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19 novembre 2012

Mon intervention au Conseil national du Parti Socialiste

Voici la vidéo de mon intervention au Conseil national du PS du samedi 17 novembre à la Mutualité à Paris...


Un baptème du feu un peu stressant et qui permet de mesurer les difficultés de capter l'attention d'une assemblée sur des sujets austères !


Il y aussi cette obsession du chronomètre dans les interventions...Mon temps de parole était limité à 5 minutes...Difficile de développer une pensée construite sur des sujets importants en si peu de temps. A ce propos, je me souviens de la tête qu'a fait Paul Quilès (ancien Ministre de la Défense) au Congrès de Toulouse au moment où on lui a dit qu'il avait moins de 10 minutes pour parler de la problématique de la défense européenne et de la dissuasion nucléaire !


En fait, les temps de paroles sont distribués au prorata du poids des différentes Motion (les "tendances" du PS). Ce qui revient à dire que la "ligne officielle" a plus de temps pour s'exprimer...alors que ses idées sont déjà majoritaires et largement diffusées. Pour un réel débat, il conviendrait de rééquilibrer les temps de paroles au profit des "minorités", afin qu'elles puissent argumenter correctement et faire valoir leurs apports à la pensée commune. Après tout, la logique de la gauche, c'est que le "fort" doit être encadré, contrôlé pour ne pas écraser le "faible" !



Discours de Pierre Polard au conseil national du... par PartiSocialiste


Voici le texte intégral, sans les coupures sauvages que j'ai dû faire à la tribune...


Chers camarades,

 

Au lendemain de la remise du rapport de Louis Gallois, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, a annoncé le 6 novembre un « pacte de compétitivité », une série de mesures pour améliorer la compétitivité de la France. Mesures qui seront intégrées dans « plusieurs projets de loi » présentés au début de l’année 2013. La plus emblématique et la plus commentée est bien sûr le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) d’un montant de 20 milliards d’€, financé à la fois par une hausse de la TVA et une diminution de la dépense publique.

 

Il ne s’agit pas ici de faire un mauvais procès. Non, la hausse de la TVA telle qu’elle est proposée n’est pas une réintroduction de la TVA dite sociale récemment abrogée ! A la place d’une hausse brutale et aveugle des taux que proposait la droite, le gouvernement propose une hausse du taux normal, associée à une baisse du taux réduit, qui profitera principalement aux plus pauvres. A condition, bien sûr, que cette baisse soit répercutée sur les prix. A cet égard, l’expérience de la baisse de la TVA dans l’hôtellerie-restauration doit nous inciter à la prudence, voire à la vigilance.

 

Pour autant, nous pouvons nous interroger sur le bien fondé de la création d’une nouvelle aide aux entreprises, sans réelle contrepartie en termes d’emplois ou d’investissement et insuffisamment ciblée. En effet, en l’état actuel des choses, elle profitera indifféremment aux petites entreprises comme aux grandes, à celles qui sont soumises à la concurrence internationales comme à celles qui en sont largement préservées.

 

Trois rapports publics ont déjà souligné le manque d’évaluation de l’efficacité des aides publiques dont bénéficient déjà les entreprises :

Le rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi de février 2006

Le rapport du CESE sur la compétitivité de l’économie française d’octobre 2011

Le rapport de la Cour des comptes sur le financement de l’économie de juillet 2012

 

Ce pacte de compétitivité aurait pu être l’occasion de mettre en œuvre les propositions 3 et 24 du candidat François Hollande, à savoir la mise en place de trois taux d’imposition sur les sociétés (35% pour les grandes, 30% pour les petites et moyennes, 15% pour les très petites), la distinction entre bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires et l’augmentation des cotisations chômage sur les entreprises qui abusent des emplois précaires.

 

Ne nous y trompons pas, ce qui apparaît en filigrane derrière ce pacte de compétitivité, c’est la question de la concurrence que se livrent entre eux les pays européens. Car, rappelons-le, la balance commerciale de la zone Euro est positive. Pourquoi baisser le coût du travail en France ? Parce qu’il a beaucoup baissé en Allemagne ! Ce qui a permis à ce pays de gagner des parts de marché par rapport à ses voisins européens, au prix de ce que certains appellent une « glaciation salariale » depuis plus de dix ans et au prix d’une explosion de la pauvreté et de la précarité.

 

Devons-nous faire un pas de plus, même s’il reste de faible ampleur et n’impactera pas la consommation en 2013, vers cette spirale qui ne peut que prolonger et aggraver la crise européenne en alimentant la dépression qui entraîne l’Europe vers le fond ?

 

Dans son adresse aux français, le 13 novembre, François Hollande a déclaré que «nous vivons plus qu’une crise, nous vivons un changement de monde ». Il a entièrement raison !

 

Et les socialistes français se doivent de faire partie des architectes de ce nouveau monde qui vient. Ce monde nouveau doit notamment reposer sur la construction d’une Europe réellement sociale et démocratique, une plus grande justice sociale et une transformation écologique de notre modèle économique.

