvaise combinaison que résulte la débâcle par l’austérité qui compromet la perspective du retour à l’équilibre des finances publiques. L’Espagne illustre parfaitement cette implacable logique menée jusqu’à l’absurde d’une économie où un quart de la population active est sans emploi et qui risque la désintégration politique comme sociale.

Mais l’existence d’un multiplicateur élevé indique également la marche à suivre pour sortir du cercle vicieux de l’austérité. Il faut, au lieu de chercher à réduire à court terme à n’importe quel coût le déficit public, laisser l’économie revenir dans une zone de fonctionnement où les multiplicateurs sont plus faibles en retrouvant leur configuration usuelle. Il s’agit donc de reporter l’ajustement budgétaire à un moment où le chômage sera significativement réduit pour que la restriction budgétaire puisse produire son effet.

Reporter l’ajustement à plus tard suppose que la pression des marchés soit contenue par une banque centrale qui apporte la garantie nécessaire à la dette publique. Cela suppose également que les taux d’intérêt sur cette dette publique soient les plus bas possibles (…). Cela suppose également en zone euro que la mutualisation des dettes publiques soit associée à une forme de contrôle sur la soutenabilité dans le long terme des finances publiques de chacun des Etats membres, autrement dit, d’un abandon partiel d’une souveraineté nationale devenue inopérante, au profit d’une souveraineté supranationale, seule à même de dégager des marges de manœuvre nouvelles qui permettent de sortir de la crise.


Selon l’OFCE, les seuls pays de la zone euro à éviter une franche récession sen 2013 seraient, dans l’ordre, la Finlande (+ 1,1 %), la Belgique (0,9), l’Allemagne (0,6), l’Autriche (0,5) et les Pays-Bas (0,3).


Par contre, le cauchemar continue pour l’Italie (-1,1) et l’Espagne (-1,2), et surtout en Grèce, où l’économie poursuit son effondrement (-3,7). Nous assistons à la destruction de ce pays sans rien faire - ou plutôt si, en l’aggravant -, c’est invraisemblable.


On pourra en lire plus dans le chapitre consacré à la zone euro, voire en consultant le numéro dans son entier.

08:00 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : croissance, europe, crise financière | | |  Facebook | | |

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