 

Nous, militants de la motion 4, proposons d’organiser au plus vite un séminaire de travail de trois jours à Strasbourg  qui réunira toutes celles et ceux qui veulent construire une Europe démocratique et sociale. Invitons tous les socialistes d’Europe mais aussi les syndicats et des ONG à se retrouver pour travailler ensemble sur l’Europe démocratique, l’Europe sociale, l’impôt européen sur les dividendes, une Europe qui s’attaque enfin aux paradis fiscaux et au dérèglement climatique. L’Europe est à la croisée des chemins. Nous devons rassembler nos forces pour faire naitre une Europe nouvelle, capable d’humaniser la mondialisation.

 

Concernant la justice sociale, comme le rappelle le député socialiste de Meurthe-et-Moselle Christian Eckert (rapporteur général de la Commission des Finances, de l'Économie générale et du Contrôle budgétaire), la France n’a jamais été aussi riche, mais cette richesse n’a jamais été aussi mal partagée entre salariés et actionnaires comme entre salariés eux-mêmes. En proportion de leur valeur ajoutée brute, la part que les sociétés non financières versent à leurs actionnaires est passée de 5,6% en 1999 à 9% en 2011. Les derniers chiffres de l’Insee dévoilent la très forte progression des inégalités. En 2002, le cinquième le plus pauvre de la population percevait 9,3% du niveau de vie total. Il en perçoit désormais 8,7% soit 6 milliards de moins. Dans le même temps, la part du  cinquième le plus riche est passée de 37,7% à 39%, soit 12 milliards de plus. Cette montée des inégalités ne peut qu’engendrer des frustrations délétères chez une part grandissante de nos concitoyens, frustrations génératrices de tensions sociales, terreau sur lequel se développe le Front National.

 

Le rétablissement de la justice sociale passe par au moins deux points : la lutte contre le chômage de masse qui déséquilibre les négociations salariales et une réforme fiscale vers plus de progressivité.

 

Pour lutter contre le chômage, pouvons-nous encore tout miser sur la croissance ?  L’OCDE annonce une croissance atone pour la plupart des pays européens dans les années à venir. Avant même la crise des subprimes, la croissance moyenne de la France n’a cessé de diminuer, décennie après décennie, comme celle de tous les pays de l’OCDE d’ailleurs.

 

Pour lutter contre le chômage, pouvons-nous compter sur la recherche et l’innovation, un des axes important du rapport Gallois ? Pour nous la racine du chômage de masse, c’est avant tout une mauvaise gestion des progrès techniques qui ont conduit à toujours produire plus avec moins de travail humain. Un actif d’aujourd’hui produit 5 fois plus de richesses par heure qu’un actif de 1960 ! Entre 1970 et 2008, le PIB de la France, a plus que doublé alors que le nombre total d’heures nécessaires à la production a baissé de 7%, alors que le nombre d’actifs voulant travailler augmentait de 33%. Il faut en finir avec les faux débats : si l’on intègre les gains de productivité colossaux réalisés dans toutes nos économies depuis quarante ans, le débat n’est plus « pour ou contre la RTT ? » mais plutôt « quelle RTT ?». RTT organisée par le marché (précarité, stress et concurrence permanente) ou RTT organisée par le débat, le référendum et la négociation ?

 

C’est pourquoi nous proposons d’organiser les Etats généraux de l’emploi avec tous les partis de gauche, les syndicats, les associations, les ONG et les personnels de Pôle Emploi pour faire des propositions innovantes  . Pour donner envie aux partenaires sociaux d’aller plus loin et plus vite dans la lutte contre le chômage et la précarité, organisons ces états généraux au niveau national et dans chaque région pour "tout mettre sur la table" et montrer que l’innovation est possible pour sortir du chômage de masse.

 

Concernant la réforme fiscale, nous pensons qu’il est temps de mettre en œuvre une « révolution fiscale », à savoir une grande réforme permettant la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG dans le cadre d’un prélèvement simplifié et progressif sur l’ensemble des revenus.

 

Enfin, sur la transformation écologique, ne serait-il pas préférable d’utiliser les 20 milliards d’€ du CICE pour lancer un programme ambitieux de rénovation thermique des bâtiments, d’énergies renouvelables décentralisées économisant à terme des milliards d’importations de pétrole et de gaz, de transports collectifs propres, de services de bien-être pour les personnes âgées, la petite enfance et les personnes handicapées, des programme d’appui à l’économie sociale et solidaire et aux circuits courts… Et bien d’autres choses pour réduire la dépendance aux importations et l’impératif d’exportation à tout prix, pour favoriser des dynamiques de territoires, pour protéger la société et l’environnement sans privilégier le protectionnisme. De favoriser la construction de logements neufs de type Kyoto qui produisent leur propre énergie.

 

C’est le sens du volet écologique de la Motion 4, que nous n’allons bien sûr pas détailler ici, mais qui contient des propositions concrètes et financées.

 

Le changement de monde, c’est maintenant !

 

Il faut oser plus loin, plus vite pour aller vers un monde régi par la coopération plutôt que la compétition, un monde de progrès social et écologique !


PP

 

 

11:11 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : compétitivité, chômage, rtt, fiscalité, écologie | | |  Facebook | | |

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